L’armée du futur : entre réitération du présent et cristallisation d’un idéal

armée

Harper, lieutenant des Navy Seals, contourne le bâtiment en se faufilant parmi les ombres. Une pression sur l’écran tactile accroché à son poignet déclenche une bombe électromagnétique qui désactive tous les systèmes de camouflages de l’ennemi. Les soldats commencent à apparaître les uns après les autres. En appuyant sur un autre bouton, Harper appelle une myriade de drones téléguidés qui neutralisent toutes les forces ennemies. Grâce au GPS qui affiche son chemin sur l’écran de son casque, il se dirige sans problème dans la maison et, après avoir détruit une porte blindée grâce à son exosquelette, il retrouve enfin l’otage qui était enfermé là depuis 3 jours déjà. Seul, il a réussi ce que 25 hommes n’auraient pas pu faire encore aujourd’hui. Cette séquence pourrait être tirée d’un film d’action futuriste ou encore de jeux vidéo tels que Call of Duty. Pourtant, d’ici quelques années, elles seront monnaies courante. En effet, les avancées technologiques des quelques années vont bientôt révolutionner l’armée telle qu’on la connaît aujourd’hui. Les Décryptages tente aujourd’hui de vous montrer à quoi ressembleront les soldats et les armées du futur.


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Roger Federer remporte l’Open d’Australie 2018

A Melbourne, en Australie, le Suisse Roger Federer a décroché sa 20ème victoire en Grand Chelem. Pour cette finale, il était face au Croate Marin Cilic.

 

Il s’agit de la sixième victoire en Australie pour le numéro 2 mondial. A 36 ans, le Suisse est le quatrième athlète à passer la barre des 20 victoires victoires en Grand Chelem derrière Margaret Court, Serena Williams et Steffi Graf. Il est suivi par Nadal avec 16 titres, Sampras 14, et Djokovic 12.

Le match a duré plus de 3 heures. Après avoir commencé par mener 2 sets à 1 et 2 jeux à 0, Federer a donné des coups magnifiques pendant la première partie de jeu. Le Croate Cilic, a réagi en se créant une balle de break, pour prendre le service de Federer. Le numéro 2, s’est ressaisi, et a inscrit les six jeux suivants.

Grâce à cette victoire, le Suisse est devenu le premier tennisman de l’histoire à remporter à six reprises deux tournois du Grand Chelem différents. En effet, il a déjà remporté 8 fois Wimbledon et maintenant 6 fois Melbourne.

La prochaine épreuve Grand Chelem du calendrier ATP 2018, sera Roland-Garros, à Paris à partir du 27 mai prochain.

Ali Rami, le lycéen qui ouvre la prépa SciencesPo à tous.

Il n’y a pas d’âge pour entreprendre et Ali Rami en est la preuve. À tout juste 16 ans, il crée un logiciel d’anglais utilisé par des milliers d’étudiants et porte aujourd’hui un projet bien plus grand. Dans le cadre de cette interview, vous découvrirez un ado au CV déjà bien rempli.

 

Les Décryptages : Ali, peux-tu te présenter aux lecteurs des Décryptages ?

Ali Rami : Je suis élève en Terminale ES et passionné par le numérique. J’ambitionne d’intégrer SciencesPo Paris. J’ai créé l’année dernière mon premier logiciel, qui sélectionne chaque jour les 5 mots les plus utilisés et les plus importants dans la presse politique anglo-saxonne pour enrichir rapidement son vocabulaire en vue de l’épreuve de langue. DailyVocab est utilisé par 5000 étudiants quotidiennement et intégré chez PrépaLive, une des principales prépa SciencesPo en ligne.

 

LD : Tu as rapidement été remarqué par l’association d’entrepreneurs de SciencesPo grâce à DailyVocab,  et lance aujourd’hui un projet qui fait beaucoup parler dans le monde de l’enseignement : le 1er robot Prépa SciencesPo ouvert à toutes les bourses. D’où te sont venues ces idées ?

AR : Pour le logiciel d’anglais c’est très simple ! Je devais enrichir mon vocabulaire d’anglais avec un emploi du temps de 1ère très chargé. En lisant la presse je me suis rendu compte du temps que prenait une constante interruption de sa lecture pour chercher la traduction d’un mot, puis la noter dans un carnet… Alors je me suis dis que ce serait intéressant d’avoir un outil pour gagner en temps et en efficacité.

Pour le robot Prépa SciencesPo, je me suis rendu compte de l’obstacle financier d’une classe préparatoire privée pour les élèves qui souhaitent intégrer SciencesPo. J’ai pensé qu’il était important de permettre à chacun de préparer au mieux ce concours. Avec PrépaLive, dont l’objectif est d’ouvrir la préparation à des élèves ne pouvant pas se déplacer à un cours sur Paris, nous avons concilié ma passion pour l’innovation et leur enseignement d’excellence, encadré par des professeurs de Sciences Po.

 

LD : Comment fonctionne le robot ?

AR : L’élève doit simplement démarrer un conversation avec la page Facebook DailyVocab, puis verra apparaître  après son inscription un menu avec tous les thèmes du concours. En un click, le robot lui envoie instantanément tous les éléments relatifs au thème qu’il souhaite travailler.

 

LD : De quoi bénéficient les élèves ?

AR : À travers le robot, les adhérents bénéficient de cours complets, de phrases d’accroche, de liens vers des documentaires pour approfondir les notions, de méthodologie pour l’épreuve d’Histoire et d’Anglais, d’articles d’actualité recommandés en français et anglais, de mon logiciel DailyVocab et de beaucoup d’autres surprises. Tout le contenu des cours fournis par PrépaLive est fait par leurs enseignants, des professeurs de SciencesPo. Le robot est utile pour la préparation de Sciences Po Paris et des 7 IEP communs !

 

LD : Il existe des prépas en ligne, déjà moins coûteuses que les classiques. Mais certains étudiants ne peuvent tout de même pas se permettre une telle dépense… Est-ce que ce robot, nettement en dessous de tout ces prix, est suffisant pour préparer le concours ?

AR : Le robot comprend l’essentiel des services qu’une prépa fournit pour la préparation personnelle de l’élève. Ce dernier peut tout à fait fonder ses révisions sur les éléments fournis par le robot, les cours font une dizaine de page à chaque fois et abordent toutes les notions en détail. Il fournit également des éléments de culture générale, qui feront la différence lors des écrits. Des éléments complémentaires tels que des concours blancs ou des QCM d’entraînement seraient plus coûteux, mais ne sont pas indispensables à l’élève motivé qui fournira un travail personnel à partir des supports de cours fournis.

 

LD : Et alors, combien ça coûte ?

AR : Le prix de l’abonnement est de 30€/mois, soit 1€ /jour, pendant 4 mois, ce qui est 10 fois moins cher qu’une prépa. Avec ces 30€, je rémunère les professeurs mobilisés pour ce projet, qui permettent au robot d’envoyer du contenu de qualité. L’autre partie de l’abonnement, est reversé à une association d’aide à la scolarité de jeunes filles démunies.

 


Propos recueillis par Léa Samara. Le bot est à découvrir sur la page Facebook officielle.

“A nous les jeux”, ou Paris 2024

Le 13 septembre 2017, à Lima (Pérou), la ville de Paris s’est vu désignée par le CIO (Comité International Olympique) comme organisateur des Jeux Olympiques d’été de 2024.

Les Jeux Antiques, réinventés en Jeux Olympiques à Athènes en 1896, sont une tradition et un honneur pour les villes hôtes comme le sera Paris, qui à compter de cette annonce dispose de 7 ans pour s’atteler à l’organisation de cet événement d’envergure…

 

Un processus soigneusement réfléchi

Les 33e JO de l’histoire se dérouleront du 2 au 18 août 2024 (à l’exception du football qui débutera le 31 juillet 2024). La machine étant lancée, un calendrier strict s’érige pour l’ensemble des préparatifs ; à savoir l’élaboration du drapeau olympique (fin 2020), le choix des mascottes (2021), le recrutement des volontaires (2022) ou encore la mise en vente des billets, prévue pour 2023.

Sur les 36 sites annoncés, 26 existent déjà, 8 seront temporaires et 2 seront construits.

Le coût total des préparatifs s’élève à 6,6 milliards d’euros : 500 000 millions seront financés par la dépense publique et 1 milliard viendra directement des caisses de l’État.

Au programme, les 28 disciplines proposées à Rio auxquelles s’ajouteront probablement de nouveaux sports comme le billard et la pétanque, les comités nationaux de ces disciplines ayant déjà déposés leurs candidatures.
L’ensemble des Jeux se dérouleront à Paris-même, à l’exception des sports nautiques prévus à Marseille. Quand-à lui, le football sera réparti dans 9 stades : Bordeaux, Lille, Nice, Toulouse, Nantes, Marseille, Lyon, Saint-Etienne et le Parc des Princes (pour les « grands matchs »).

 

Un enthousiasme général…

L’annonce de l’attribution de l’organisation des Jeux Olympiques pour Paris a été reçue comme une victoire collective et très grandement célébrée. Après les campagnes publicitaires rythmées par des slogans tels que « Gagnons Ensemble », « Venez Partager » ou encore « La force d’un rêve », nous pouvons désormais admirer dans les métros, les rues, sur l’Arc de triomphe, la tour Eiffel ou encore dans les yeux d’Anne Hidalgo, maire de Paris, la fierté d’accueillir cet événement mondial.

Il convient de rappeler qu’il y a près de 100 ans (100 ans pile en 2024), la France organisait déjà les Jeux Olympiques d’été (1924) grâce au militantisme de Pierre de Coubertin (qui avait également organisé les Jeux de 1900), ce qui ajoute un caractère commémoratif à l’événement. A l’occasion des Jeux du siècle dernier, Coubertin introduit le célèbre « Citius, Altius, Fortius » (« Plus vite, plus haut, plus fort ») et en fit la devise olympique. De même, il initia le rituel de la levée des trois drapeaux lors de la cérémonie de clôture.

Aujourd’hui, Paris est bien décidée à faire de ces Jeux un événement collectif de grande ampleur, afin d’accroître son attractivité estivale et son rayonnement culturel. Pour ce, les organisateurs ont déjà annoncé que la moitié des billets seront vendus à moins de 50 euros et que certains pourront descendre jusqu’à 15 euros. Une annonce satisfaisant les divers acteurs, aussi bien les fans de sports, que les organisateurs évitant la malédiction des salles combles.

 

… pas si général que ça

Malgré la volonté d’afficher une satisfaction générale, certains échos commencent à se faire entendre. Le journal du dimanche a publié un sondage montrant que « 83 % des français soutiennent les Jeux ». Or, Il s’avère que le commanditaire dudit sondage n’est autre que MTKG, contribuable de Paris 2024, remettant en doute son objectivité.

Paris 2024 est tout d’abord remis en cause pour des raisons pécuniaires. Alexandre Delaigue, professeur d’économie à Lille I, a notamment démontré le surcoût systématique des villes hôtes. Pour cause, le délai strict imposé aux organisateurs les forçant à boucler leur projet en un temps record, doublé de la forte médiatisation mettant en jeu la réputation de la ville organisatrice. Plus courant encore, le CIO a pour coutume de faire jouer la concurrence entre les villes candidates afin d’obtenir une flambée des prix, comme ce fut le cas à Athènes en 2004.

Autres mécontents de l’attribution des jeux : les riverains et les écologistes soucieux du sacrifice de plusieurs hectares de terrains au profit de stades en béton. De même, certains parisiens se disent nuancés, heureux certes, de voir la capitale en pleine mouvance sportive, mais craintifs quant à la dégradation de la circulation et l’augmentation de la pollution, déjà largement décriées à Paris en période creuse.

Des manifestations ont déjà été organisées, notamment le mercredi 13 septembre (soir du verdict). Une cinquantaine de manifestant s’étaient réunis à Paris autour du collectif citoyen « Non aux JO 2024 », pour souligner le manque de démocratie dans cette candidature déclenchée sans l’aval d’une majorité populaire. Un mouvement dont-on entendra encore sûrement parler…

 

Mais si un fragment de la population se dit opposé à Paris 2024, nombreux sont les français impatients de vivre au rythme de cet événement sportif à caractère exceptionnel.

Quoi qu’on en dise, Paris entrera dans l’histoire aux cotés de Londres et Los Angeles, faisant désormais partie des trois seules villes à avoir accueilli trois JO. La flamme olympique brillera donc en 2024 au cœur de la ville lumière.

 

Vigipirate : kézaco ?

Suite aux terribles attentats de Janvier 2015, le plan Vigipirate est relancé.
Créé en 1978 suite à un attentat à l’aéroport d’Orly et une prise d’otage à l’ambassade d’Irak (effectuée par des militants pro-palestiniens en représailles de l’intervention de parachutistes français au Liban).
En 2003, dans le cadre de la guerre d’Irak, le plan est renforcé avec la mise en place d’un système de couleurs, définissant le danger, qui restera en vigueur jusqu’en 2014.
Depuis le 1er décembre 2016, le plan Vigipirate a été drastiquement renforcé en passant à un système à trois niveaux. Il est ainsi plus efficace face à la menace terroriste. En raison du grand risque d’attentat, il est probable que le plan Vigipirate dure encore quelques années. Décryptage.

Les niveaux actuels de Vigipirate ont été mis en place pour répondre à la menace  continue représentée actuellement par l’Etat Islamique. Tous les niveaux comprennent une vigilance et une protection de la population par des militaires; sous le nom d’Opération Sentinelle, unité qui compte aujourd’hui près de 7000 soldats actifs et pouvant aller jusqu’à 10 000 en cas de renforcement du plan.

Plusieurs niveaux d’alerte

Le premier niveau du plan est le niveau “vigilance” en vigueur sur tout le territoire. Il correspond à une surveillance permanente, sans limite dans le temps. En cas de menace élevée d’attentats terroristes, le plan peut-être renforcé et passe alors en “risque attentat” avec le renforcement des moyens déployés et l’addition de mesures telles que les fouilles et le renforcement des patrouilles. Ce plan est également intemporel et peut-être prolongé aussi longtemps que nécessaire, mais peut cependant n’être déployé que sur certaines zones (villes, départements, …) ou bâtiments spécifiques (écoles, églises, bâtiments de la fonction publique).
La dernière échelle du plan, “l’urgence attentat”, est exceptionnelle et n’est déclenchée qu’en cas de menace imminente et certifiée, ou en cas d’attaques terroristes (pour éviter tout sur-attentat). Ce dernier niveau comporte de nombreuses mesures contraignantes, telles que l’interdiction de tout rassemblement scolaire, la raréfaction des transports en communs, l’interdiction des manifestations ou encore la fermeture de certaines voies exposée. Ce dernier plan se déroule dans un court laps de temps au niveau régional ou national. Il est utile car il permet de mobiliser rapidement et efficacement tous les moyens à disposition, et ainsi prendre toute les mesures nécessaires à la protection de la population avec un maximum d’efficacité. Il permet aussi la diffusion d’informations et de conseils comportementaux sur les chaînes nationales et dans les écoles.

Un rôle multiple

Le rôle de Vigipirate est multiple. Si sa tâche principale est bien de protéger les citoyens contre une attaque terroriste, il a également pour objectif de sélectionner les zones et les événements à risque afin d’être en mesure d’y déployer un dispositif adapté (donc plus efficace) en fonction du niveau de l’alerte et l’importance de celle-ci. Un trop grand ou trop petit nombre de forces déployées peut nuire à l’efficacité de l’opération. Le dispositif vigipirate est constitué des forces de l’Opération Sentinelle, des groupes d’intervention de la police comme le RAID et de la gendarmerie comme le GIGN. Les secours sont également massivement mobilisés. Ces organisations sont formées afin d’être prêtes à tout moment et de se déployer rapidement. Le plan comporte également la surveillance d’individus par le biais d’agents de sécurité et d’un dispositif de vidéosurveillance.
Il organise des patrouilles, partie visible de l’opération, servant notamment de moyen de dissuasion. Mais aussi la mise en place de conseils pour montrer à la population comment réagir lors d’un attentat. Cela passe par la mise en place d’exercices de confinements dans les établissements et/ou par l’affichage dans un grand nombre de lieux publics de panneaux résumant comment réagir face à une attaque terroriste :

 


Le plan Vigipirate met également en place des campagnes de prévention pour les écoles jugée très sensibles et qui sont fortement protégées lorsque le plan est élevé à son niveau maximum. Aujourd’hui, le plan Vigipirate est en risque attentat. Pour les élections et afin de protéger les 67 000 bureaux de vote, le plan a été renforcé par 50 000 policiers et gendarmes. Face à la menace terroriste, la question de la sécurité a été au cœur des débats à tel point que certains se posent la question du maintien du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian même en cas de changement de gouvernements afin d’éviter un moment de flottement qui serait dangereux dans le contexte où nous vivons.

L’Etat d’urgence

Face à la menace terroriste, le conseil des ministres a voté au soir de l’attentat de Paris du 13 novembre 2015 l’état d’urgence ; c’est un moyen supplémentaire de lutte contre le terrorisme, à travers l’autorisation de perquisitions sans mandat de jour comme de nuit, l’interdiction de rassemblements jugés trop risqués, des assignations à résidence et la fermeture de certains lieux publics. Il était à l’origine censé durer trois mois mais face à l’ampleur de la menace, il est aujourd’hui toujours d’actualité.
Mais ce plan ne fait pas que des heureux : il est, par exemple, vivement critiqué par Amnesty International. En effet, l’ONG  considère l’État d’urgence comme une “violation de la vie privée” qui, toujours selon elle, “empêcherait les gens d’avoir une vie normale et une vie privée”.
Le sort de l’État d’urgence divise également les finalistes de l’élection présidentielle : Marine Le Pen souhaite sa prolongation, Emmanuel Macron veut y mettre fin et développer le renforcement du renseignement territorial en substitut.

Une brève histoire de l’Europe

Crédit photo : Claude TRUONG-NGOC

En France, au Royaume-Uni, aux Pays Bas ou encore au Danemark, le vif succès des campagnes anti-Europe le montrent : 2017 est une année cruciale pour l’Union Européenne.
Nous célébrerons cette année les 25 ans du traité de Maastricht, les 60 ans du traité de Rome, mais également les 10 ans du début des négociations du traité de Lisbonne. Ces trois dates anniversaires, bien placées pour rendre compte de l’avancée des idéaux ayant motivé ces traités, ne semblent pourtant pas être la préoccupation majeure des dirigeants Européens. Du coté des ressortissants de l’Union, l’Europe ne constitue plus un sujet d’intérêt majeur non plus : les taux d’abstention aux élections européennes l’illustrent. L’institution est souvent perçue comme trop floue, antidémocratique, mais également comme la source des crises répétées que nous traversons.

Il existait quelques mouvements pour une union des états Européens avant la Seconde Guerre mondiale. Le réel espoir d’une union n’apparut cependant qu’après la guerre. D’abord poussé par différents groupes européistes partout en Europe, ce projet a pu se concrétiser dans un premier temps grâce à l’aide financière apportée par le plan Marshall. Celle-ci s’accompagnait de la création de l’OECE. Peu à peu, l’idée d’une Communauté européenne se structure et gagne en notoriété. Elle gagne également en contestation : c’est le début de l’opposition entre souverainistes et unionistes. Les souverainistes soutiennent une union économique dans laquelle chaque pays reste totalement souverain, quand les unionistes demandent que les pays de l’union soient régis par des organes supranationaux. Encore source de divisions aujourd’hui, cette question est souvent la cause des désaccords sur le rôle de l’Union Européenne. En 1950, six pays d’Europe (la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg) voulant s’impliquer dans la création d’une Union signent le Traité de Paris. Ils établissent la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. Présidée par Jean Monnet, celle-ci avait pour but de favoriser les échanges intra-régionaux en abolissant les frais de douanes sur ces produits entre les pays signataires.

Constatant que le projet Européen s’essoufflait avec le temps, Jean Monnet démissionna en 1954 de la présidence de la CECA. Il décide de créer en même temps le Comité des Etats-Unis d’Europe. Influente auprès des gouvernements, l’Europe des Six demande l’élaboration d’un projet pour franchir un pas dans la construction européenne. En 1957, ce projet se transforme en traités : les traités de Rome. Les 6 pays signataires du traité de Paris signent les traités de Rome, s’engageant ainsi à :

  •  Établir un marché commun ainsi que permettre un rapprochement économique des États membres.
  • Mener une action commune pour le progrès économique et social de leur pays en harmonisant les relations européennes.
  • Tout faire pour l’amélioration des conditions de vie des citoyens.
  • Sauvegarder la paix.

De plus, les signataires appellent les autres peuples partageant les idéaux prônés par le traité de Rome à les rejoindre.

Ces différents engagements ainsi que cet appel traduisaient déjà, dans une certaine mesure, les valeurs de l’Europe telles que nous les connaissons aujourd’hui : l’unité économique, l’esprit de communauté et la volonté de paix. De là naissait la Communauté Economique Européenne.

Le succès de celle-ci permit un premier élargissement en 1973 : le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark entrèrent dans la communauté. Celle-ci fut rapidement mise à l’épreuve : divergences entre les États membres, apparition du chômage de masse, début de la désindustrialisation… Ces nombreux facteurs ont contribué à l’affaiblissement de la communauté économique, et la stagnation de la construction européenne.

À partir de 1984, Jacques Delors arrive pour relancer cette dernière. La commission Delors avait pour but de relancer la dynamique communautaire. Pour ce faire, diverses mesures furent mises en place : le deuxième élargissement (Grèce et Espagne en 1981 et Portugal en 1986) ; la mise en place d’un marché unique, ainsi que la préparation au passage a la monnaie unique. Ces différentes mesures préparaient le grand traité de réforme de la communauté européenne : le traité de Maastricht.

Le 7 février 1992 est signé le traité de Maastricht. Projet ambitieux, il est soumis à référendum en France et passe de justesse (51,02% pour). De ce traité est née l’Union Européenne. EN complément à la CEE, l’Union possède une dimension politique. De plus elle donne de nouveaux droits à ses habitants :

  • Renforcement d’une union économique et monétaire : monnaie unique en 1999.
  • Politique de sécurité commune.
  • Coopération dans la justice.
  • Politique d’Asile commune.
  • Circulation libre au sein de l’Union Européenne
  • Droit de vote aux élections municipales et européennes, ainsi que droit de pétition devant le Parlement européen.

Cependant, le traité de Maastricht, nous l’avons dit, a été accepté par une très faible majorité des Français. L’importance de celui-ci a réveillé les souverainistes, mais a également soulevé des interrogations auprès des populations. L’Union Européenne semblait s’éloigner des idéaux sur lesquels elle se fondait. La prospérité se faisait attendre alors que le chômage de masse s’intensifiait, et la crise yougoslave donnait l’image d’une Europe affaiblie.

Mais Maastricht offrit un élan à l’Union européenne pour sortir de cette crise. En 1995, le troisième élargissement permit l’entrée de l’Autriche, la Suède et la Finlande dans l’Union. La monnaie unique, l’Euro, fut instaurée en 1999. En 2002, les monnaies nationales disparaissent : c’est le début d’une nouvelle ère.

L’Union ne cesse de grandir et compte vingt-cinq membres en 2004. Pour répondre à un quatrième élargissement, une commission présidée par Valéry Giscard d’Estaing est mise en place pour rédiger une constitution européenne. Celle-ci a pour buts principaux de redonner du pouvoir à l’Institution sur les membres de l’Union, et de renforcer l’idée d’une défense commune. Elle vise aussi à renforcer le pouvoir du Parlement européen ainsi que de la Commission européenne. Cela n’a pas empêché la France de voter non à 54% au référendum du 29 mai 2005. Il est difficile de ne pas y voir une certaine ironie lorsque l’aspect démocratique de l’Union est remis en question. Les raisons de ce « non » doivent néanmoins être expliquées pour que nous puissions le comprendre : la faible croissance des États européens entamait énormément la crédibilité de l’institution. De plus, la complexité des textes et la difficile explication de ceux-ci aux Français ont conduit au blocage du traité constitutionnel. La France n’était pas seule dans cette position : une semaine après, les Pays-Bas suivaient le même chemin.

Mais l’Europe que nous connaissons aujourd’hui est née du traité de Lisbonne, entré en vigueur en décembre 2009. Élaboré pour sortir l’Union d’un blocage total suite à l’échec de la constitution de 2005, ce traité visait à faire évoluer les institutions européennes après l’entrée de deux nouveaux membres dans l’union : la Bulgarie et la Roumanie. Ce traité permit de donner à l’Union une  plus grande ampleur sur la scène internationale : celle-ci devint une personnalité juridique, apte à signer des traités internationaux au nom de ses membres. C’est également le début d’une nouvelle diplomatie européenne, et l’adoption de la charte des droits fondamentaux. De plus, c’est à partir de ce traité que la banque centrale prit une réelle importance, devenant le premier organe supranational européen. Enfin, le traité de Lisbonne a instauré le célèbre article 50, l’article permettant à un état membre d’entamer une procédure de divorce avec l’Union.

Maastricht n’a pas empêché la naissance de crises graves au sein de l’Union, pouvant remettre en question sa légitimité. D’abord, la faillite de la Grèce en 2009, créant des discordances au sein même des États membres. La guerre en Syrie et les conditions économiques dans certains pays d’Afrique provoquent des migrations que l’Union ne parvient pas à gérer, encore à cause de discordances internes. Sur cette guerre en Syrie, les membres n’ont pas su tenir une position commune, réduisant alors la crédibilité de chacun. En juin 2016, le vote en faveur Brexit de la population britannique a également contribué à la déstabilisation de l’Europe. Le résultat politique de ces crises répétées semble générer à un nouveau clivage : protectionnisme contre libre-échange. Les nombreuses élections à venir en Europe nous diront quelle vision l’emportera et quel sort l’Union embrassera.

I-Télé, la mal-aimée

Mal aimée par sa direction, boudée par les téléspectateurs, I-Télé a tiré sa révérence le 27 février dernier. C’est au petit matin qu’un jingle d’une vingtaine de secondes mit fin, laconiquement, à 17 années d’information en continu. Retour sur les derniers soupirs de la chaîne où «l’information ne s’arrête jamais».


L’antithèse de BFMTV.

I-Télé n’a jamais pu durablement devancer sa grande rivale BFMTV, aussi bien en audiences qu’en termes de rentabilité. Depuis 2005, date à laquelle elle rejoignit la TNT, I-Télé n’a cessé de prendre des virages éditoriaux, au grès des changements d’organigramme du groupe Canal +.

Cette stratégie, fructueuse en 2006, n’a permis à la chaîne que d’être leader, en l’espace de quelques mois, en part de marché sur la TNT. Excepté en 2010, où la chaîne au logo triangulaire devint leader pendant 1 mois, BFMTV a pris soin de distancer cette dernière, d’abord d’un dixième puis de plusieurs pour cent de part de marché.

Ce n’est qu’à partir de 2012, qu’I-Télé stabilise sa grille, et fixe sa cible, avec la nomination de Cécilia Ragueneau et Céline Pigalle à la tête de la chaîne. Elle entendait alors se différencier de sa principale concurrente en misant sur des décryptages et des débats quand BFMTV faisait part belle au « Hard-News ». Malgré de beaux discours, I-Télé n’a pu s’empêcher de revenir sur ce qui faisait le succès de sa concurrente, en réduisant les débats et en se recentrant sur l’information en continu.

On ne compte plus les changements de slogans et de plateaux. I-Télé se cherche et ne se trouve pas. Elle demeure l’antithèse de BFMTV, perdue dans sa recherche d’identité, comme boudée par les téléspectateurs. 


 
2015, le début de la fin.

En 2015, après avoir pris la tête du conseil de surveillance du groupe Vivendi, maison mère de Canal+, Vincent Bolloré entre, en grande pompe, à coup de licenciements à la tête du groupe Canal +. Il décide d’un brutal régime d’amaigrissement budgétaire de la chaîne mère dans un premier temps : des émissions historiques passent à la trappe en même temps que l’organigramme du groupe.

I-Télé ne subit pas directement les cures du milliardaire breton. En effet, ce dernier se targue de faire annoncer qu’il « ne sait pas quoi faire d’I-Télé » ou encore que dans « sa stratégie, l’information n’a pas de place ». La rédaction patiente dans ces heures de latences, comme un condamné à mort qui monte sur sa potence.

Dans ce contexte, déjà tendu, ce n’est pas un, mais deux nouveaux concurrents qui entrent dans ce marché ô combien concurrentiel. LCI, première chaîne d’information historique du pays se voit accordé un canal de la TNT en avril 2016. FranceInfo, énième chaîne du service public, est annoncée pour le mois de septembre de la même année. Toutes font la sempiternelle promesse d’un traitement différent de l’actualité.

Une reprise en main musclée.

Il n’en fallait pas moins pour que les tentacules du Tycoon breton s’arrêtent sur I-Télé.
Exit Céline Pigalle et Cécilia Ragueneau, place à des proches de Vincent Bolloré.

Guillaume Zeller, numéro un de la chaîne, arrive tout droit de Direct Matin, journal appartenant au groupe Bolloré. Lors des premières rencontres avec la rédaction, il prononce une phrase qui est censée apaiser un climat déjà tendu : « Je suis là pour apprendre de vous ». Difficile pour lui de masquer son manque d’expérience : passer d’une équipe s’occupant de la rédaction d’une revue pleine de réclame, à la tête d’une chaîne nationale n’est pas une mince affaire. I-Télé se retrouve, en outre, dirigée par un soutien assumé d’une frange catholique traditionaliste qui parfois ne refuse pas quelques interventions sur la chaîne controversée « Radio Courtoisie ».

La numéro deux de la rédaction se prénomme Virginie Chomicki, future tête de gondole de CNEWS, elle est se retrouve décriée par ses anciens collègues de LCI qui l’estime incapable de diriger une telle équipe après avoir effectué quelques chroniques à l’antenne. Guillaume Zeller est rapidement remplacé par Serge Nedjar, en mai 2016. Ce dernier est alors président de « Bolloré Média Régie ».
C’est un nouveau fidèle qui prend la tête d’I-Télé. Réputé cassant, il n’hésite pas à asséner devant la rédaction « Je serai l’homme à abattre, celui que vous allez détester ». Son but, multiplier les synergies avec les filiales achetées par Bolloré. Après le rachat de Gameloftpar Vivendi, il n’hésite pas à demander aux journalistes de couvrir une conférence de presse de la firme spécialisée dans le digital. Selon lesJours.fr, il serait allé jusqu’à censurer un reportage sur l’affaire Fillon, au matin sa publication par le Canard enchainé.

Enfin Philippe Labro est une ancienne connaissance de Vincent Bolloré. Il avait notamment participé au lancement de la chaîne Direct 8, alors propriété de Bolloré, actuel chef du groupe Canal + avant d’être revendue…à Canal +. Triste revanche.


Une grève sans précédent.

Une autre star de Direct 8, devrait également faire son apparition : Jean-Marc Morandini. Il avait contribué au succès de la chaîne notamment avec son émission média qu’il avait humblement appelée « Morandini ». C’est cette recrue qui fait exploser la rédaction en proie aux licenciements et à la diète budgétaire. En effet, Jean-Marc Morandini est empêtré dans une affaire de corruption de mineur aggravé. Les méthodes « journalistiques » de Jean-Marc Morandini ne correspondent pas, par ailleurs, à l’identité de la chaîne pour certains de ses confrères. 

C’est pendant 31 jours de grève que la majorité de la rédaction manifestera son désaccord concernant l’arrivée de Jean-Marc Morandini à l’antenne. Une assurance d’indépendance de la rédaction est dans le même temps demandée. I-Télé devient entre-temps une chaîne documentaire où des rediffusions de reportages Canal + tournent en boucle.

 Il n’en est rien. 31 jours de grèves, près de 80 départs, une élection américaine non couverte, des pertes de points de part de marché, des journées de pleurs, de peur de la précarité, n’auront servi à rien. Le soutien de personnalités du monde politique et médiatique n’ont rien bouleversé : ni l’intervention de la ministre du Travail Myriam El Khomri, ni le soutient d’une majorité de leurs confrères ont pu changer la donne.  Le message de Vincent Bolloré est clair : « Vous obéissez, ou vous dégagez ».

 La plus longue des grèves de l’histoire de l’audiovisuel français depuis 1968, qui frappait alors l’ORTF, n’aura pas permis la signature d’une charte éthique, ni la mise en retrait durable de l’antenne de Jean-Marc Morandini.


Nouveau look pour une nouvelle vie ?

À son arrivée, Vincent Bolloré annonce un rebranding total des chaînes du pôle gratuit du groupe. I-Télé n’est pas une étoile de « la galaxie Canal », elle deviendra donc CNEWS.

Annoncée d’abord en septembre 2016, elle sera, suite à la grève, repoussée au 27 février dernier. Une révolution est annoncée pour faire table rase du passé : ce sera « une chaîne d’infos de décryptage où les différentes opinions peuvent s’exprimer » disait alors Gérald Brice-Viret, directeur général du groupe. 
On annonce l’arrivée de vieilles gloires du PAF (Paysage Audiovisuel Français) à l’instar de Jean-Pierre Elkabbach, dernièrement évincé d’Europe 1. Patrick Poivre d’Arvor, Rachid Arhab, Marc Menant : moyenne d’âge 70 ans.

Autre les recrues d’un autre temps, CNEWS, se démarque d’I-Télé par ses nouveaux débats, où il est question de “pénoplastie”, de franc-maçonnerie ou encore d’immigration.
Le spectre de Jean-Marc Morandini est bien présent : C-RACOLLEUR.
Les journalistes de CNEWS continuent d’alimenter une chaîne qui tourne encore au ralenti. Un ralenti qui profite à l’une de ses concurrentes ; chaîne d’information du groupe Bouygues, LCI, a pu égaliser CNEWS en part d’audience.


La direction du groupe s’est donnée 3 ans pour trouver l’équilibre financier, en maintenant un cout de grille de 20 à 30 millions d’euros : le pari est lancé.