Catégorie dans Tribunes

Frappes en Syrie : « La guerre est la continuation de la politique»

Syrie

Cette fois, les bornes sont franchies. Et, comme on sait, lorsqu’elles le sont il n’y a plus de limites. Dans la nuit du 14 avril, à 03h00 (heure de Paris), une intervention conjointe des armées américaine, britannique et française a eu lieu en Syrie pour frapper des sites liés à l’arsenal chimique syrien. Des missiles de croisière tirés depuis des navires, des sous-marins et des chasseurs ont pris pour cible des centres de recherche, de production et des sites militaires liés à l’attaque chimique qui a eu lieu le 7 avril dernier à Douma. La « ligne rouge » fixée par le Président de la République dès son élection, en mai 2017, a été franchie. La promesse de conséquences a, cette fois-ci, été tenue.

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Brexit : Le bon choix des Britanniques ?

Brexit

Et si le Brexit n’était finalement pas la bonne option pour la pérennité de la prospérité britannique ? Égaré entre des indicateurs économiques en chute libre, l’émergence d’une instabilité politique croissante et une contestation pro-européenne qui se réorganise, le Royaume-Uni s’interroge : Brexit or not Brexit ?

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À l’origine du conflit en Catalogne : le pouvoir judiciaire politisé

Catalogne

L’indépendance de la Catalogne est bien sûr illégale selon le droit espagnol. Ceci dit, le gouvernement espagnol, alors qu’il se situe du côté de la loi, la manipule et l’instrumentalise de façon flagrante. L’indépendance judiciaire est pour le moins douteuse en Espagne comme le constate le Global Competitivity Index dans lequel l’Espagne a été classée n. 58. C’est à dire, plus bas que le Botswana, l’Arabie Saoudite ou encore l’Égypte. De nombreux analystes vont jusqu’à affirmer qu’il s’agit là une situation créée délibérément par la droite et ce, avec le support du Parti Socialiste depuis le milieu des années 90, visant à faire du pouvoir judiciaire une sous-chambre législative.

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Charlottesville : What responsibility for Trump ?

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On Saturday August 12, a meeting of neo-nazis and white supremacists was held in Charlottesville, Virginia. Anti-racism demonstrators gathered to protest against this American far-right show of force; a man drove his car into the group, causing the death of a 32 year old female protester and hurting more than 20 people. The FBI launched an investigation and soon designated a murderer: James Field, a 20 year old man with ties to the neo-nazi movement. The police called this act a homicide and mentioned that the act was intentional, however president Trump initially refused to publicly condemn the crime, instead mentioning “violence from both sides” without readily incriminating the racist demonstrators.

What does this tragic event reveal about the treatment of the alt-right’s violence ?

Far-right’s terrorism is a curse in the United States: there are several recent examples, like the shooting in a black church in Charleston by a white supremacist (leaving 9 dead), or the murder of 7 people in a Sikh temple in 2012. Researchers Charles Kurzman and David Schanzer estimated there were 337 attacks by far-right activists leading to 254 casualties in the U.S. since September 11th, 2001*. Meanwhile, islamist terrorism killed around 50 people since that same date. However, many media outlets and politicians tend to focus on islamist attacks to instill a climate of fear around the danger they see in Islam. The acting out by right-wing extremists is actually far more worrying.

Indeed, we can find many small active far-right groups, about a thousand in the entire US. Racist violence has reached a frightening level with a 584% increase in islamophobic crimes between 2014 and 2016, according to the CAIR (Council for American-Islamic Relations), an NGO defending Muslims’ civil rights in the United States. This rise can be partially explained by the trivialization of anti-islam positions like the one held by the Republican candidate during his campaign, and applied (with the #MuslimBan) once in power.

Add to that the ambiguous position held by the Trump administration toward far-right terrorism. Last August 5th, the Islamic center Dar Al Farooq, Minnesota, was the target of a bombing, qualified as a terrorist attack by Mark Dayton, the Minnesota governor. Nonetheless, president Trump remained mute on the subject – while tweeting recklessly on every subject. One of his advisors, Sebastian Gorka, even suggested that the act was the result of a manipulation from left-wing militants.

With the recent Charlottesville event, it took 48 hours for the president to give a clear statement, hinting to a possible complacency toward those who actively supported his campaign. He finally provided those words on August 14th, after an outcry from his own political party:  “Racism is Evil. And those who cause violence in its name are criminals and brutes, including the KKK, Neo-nazis, white supremacists and other hate groups that are repugnant to everything we hold dear as Americans.” A declaration which would go without saying for any political leader, but which had been long-awaited because of the  previous positions and actions of the president, and of those around him with a dubious past. A declaration which was also quickly made unclear when Trump parallely mentioned alt-right and alt-left violence, although the murderer is undoubtedly a neo-nazi.

As long as we do not condemn with equal intensity a racist attack and an islamist attack, we will fuel extremist movements in their hate projects. The image of a white murderer qualified as an unstable person, but immediately designated as a terrorist when his beard is too long, must be removed from the media landscape. Although it all seems obvious with our hindsight, it is almost impossible within the mainstream media’s obsession toward Islam, widely shared in Europe. The first step, if we want to combat this violence, is to condemn – with the same strength – all murderers, regardless of their ideology. It is also to stop any ambiguity that might feed bitterness, fuel fantasies and yield evermore violence.


Read the original french article, written by Ménélas Kosadinos, here : https://www.lesdecryptages.fr/charlottesville-trump-irresponsable-tribune

[TRIBUNE] Charlottesville : Trump l’irresponsable ?

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Samedi 12 août, un rassemblement de néo-nazis et de suprémacistes blancs s’est déroulé à Charlottesville, en Virginie. Des militants anti-racistes sont venus s’opposer à cette démonstration de force de l’extrême-droite américaine; un homme leur a foncé dessus avec sa voiture, causant la mort d’une militante antiraciste âgée de 32 ans et faisant une vingtaine de blessés. Le FBI a ouvert une enquête, et c’est aujourd’hui James Fields qui est accusé de cette attaque, un homme de 20 ans dont plusieurs éléments indiquent son appartenance à la mouvance néo-nazie. La police parle d’homicide criminel et affirme que l’acte était délibéré, pourtant le président Trump a d’abord refusé de condamner le crime, évoquant des “violences des diverses parties” sans mettre immédiatement en cause les militants racistes.  
Que nous apprend ce tragique événement sur le traitement qui est fait de la violence d’extrême-droite ?

Le terrorisme d’extrême-droite est un fléau des Etats-Unis : on peut citer plusieurs exemples récents, avec la fusillade de l’église noire de Charleston, commise par un suprémaciste blanc et qui avait coûté la vie à 9 personnes, ou l’assassinat de 7 personnes dans un temple sikh par un autre suprémaciste en 2012. Les chercheurs Charles Kurzman et David Schanzer, ont estimé leur nombre à 337 attaques avec un bilan de 254 morts depuis le 11 septembre 2001*. A titre de comparaison, le terrorisme islamiste a coûté la vie à une cinquantaine de personnes depuis le 11 septembre 2001. Une partie des médias et des politiques ont cependant tendance à se focaliser dessus pour entretenir un climat de peur autour du danger que représenterait à leurs yeux l’islam. Le passage à l’acte d’extrémistes de droite est en réalité un phénomène bien plus inquiétant.

Il existe en effet toujours de nombreux groupuscules d’extrême-droite actifs, environ un millier sur l’ensemble du territoire américain. Et la violence raciste aurait franchi un cap effrayant avec une augmentation de 584% de crimes islamophobes entre 2014 et 2016 selon le CAIR (Council for American-Islamic Relations), une ONG qui défend les droits civiques des musulmans aux Etats-Unis. Cela s’expliquerait notamment par une banalisation des positions anti-islam comme celles qu’a tenu le candidat républicain lors de sa campagne et traduites en arrivant au pouvoir par le #MuslimBan.

A cela s’ajoute désormais le discours ambigu de l’administration Trump avec le terrorisme d’extrême-droite. Le 5 août dernier, le centre islamique Dar Al Farooq, dans le Minnesota est visé par l’explosion d’une bombe, acte qualifié de terroriste par Mark Dayton, gouverneur de cet Etat. Le président Trump reste pourtant silencieux sur le sujet – alors qu’il tweete à tort et à travers dans le même temps. L’un de ses conseillers, Sebastian Gorka, ira même jusqu’à suggérer que l’acte est le fait d’une manipulation de militants de gauche.
Avec la nouvelle affaire de Charlottesville, il aura fallu attendre 48h pour que le président tienne une position claire, interrogeant une éventuelle complaisance à l’égard de ceux qui ont activement soutenu sa campagne. Il prononcera finalement ces mots le lundi 14 août, après une levée de bouclier au sein de son propre camp : “Le racisme est un fléau et ceux qui commettent des violences en son nom sont des criminels et des brutes, y compris le KKK, les néonazis, les suprémacistes blancs et autres groupes de la haine qui sont répugnants pour tout ce que nous chérissons en tant qu’Américains“. Une déclaration qui irait de soi de la part de n’importe quel dirigeant politique, mais qui s’est faite longuement attendre du fait des propos, des actes du président et de son entourage à l’historique sulfureux. Et qui n’a pas tardé à être mêlée de confusion quand Trump a de nouveau renvoyé dos-à-dos les violences d’extrême-droite et d’extrême-gauche, alors que le meurtirer est bel et bien un néo-nazi.

Tant qu’on ne condamnera pas avec la même intensité un attentat raciste et un attentat islamiste, on donnera du grain à moundre aux mouvances extrémistes dans leur projet de haine. Le meurtrier blanc qualifié de déséquilibré et immédiatement transformé en terroriste par le port d’une barbe un peu trop longue fait partie de ces images qu’il faut à tout prix supprimer du champ médiatique. Et si tout cela semble relever du bon sens avec le recul qui est le nôtre, c’est faire abstraction de l’obsession médiatique vis-à-vis de l’islam largement partagée en Europe. La première étape si l’on veut lutter contre ces violences, c’est de condamner avec la même vigueur les assassins sans considération pour l’idéologie dont ils se réclament. Et cesser toute ambiguïté qui pourrait nourrir des colères, alimenter des fantasmes et engranger toujours plus de violence.

* Source : https://www.nytimes.com/2015/06/16/opinion/the-other-terror-threat.html


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[TRIBUNE] Une femme de plus parmi les « grands Hommes »

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Le 30 juin 2017, Simone Veil, symbole de la libération du corps de la femme, s’est éteinte à Paris. En réaction, un mouvement national a aussitôt fait émerger les échos d’une panthéonisation pour l’ancienne ministre française. Pour preuve, un ensemble de trois pétitions réunit encore à ce jour plus de 350 000 signatures.

Le Panthéon (du grec « de tous les dieux ») qui, à l’origine, abritait le reliquaire de sainte Geneviève, est dédié à la mémoire des Grands Hommes français depuis 1791 (Mirabeau étant le premier à y entrer) ; d’où l’inscription qui en orne le parvis : « Aux grands Hommes la patrie reconnaissante ». Parmi les 76 figures emblématiques inhumées en ce lieu reposent notamment Voltaire, Rousseau, Hugo, Jaurès ainsi que quatre femmes d’envergure : Marie Curie, Sophie Berthelot, Germaine Tillion et Geneviève De Gaulle-Antonioz.

Simone Veil, une femme d’exception

 Après avoir survécu à la Shoah, Simone Veil commence une carrière politique. Elle devient ministre de la santé en 1974 sous Valéry Giscard d’Estaing. La même année, elle modifie profondément la structure sociale française et notamment son schéma familial en dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse pour les femmes.

Cette militante pro-européenne devient par la suite ministre d’Etat, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville sous Jacques Chirac.

Au cours des années 2000 elle reste très active sur la scène publique avec la création de la Fondation pour la mémoire de la Shoah ou encore la publication de son autobiographie « Une vie » qui lui valu sa place à l’Académie Française.

Simone Veil a donc marqué d’une empreinte indélébile le XXe siècle de par ses idéaux et ses combats humanistes.

Quelques heurts à cet honneur de taille

 L’ensemble des français reconnaît aujourd’hui Simone Veil comme une figure marquante des droits de l’Homme, à l’exception des militants anti-IVG et des militants antisémites.

Cette « haute marque de la reconnaissance de la Patrie » est donc considérée comme unanime compte tenu des arguments idéologiques anticonstitutionnels de ses détracteurs, de fait non recevables.

Le premier obstacle de taille qui aurait alors pu empêcher sa panthéonisation, n’est autre que sa famille. Les petites-filles de Madame Veil ont exprimées sur Europe 1 leur volonté de réunir dans le cimetière de Montparnasse leur deux grand-parents. Selon elles, ce couple fusionnel aurait, après 65 ans de vie conjugale, souhaité être ensemble à leur mort. Cependant même si elles assuraient que « ce n’était pas à l’ordre du jour », une plaque commémorative au Panthéon (à l’image de celle d’Aimé Césaire, toujours enterré en Martinique) était selon elles, une alternative possible.

De l’hommage national au Panthéon

La décision finale de faire entrer ou non, Simone Veil au Panthéon est donc revenue au Président de la République, Emmanuel Macron. Ce dernier s’est alors exprimé à ce sujet lors de l’hommage officiel le 5 juillet en la mémoire de Madame Veil aux Invalides, où il dit d’un ton solennel: « Vous avez, Madame, prodigué à cette nation des dons qui l’on faite meilleure, et plus belle. Vous avez jeté dans nos vies, cette lumière qui était en vous et que rien ni personne n’a jamais pu vous ôter », avant d’annoncer qu’elle et son époux reposeront tous deux au Panthéon. Son fils, Pierre-François Veil, a alors ajouté plein d’émotion« Cet hommage est ton ultime victoire sur les camps de la mort ».

Au-delà du verdict, le peuple français a montré depuis une semaine une grande reconnaissance et une intense admiration pour cette femme qui a toujours cru en la bonté humaine. Panthéon ou non, les préceptes de Simone Veil resteront ancrés dans les valeurs françaises car comme l’ont si bien dit ses fils, avec une telle détermination et force d’esprit, nous avons nous aussi, « fini par la croire immortelle ».

 

Présidentielle, es-tu vraiment là ?

Comme de nombreux Français, j’aimerais dédier une tribune à une absente. Nous avions pourtant l’habitude de nous retrouver tous les cinq ans. Elle nous faisait vibrer par la vivacité de ses débats, ces comptes à rebours qui rythmaient nos agendas. Elle nous faisait pleurer par ses résultats inattendus, par ses candidats, que l’on chérissait, battus.
C’est une tribune que j’écris sur ce rendez-vous démocratique manqué, sur ce rendez-vous qui ne semble pas nous avoir été présenté.

La campagne avait pourtant bien débuté. Les primaires de la droite et du centre ouvraient le bal de ce rendez-vous très attendu. Les résultats de ces dernières nous annonçaient une campagne pleine de rebondissements. Les commentateurs donnaient Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy gagnant. Manque de chance, c’est François Fillon qui fut investi candidat d’un parti.
Beaucoup pensaient alors que l’élection était jouée, François Fillon avait tout d’un prochain président de la République. Bien coiffé, allure de premier de la classe, programme bouclé, la route du succès lui était toute tracée.

De l’autre côté de l’échiquier politique, c’est plus compliqué. « La primaire de la gauche » sera en réalité « la primaire de quelques partis de gauche ». Ni Jean-Luc Mélenchon ni Emmanuel Macron ne répondent aux cris du cœur du parti socialiste mendiant « l’union de la gauche ». Difficile de succéder à François Hollande, dont le virage social-libéral post-campagne électorale, fut peu populaire auprès de ses électeurs.
Bis Repetita. Lorsque l’on hésitait sur le vainqueur de la primaire « la belle alliance populaire » entre Manuel Valls ou Vincent Peillon, ce fut un troisième homme qui fut investi. Un homme dont peu de personnes avaient soupçonné la victoire : Benoît Hamon.

La campagne allait de surprises en surprises, d’inédit en inédit. C’est la première fois de l’histoire de la Vème République, qu’un président ne se présentait pas à sa propre succession. Première fois, où les sondages accumulaient autant de désagréments, déjà desservis par une élection américaine, et un BREXIT à l’issue contraire de celle pressentie.

Progressivement, les partis annonçaient l’implosion. Là où les bons perdants étaient mécontents, les menaces de départ n’étaient pas canulars. Des cadres juppéistes annonçaient leur soutien : c’est en courant qu’ils vont vers Emmanuel Macron. Même valse aux côtés du perdant Manuel Valls : on ne semble plus sûr de soutenir le candidat investi par son propre parti. De la valse à la marche, il n’y a qu’un pas.

Quelle image renvoient-ils aux Français ? Celle de responsables politiques malhonnêtes incapables de dépasser leurs désaccords pour faire barrage à l’extrême droite ? Comment pourraient-ils prétendre à l’union de la nation, s’ils en sont en réalité incapables dans leurs propres formations ?

La campagne fut par ailleurs polluée par les problèmes judiciaires des candidats, ce qui a vraisemblablement immobilisé cette dernière pendant plusieurs semaines.

François Fillon est mis en examen, pour détournement de fonds publics. Il avait pourtant fondé sa campagne sur son irréprochabilité. Fillon n’avait, de surcroît, pas hésité à admonester son ex-adversaire Nicolas Sarkozy en énonçant « Qui imaginerait le Général de Gaulle mis en examen ? » en référence aux multiples affaires où l’ex-président de la République était embourbé. C’est le jeu de l’arroseur arrosé.
Quant à Marine Le Pen, le parlement européen lui reproche d’avoir pioché dans les caisses européennes, pour payer des activités destinées à son parti. Comble du mépris, elle refuse de se rendre aux convocations des juges afin d’être entendue pour cette affaire. L’antisystème utilise les outils du système pour sauver sa peau.

Les Français les plus modestes assistent à ce tragique spectacle mêlant costumes hors de prix et responsables politiques qui nient.

Il y a comme un air de frustration. Celle de l’incompétence générale des candidats.

Emmanuel Macron fait campagne lors de longs mois sans programme, cela ne semble pas gêner. François Fillon adopte la stratégie du complot, arguant qu’un cabinet noir essaie de l’assassiner, cela ne semble pas gêner. Du côté de Marine Le Pen, on annonce de grandes politiques de relance à coup d’investissement public massif. Dans le même temps, on annonce des économies accompagnées de baisses massives d’impôts, et cela ne semble pas gêner. Benoît Hamon évoque un revenu universel d’existence qui n’a d’universel que le nom, ce qui ne semble pas gêner. Certains annoncent un engagement sur un plateau de télévision un soir, pour le contredire quelques jours plus tard. Cela ne semble toujours pas gêner.

Que dire sur ces médias qui traitent de la campagne présidentielle ? C’est la course à l’audace, le fond n’y a plus sa place.

On chante, que dis-je, rappe les questions aux candidats. Les humoristes clôturent les émissions politiques. Les chaînes de télévision décident elles-mêmes quels candidats sont, ou, ne sont pas dignes d’être écoutés par les Français. On s’extasie devant l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon. On rit. Bref, c’est l’ère du divertissement roi, de l’audimat qui fait loi.

Sur Internet, c’est le marathon à la concision ; au fast-food du clash, du buzz, et du wizz.
Exit Pujadas et Chazal, place à Hugo Travers et Cyrus North à la cible plus jeune.
À trop vouloir intéresser cette cible, ne sommes-nous pas devenus artisans du contenant au détriment du contenu ?

Comment parler guerre, chômage et insécurité lors d’un “Gaming présidentiel » d’Hugo Travers ? Comment y évoquer la Syrie, Trump et le populisme rampant ?

En définitive, les médias ne sont que le reflet de cette campagne ratée. Une campagne bancale, mal préparée. Une campagne basse, qui n’est pas à la hauteur des attentes des Français, qui n’est que bal des imparfaits.

Être patriote : ah bon, pourquoi ?

Rejet de l’autre, rétablissement des frontières… le nationalisme a le vent en poupe et le bagage idéologique qu’il porte dans sa cale se répand dans l’opinion publique. En France, l’avancée du Front National démontre le retentissement de ces thèses ; mais le terme de nationalisme ne sied plus à la volonté de dé-diabolisation du parti d’extrême-droite. Il lui est alors préféré le terme de patriotisme, plus rassurant et permettant d’élargir les électeurs potentiels. Là où le nationalisme évoque la violence et l’agressivité, le patriotisme suggère une forme de fraternité au sein d’un même peuple, selon la célèbre phrase de Romain Gary : “Le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme c’est la haine des autres”.

Le sentiment patriotique relève tout d’abord d’un lien affectif, de la relation presque intime que l’individu entretient envers son pays ; le mot revêt une dimension sacrificielle, l’idée de placer la défense des intérêts de la patrie comme une cause importante. Le mot est entretenu par des représentations qui stimulent une forme de fierté à l’égard de la patrie. Dans l’imaginaire collectif, le terme de patriote renvoie au héros qui est prêt à mourir pour un intérêt supérieur. L’étymologie du mot nous renseigne sur sa visée : dérivé de pater, le père, il associe la patrie à une grande famille. Instinctivement, la plupart des gens aiment leur famille et seraient prêts à la défendre :  le principe de défense de la patrie est donc naturellement intégré. Mais qu’implique-t-il ?

Dans son discours Patriotisme & Internationalisme, Jaurès s’affirme patriote sans l’opposer à l’internationalisme ; “patriotisme et internationalisme ne sont que deux formes, se complétant, du même amour de l’humanité”. Il considère les patries comme une étape dans l’accomplissement d’une unité humaine. Mais aurions-nous dépassé cette étape ?

Car le patriotisme, au-delà des dérives et instrumentalisations du terme, porte en loin une forme de préférence pour les personnes avec qui nous avons le plus en commun. Si cela peut s’expliquer à l’échelle des sentiments humains, la revendication patriote apparaît comme une barrière toxique à la recherche de l’intérêt général humain.

La mondialisation a nourri ces critiques et même dans les courants de la gauche, à la recherche d’une souveraineté démocratique que le néolibéralisme lui a ôtée. Mais estimer trouver une réponse dans une simple réponse patriotique ne tient pas compte des effets de la mondialisation : elle a profité aux grands groupes industriels et financiers surpuissants, aux intérêts de mêmes minorités privilégiées. La réponse aux effets pervers de la mondialisation ne peut donc pas se trouver dans un repli mais dans l’organisation internationale de luttes sociales : l’humanité plutôt que la patrie. Face à la globalisation des puissants, opposons l’idéal internationaliste et travaillons, peuples mains dans la main, à l’émancipation de tous.