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Un combat qui transcende les générations, celui de l’égalité sociale

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L’actuelle effervescence d’un mouvement juste et fondé 2/2

Le féminisme, objet de sociologie, philosophie et politique

Selon le Numérama, « En 2017, le terme « féminisme » a été élu mot de l’année par le dictionnaire américain Merriam-Webster ; sur le site, les recherches liées au sens de ce terme ont augmentées de 70 % au cours de l’année passée »

D’autre part, l’INSEE constate qu’une femme, pour un travail équivalent à celui d’un homme, gagne en moyenne 25% de moins que celui-ci. C’est toutefois dans le milieu de la finance et des assurances que les inégalités sont le plus prononcées, avec un écart de rémunération de 39,5% selon le sexe.

Quant au milieu de la politique, l’Assemblée nationale élue le 18 juin 2017 comprend 38,7 % de femmes et 32% au Sénat. C’est chose déplorable quant à l’affirmation de la démocratie puisqu’il s’agit de représentant-e-s de la Nation dans laquelle le nombre d’hommes et de femmes est pourtant bien égal.

Il est malheureusement chose paradoxale que ces éléments, qui s’avèrent n’être qu’une goutte d’eau dans un océan de dénigration ; sont à la connaissance de tous.

La lutte face à un système fondé sur la marginalisation de la femme

Fatima Mernissi est sociologue et féministe marocaine. Sa posture contrecarre celle du régime marocain, ayant tout juste censuré son ouvrage : Le harem politique. Quelques années plus tard elle réussit pourtant à faire publier Rêves de femmes, une enfance au harem où elle explique que sa « définition […] du harem est un espace mono-sexe. Dans ce cas-là, le Sénat français où il n’y a que 4% de femmes, c’est un harem ». C’est ainsi qu’intervient sa critique de la place de la femme au cœur même des institutions fondatrices des régimes, lesquels sont en théorie démocratiques.

Selon les auteurs Damien Bocquet et Didier Lett, les émotions sont, depuis les théories antiques et jusqu’au monde occidental actuel, « froides et humides » pour les tempéraments féminins, et chaudes et sèches pour les masculins. Elles relèveraient d’un côté respectivement de la douceur, de la modestie et de la crainte, et de l’autre, de la fureur, de la hardiesse et de la colère. Selon ces écrivains, « Les femmes [sont] réputées plus proches de la nature et irrationnelles, [et] manifesteraient en effet une sensibilité plus exacerbée que les hommes » auxquels la raison appartiendrait, tandis que l’émotion serait uniquement de la sphère de la femme.

Mais cette différence des sexes faite à ce jour, fait actuellement débat du fait qu’il s’agisse d’une manière souvent marginale d’obtenir classification des individus et ainsi, ancrer ceux-ci dans le fond sociétal. C’est non seulement l’œuvre d’une culture de la soumission, mais aussi et surtout l’établissement d’un fonctionnement discriminatoire et inégalitaire. La sentimentalité et la sensibilité, étant de manière stéréotypée misent immédiatement dans le rang de la fragilité psychologique. C’est par ces modes de réflexion que s’insère sans obstacles, un fonctionnement social fondé sur la hiérarchisation des êtres humains.

L’éclat féministe en société, face à un éminent « femwashing »

L’année 2018 a commencée fort avec la Marche des femmes qui a réunie des millions de personnes dans 92 pays pour protester contre le sexisme personnifié par le nouveau président des Etats-Unis, Donald Trump.

D’autre part, dans l’industrie cinématographique américaine notamment, des centaines de voix se sont élevées à cette initiative. Dans une lettre publiée le 1er janvier 2018, les signataires annoncent la création d’un fond pour lutter contre le harcèlement sexuel à Hollywood mais également au-delà. Cela s’insère dans le fort et profond mouvement sociétal duquel font partie MeToo aux Etats-Unis, ou encore « Balance ton porc » en France.

Mais surfant sur le mouvement « Metoo », se sont vu croître certaines pubs décidées à insérer un plus grand nombre de femmes, mais tout en les cantonnant dans un rôle encore très stéréotypé.

C’est cela le femwashing. L’exemple actuel le plus probant est celui de la société Habitat ayant sorti une campagne où les assiettes ont un nom de femmes objectivant celles-ci. Il nous semble impossible de ne pas évoquer Renault qui a sorti une campagne pour vendre les mérites de la Twingo en offrant un vernis à ongles en bonus, lequel serait en adéquation avec la couleur de la voiture. Renault utilise ainsi la cosmétique et met en lumière le principe de beauté auquel est réduit la femme, laquelle obtient ici un rôle purement esthétique.

L’existence théorique d’une pornographie féministe

Quant au féminisme qui s’empare de la question de la pornographie, ce n’est certes pas pour résoudre ce problème, mais plutôt pour faire avancer l’immense entreprise de culpabilisation de l’homme en tant que “mâle”.

En outre, selon la conclusion de chercheurs de l’Institut Max Plank for Human Development de Berlin, les hommes qui passent beaucoup de temps à regarder de la pornographie sur Internet paraissent avoir moins de matière grise dans certaines parties du cerveau et une activité cérébrale réduite.

C’est chose péjorative à ajouter au fait que la femme se voit être, dans l’industrie de la pornographie, dénigrée de manière à n’être qu’objet sexuel. Car il s’agit dans une importante part de ce milieu, de la mise en scène d’une impuissance incontestable face à celui qui représente l’homme dans sa forme animale la plus grande : le dominant.

Toutefois, il est pertinent d’observer aujourd’hui l’existence théorique de la pornographie féministe, qui selon Olivia Tarplin (chercheuse américaine), est qualifiée comme telle lorsque sont réunis quatre éléments : les femmes doivent être au cœur des interactions, le plaisir féminin doit paraître réel, il doit y avoir une représentation paritaire des genres, ainsi que le fait qu’une généralisation de la pornographie féministe aura unimpactsur lesrelations entre les femmes et les hommes.

C’est néanmoins à l’heure actuelle un outil d’importance en faveur du patriarcat, car les films relevant de ce domaine, font en général véhiculer l’idée que le couple est un parallèle au consentement. Or c’est là l’importante et malsaine réflexion qui a pour conséquence notamment, l’entretien de la culture du viol, notamment au sein d’un couple hétérosexuel.

Mais il s’agit là d’un extrémisme, pourtant réel et très présent ; car cette idée peut aussi aboutir à des agissements bien plus imperceptibles, lesquels détruisent les fondements de la relation hommes-femmes par à-coups. Les regards, les mots et les gestes, sont d’autant plus fort qu’une violence physique momentanée.

L’effet indéniablement bénéfique des outils médiatiques

C’est à ce jour Instagram qui en France par exemple, promeut par des comptes tels que Tasjoui et tubandes, des pensées en faveur de la l’émancipation de la parole de la femme sous l’aspect de la sexualité. Notamment sous le prisme du consentement mutuel quant aux actes et au plaisir féminin, lesquels sont largement entourés d’a prioris et de stéréotypes et sont parfois dominés par l’égoïsme masculin pendant l’acte, chose inculquée par la critique sociétale.

Youtube joue aussi un rôle prépondérant dans ce combat, notamment à travers la chaîne de Léa Bordier qui est à l’origine de Cher Corps, une série de vidéos sur les femmes et leurs rapports au corps, qui a pour ambition de décomplexer les femmes et de mettre en lumière des témoignages uniques tout en brisant certains tabous. Ce sont 55 vidéos publiées, et 4,5 millions de vues sur YouTube qui sont aujourd’hui évalués quant à l’audience de cette chaîne, pour le moins atypique.

On parle aussi de cette thématique sur la chaîne Solange te parle, par le biais par exemple de sa vidéo : “Je suis misogyne”. Dans celle-ci la youtubeuse s’exprime sur le sujet en expliquant qu’elle a été éduquée dans un encadrement de dénigrement de la femme.

Netflix a aussi une prise de position puisque la plateforme de films et séries a obtenu les droits de Les féministes, à quoi pensaient-elles ? Ce film explore la vie des femmes et des mouvements féministes des années 1970 ainsi que l’actualité de leur mobilisation. Par ailleurs, Sense8, série créée par les réalisatrices de Matrix, nous fait suivre huit individus, dont l’ouverture d’esprit sur le genre est montrée comme innée, acquise par nature. Ceux-ci ont la capacité de communiquer par télépathie et peuvent ainsi s’entraider face aux discriminations subies quotidiennement.

A ce jour, en France, a récemment été promulguée la loi contre les violences sexuelles et sexistes, dont la responsable est la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa.

Les seuls changements sont que la loi indique aux juges qu’ils pourront prendre en compte la différence d’âge entre la victime et l’auteur des faits, ou l’âge de la victime quand elle a moins de 15 ans, comme un élément constitutif d’une contrainte, ce qu’ils faisaient déjà la plupart du temps. Ainsi la loi veut convaincre plutôt que contraindre les juges par peur d’une censure du conseil constitutionnel.

Là-dessus, nous rejoindrons l’opinion de la secrétaire d’Etat sur l’aspect juridique de la chose : « Si la loi suffisait à changer la société, on aurait l’égalité salariale depuis 40 ans ».

Cela montre qu’il existe actuellement un véritable travail, et un ensemble non-négligeable d’opinions allant en la faveur de la femme et de ses droits, qui en 2018 en France, ne sont pourtant toujours pas pleinement acquis.