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Le féminisme, une lutte aux objectifs tant légitimes que vastes

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Le féminisme est un humanisme.

La plus longue bataille de l’humanité. 1/2

Le féminisme est un humanisme, ce n’est pas une guerre de tranchées. Être impitoyable envers un comportement sexiste n’est pas faire la guerre à l’autre sexe. […] Il faut comprendre que le combat féministe n’est pas de justifier que les femmes méritent leur place au pouvoir, mais de faire appliquer leur droit inaliénable d’accéder à toutes les sphères de la société. Ce droit est entravé sans motif valable depuis bien trop longtemps […] Le débat qui doit avoir lieu aujourd’hui, c’est comment éradiquer les prétextes qui justifient ces discriminations.” – Christiane Taubira

C’est une lutte pour le dépassement des genres, pour une société où chacun puisse vivre et assumer son orientation sexuelle. Où chacun développerait ses compétences respectives.  C’est une lutte contre la société patriarcale qui domine depuis des millénaires. Bataille qui débute véritablement dès la Révolution Française. Laquelle donna un espoir jusqu’à alors inimaginable pour ces femmes conscientes de la place profondément inégalitaire leur ayant été attribuée dans le système politique de l’Ancien Régime.

Mais en réalité, il ne s’agit pas seulement d’une lutte pour leurs droits, on cherche ici à combattre l’institutionnalisation créée autour du système patriarcal. L’objectif est d’émanciper chacun des devoirs et besoins imposés par celui-ci. D’autre part, c’est aussi la volonté de promouvoir et de développer la libre existence juridique et sociale des genres, ainsi que leur égalité aux yeux de tous, face au genre masculin et féminin pensé par la critique sociétale. Le féminisme ne constitue pas, en ce sens, uniquement une lutte face à une dénigration moderne de la femme, mais bel et bien contre une marginalisation historique de la moitié de l’humanité, vers une classification du genre. Cela favorise ainsi la forme la plus complète du capitalisme actuel. Lequel crée et construit un ensemble autour de cette classification. Dès lors, l’on en vient à une lutte non pas seulement pour des droits, mais contre un schéma de société tout entier jusqu’alors peu altéré.

Selon Margaret Mead, anthropologue américaine qui a étudié la culture sociologique américaine et occidentale, « Les traits de caractère que nous qualifions de masculins ou féminins, sont, pour bon nombre d’entre eux sinon en totalité, déterminés par le sexe d’une façon aussi superficielle que le sont les vêtements, les manières ou la coiffure, qu’une époque assigne à l’un ou l’autre sexe. »

« Le genre masculin ne sera plus regardé, même dans la grammaire, comme le genre le plus noble, attendu que tous les genres, tous les sexes et tous les êtres doivent être et sont également nobles. » connu sous le nom de « la requête des dames de l’Assemblée Nationale » faite en 1792.

L’ardeur et la fougue des représentantes d’une moitié de l’humanité, les premières flammes

 

« Nous qui sommes sans passé, les femmes, nous qui sommes sans histoire » L’Hymne des femmes est une chanson créée collectivement en mars 1971 par des militantes féministes à Paris.  Ceci est une phrase qui entre en parfaite symbiose avec la lutte qui se fait en vertu de l’émancipation de la femme.

D’autre part, la contraception, l’avortement, le droit de vote pour tous, tout ceci obtenu nous pensons trop facilement que l’égalité des femmes et des hommes est achevée, comme une conquête sociale enfin obtenue. Or « Les féministes ce sont celles qui ont toujours voulues les mêmes droits, les mêmes libertés, les mêmes opportunités que les hommes » voici la manière dont s’exprimait l’initiatrice française du féminisme, en 1791, Olympe de Gouges. Car il ne s’agit pas seulement d’une lutte face à  l’aspect juridique patriarcal, mais aussi de celle contre tout un système fondé autour. Elle ajoutait aussi à cela : « Homme, es-tu capable d’être juste, qui t’a donné le droit d’opprimer mon sexe ? ». « Femmes, il est de votre devoir de vous affranchir, vous n’avez qu’à le vouloir ».

Reproduire ou servir, perspective des plus hautes que la « fragilité, la sensibilité et la dépendance » du sexe féminin semblait amplement justifier.

Olympe de Gouges s’impose dans le salon des philosophes. Femme des lumières, elle s’oppose à l’esclavage, parallèle fait à la femme. Ses espoirs ne durent pas, car les femmes ne seront pas citoyennes. Ses mots contre les méfaits de Robespierre du 3 novembre 1793 la condamnent, elle est guillotinée le jour même.

Plus tard, Louise Michel, anarchiste en quête une société égalitaire, débarrassée de la domination des uns sur les autres, parlera en ces termes : « les filles élevées dans la niaiserie sont élevées tout exprès pour être trompées. » Enseigner aux filles fut la forme que prit son engagement, l’éducation étant cœur de toute chose, elle aspirait à la création d’enseignement similaires à ceux des hommes. Mais est plus tard déportée en Nouvelle-Calédonie et meurt en 1905.

L’indépendance de la femme, une liberté inaliénable assujettie au Droit créé par des hommes, pour des hommes

 

« Nous comptons moins que rien dans l’Etat » Hubertine Auclert (XIXe siècle)

 

Le droit de divorce accordé en 1791 (conditionné néanmoins), fut aboli en 1816 par la monarchie restaurée. Quant au code civil, créé en 1804, dit Code des français, régit leur vie et fait d’elles d’« éternelles mineures ». Cela a pour conséquence, notamment, l’impossibilité d’être éduquées aux collèges et lycées et d’ainsi espérer une émancipation de l’oppression masculine. Ajoutons à cela que la 3e République, une fois installée, n’a pourtant pas permis aux femmes d’obtenir une plus grande inclusion, laissant à celles-ci un rang de citoyens de seconde zone.

Ajoutons à cela que les antiféministes prétendent qu’en accordant aux femmes des droits politiques, on les détournera de leurs devoirs de femmes.

Néanmoins, là où certaines échouent à faire résonner la cause, d’autres y parviennent et prennent les devants, entraînant, progressivement, un changement au cœur même des mœurs. Ainsi agit Marguerite Durand, qui lance en 1897 le premier journal quotidien féministe La Fronde, entièrement dirigé et écrit par des femmes.

Au XXe siècle, Madeleine Pelletier est l’une des seules à se préoccuper de la liberté sexuelle, « C’est à la femme seulement de décider quand elle veut être mère ». Envoyée ensuite dans un asile de fous où elle meure seule en 1939. Dans le sillage de son combat, ses idées sont reprises et approfondies par une autre activiste :  Berty Albrecht. Elle aussi, à son tour, prône la liberté sexuelle et publie au mépris des lois Le problème sexuel. Avec Henry Frenet son compagnon, elle fonde Combat, l’un des premiers réseaux de résistance intérieur. Dans tout le pays, des femmes s’engagent. Elle est arrêtée en 1943 et se suicide en prison. « Récompensées », le Général De Gaulle permet en 1944 que les françaises soient citoyennes et puissent voter. L’héroïsme des résistantes et leur nationalisme se voit être mit en avant, faisant ainsi oublier l’ensemble des luttes menées précédemment.

Toutefois, les tondues de l’épuration viennent à le regretter amèrement. De plus, le Général De Gaulle demanda 12 millions de bébés aux femmes pour la bonne reconstruction de la France. Le baby-boom est en cours et toutes les politiques le soutiennent, incitant les femmes à rester chez elles. La télévision apparaît et célèbre largement la fée du logis, mère attentive, jolie et séduisante, prenant soin de son mari et de ses enfants.

Intervient alors Simone de Beauvoir, professeur de philosophie et écrivaine. Echappée de la servitude de la condition féminine du fait de sa profession, elle publie Le deuxième sexe dans lequel elle énonce que l’« On ne naît pas femme, on le devient » ou encore que « Elles peuvent faire l’amour juste pour le plaisir, avec des hommes, ou avec des femmes ». Elle refuse le mariage et la maternité, le contrôle des naissances étant une cause fondamentale que la loi française réprime sévèrement. Ironie de l’histoire, la pilule est, dans la même période, en phase terminale de développement aux Etats-Unis.

Ce sont 120 000 avortements clandestins qui se faisaient en France, par année.

Cette lutte est couronnée de succès par La loi du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse, dite loi Veil, est une loi encadrant une dépénalisation de l’avortement en France. Simone Veil, ministre de la santé sous Valérie Giscard d’Estaing obtient la légalisation de l’IVG. « Aucune femme n’a jamais eu recours de gaîté de cœur à l’avortement. » dit-elle devant l’Assemblée Nationale.

La liberté sexuelle juridiquement établie, l’aspect social reste cependant la part la plus gigantesque de l’énorme gâteau sur fond de patriarcat.