Archive dans novembre 2017

Ali Rami, le lycéen qui ouvre la prépa SciencesPo à tous.

Il n’y a pas d’âge pour entreprendre et Ali Rami en est la preuve. À tout juste 16 ans, il crée un logiciel d’anglais utilisé par des milliers d’étudiants et porte aujourd’hui un projet bien plus grand. Dans le cadre de cette interview, vous découvrirez un ado au CV déjà bien rempli.

 

Les Décryptages : Ali, peux-tu te présenter aux lecteurs des Décryptages ?

Ali Rami : Je suis élève en Terminale ES et passionné par le numérique. J’ambitionne d’intégrer SciencesPo Paris. J’ai créé l’année dernière mon premier logiciel, qui sélectionne chaque jour les 5 mots les plus utilisés et les plus importants dans la presse politique anglo-saxonne pour enrichir rapidement son vocabulaire en vue de l’épreuve de langue. DailyVocab est utilisé par 5000 étudiants quotidiennement et intégré chez PrépaLive, une des principales prépa SciencesPo en ligne.

 

LD : Tu as rapidement été remarqué par l’association d’entrepreneurs de SciencesPo grâce à DailyVocab,  et lance aujourd’hui un projet qui fait beaucoup parler dans le monde de l’enseignement : le 1er robot Prépa SciencesPo ouvert à toutes les bourses. D’où te sont venues ces idées ?

AR : Pour le logiciel d’anglais c’est très simple ! Je devais enrichir mon vocabulaire d’anglais avec un emploi du temps de 1ère très chargé. En lisant la presse je me suis rendu compte du temps que prenait une constante interruption de sa lecture pour chercher la traduction d’un mot, puis la noter dans un carnet… Alors je me suis dis que ce serait intéressant d’avoir un outil pour gagner en temps et en efficacité.

Pour le robot Prépa SciencesPo, je me suis rendu compte de l’obstacle financier d’une classe préparatoire privée pour les élèves qui souhaitent intégrer SciencesPo. J’ai pensé qu’il était important de permettre à chacun de préparer au mieux ce concours. Avec PrépaLive, dont l’objectif est d’ouvrir la préparation à des élèves ne pouvant pas se déplacer à un cours sur Paris, nous avons concilié ma passion pour l’innovation et leur enseignement d’excellence, encadré par des professeurs de Sciences Po.

 

LD : Comment fonctionne le robot ?

AR : L’élève doit simplement démarrer un conversation avec la page Facebook DailyVocab, puis verra apparaître  après son inscription un menu avec tous les thèmes du concours. En un click, le robot lui envoie instantanément tous les éléments relatifs au thème qu’il souhaite travailler.

 

LD : De quoi bénéficient les élèves ?

AR : À travers le robot, les adhérents bénéficient de cours complets, de phrases d’accroche, de liens vers des documentaires pour approfondir les notions, de méthodologie pour l’épreuve d’Histoire et d’Anglais, d’articles d’actualité recommandés en français et anglais, de mon logiciel DailyVocab et de beaucoup d’autres surprises. Tout le contenu des cours fournis par PrépaLive est fait par leurs enseignants, des professeurs de SciencesPo. Le robot est utile pour la préparation de Sciences Po Paris et des 7 IEP communs !

 

LD : Il existe des prépas en ligne, déjà moins coûteuses que les classiques. Mais certains étudiants ne peuvent tout de même pas se permettre une telle dépense… Est-ce que ce robot, nettement en dessous de tout ces prix, est suffisant pour préparer le concours ?

AR : Le robot comprend l’essentiel des services qu’une prépa fournit pour la préparation personnelle de l’élève. Ce dernier peut tout à fait fonder ses révisions sur les éléments fournis par le robot, les cours font une dizaine de page à chaque fois et abordent toutes les notions en détail. Il fournit également des éléments de culture générale, qui feront la différence lors des écrits. Des éléments complémentaires tels que des concours blancs ou des QCM d’entraînement seraient plus coûteux, mais ne sont pas indispensables à l’élève motivé qui fournira un travail personnel à partir des supports de cours fournis.

 

LD : Et alors, combien ça coûte ?

AR : Le prix de l’abonnement est de 30€/mois, soit 1€ /jour, pendant 4 mois, ce qui est 10 fois moins cher qu’une prépa. Avec ces 30€, je rémunère les professeurs mobilisés pour ce projet, qui permettent au robot d’envoyer du contenu de qualité. L’autre partie de l’abonnement, est reversé à une association d’aide à la scolarité de jeunes filles démunies.

 


Propos recueillis par Léa Samara. Le bot est à découvrir sur la page Facebook officielle.

Critique de “La Fête est Finie” d’Orelsan

Plus rien ne l’étonne.

Après deux albums remarqués en collaboration avec Gringe sous le nom des Casseurs Flowters, une série et même un film, Orelsan revient avec un album solo et une future tournée. La Fête est Finie conclue donc la trilogie du rappeur caennais après Perdu d’avance (2009) et Le chant des sirènes (2011). Album très attendu donc, en particulier après la diffusion du premier morceau Basique le 20 septembre dernier qui en annonçait la sortie un mois plus tard. Un titre qui avait divisé, entre des paroles jugées faibles par une partie du public et un clip en plan séquence qui avait lui, bluffé. Une stratégie qui avait nourrie les attentes et les inquiétudes, tout comme la divulgation de la liste de collaborations assez hétéroclite, de Nekfeu à Stromae en passant par Maître Gims. Digne volet de la trilogie ou égarement sans intérêt ?


La boucle est bouclée.

Lorsqu’un artiste vieilli et a une longue carrière à son actif, les critiques s’articulent autour d’expressions types telle que “C’est l’album de la maturité” pour qualifier un travail proche de l’artiste et complet dans ses facettes artistiques, ses thèmes. A contrepied de cela, Orelsan ne devient pas plus mature, il le dit et cela s’entend. Il vieilli certes, évoque avec sa mélancolie caractéristique le temps qui passe sans qu’il soit possible de lutter ni de finir heureux et avec beaucoup d’enfant. Car la vie n’est pas un chemin linéaire. Il en a conscience et l’exprime dans ses textes comme à son habitude. Ce n’est pas pour autant qu’il murie. Il reste ce type un peu paumé, maladroit, cru, qui cherche sa place dans son couple, sa famille, sa carrière, dans le monde. Car il n’y a pas d’âge pour se perdre. Et que nous le faisons tous.

La première moitié de l’album est typique du style d’Orelsan, incisive et impertinente. De quoi rassurer au premier abord les fans de l’artiste. Pourtant, si le fond reste le même, c’est la forme qui se détache et on remarque assez vite l’empreinte de ces dernières années des Casseurs Flowters. C’est une suite logique mais qui pourra perdre les fans de l’artiste solo qui avaient eu du mal avec son association au rappeur Gringe. Pourtant, Le chant des sirènes date d’il y a six ans. Il aurait été problématique de reprendre un style de rap qui aujourd’hui n’est plus vraiment dans l’air du temps. Il est possible d’écouter du rap de toute époque, mais le problème serait de sortir un nouvel album en reprenant les codes du début de la décennie. D’ailleurs, l’adaptation est tout à fait réussie. Orelsan garde une indépendance artistique, ne tombe pas dans la facilité en suivant simplement ce qu’il se fait dans le rap français actuel. Il a su en revanche moderniser et adapter son style avec notamment l’aide de Stromae.


Nuits blanches, idées noires.

Sans dévoiler la surprise de l’écoute, l’album est truffé de pépites du genre qui non seulement vont séduire les fans d’Orelsan mais aussi de rap en général. Dès le premier week-end, un enthousiasme certain s’est articulé autour de certains morceaux (Défaite de famille, Christophe et Paradis en particulier). Même si certains titres peuvent décevoir à cause de l’attente à leur égard (Zone avec Nekfeu) ou sembler servir de remplissage (La Lumière).

Toutefois, s’il ne fallait en retenir qu’un, le dernier, Notes pour plus tard, est la véritable surprise de La Fête est Finie. Pour devenir finalement le meilleur de l’album voire de sa carrière. Il est même représentatif d’Orelsan et de son univers dans son intégralité, de son personnage, et conclue l’album comme la trilogie.

Une mélancolie plus profonde et fataliste que ses œuvres précédentes se dégage en général. Orelsan s’est confié en interview à ce propos en disant que de réelles touches optimistes se dégageaient pourtant : les conseils de Notes pour trop tard ou la déclaration de Paradis. S’il est vrai que le second titre est la première approche romantique de l’univers du rappeur, il semble être la seule note optimiste et confiante pour l’avenir, dans cette rétrospective globale sur le temps qui passe.

Orelsan raconte la vieillesse dans ce qu’elle a de plus sombre : sa fatalité, son amertume. Mais malgré tout, il en tire une leçon de vie, leçon déjà enseignée dans ses productions précédentes et particulièrement dans Comment c’est loin (2015) : il faut profiter de sa jeunesse pour vivre. Pas raisonnablement, pas comme on nous dit de le faire, mais comme on le souhaite. Quitte à échouer, quitte à regretter, car c’est toujours mieux que les remords, comme dirait l’expression.

La Fête est Finie signe donc le digne retour d’Orelsan sur la scène en solo. Pourtant, si le public sera satisfait de le retrouver, un étrange sentiment d’adieu suit l’écoute de l’album. C’est peut-être ce qui lui donne ce goût si particulier qui peut séduire ou rebuter. Un album sans grande surprise certes, ce qui ne porte pas préjudice à sa qualité.

Le XIXème congrès national du Parti Communiste Chinois ou l’avènement de Xi Jinping

XIXème congrès national

Le XIXème congrès national du Parti communiste chinois s’est ouvert mercredi 18 octobre 2017 au Palais du peuple (place Tiananmen) à Pékin pour une semaine. Ce grand rendez-vous politique, organisé tous les cinq ans, a pour principal objectif de renouveler les instances dirigeantes de l’état-parti. Cette année, le congrès a permis au Président de la République populaire de Chine, Xi Jinping, de renforcer sa suprématie en lui octroyant un deuxième mandat. Focus sur cet événement d’importance mondiale.

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DTA! – Interview de Pierre-Yves Bournazel

Un nouveau député a accepté l’invitation de notre média pour répondre à nos questions. Il s’agit de Pierre-Yves BOURNAZEL. Il est le vice-président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, est également le porte parole du groupe “Les Constructifs” à l’Assemblée Nationale.

 

“Les Constructifs défendent des valeurs européennes, libérales-sociales et en faveur des réformes structurelles”

 

Comment s’est déroulée votre arrivée au sein de l’Assemblée ?

Entrer dans un lieu autant chargé d’Histoire vous oblige. Je me suis pleinement ressenti représentant de la Nation, avec le sérieux que cela implique. De même, j’étais déterminé à travailler dès mon arrivée, et cela n’a pas traîné : entre l’élection de la présidence de l’Assemblée et l’ensemble des débats et votes des projets de Loi sur la moralisation et sur les ordonnances sur le dialogue social. Je me suis investi dans la Commission des affaires culturelles et de l’éducation en prenant un rapport sur la lutte contre les discriminations.

 

Considérez-vous le groupe « Les Constructifs » comme une véritable force de propositions ?

Nous avons beaucoup travaillé sur les projets de loi qui ont été proposés à l’Assemblée (ordonnances pour le dialogue social, loi de confiance dans l’action publique entre autres). Ces projets de lois émanent du Gouvernement, nous avons donc beaucoup travaillé sur le contenu de ces lois. Pour moi, le Gouvernement va dans le bon sens, c’est pourquoi j’ai voté les textes dans l’intérêt général. Nous allons bien sûr être une force de propositions, car notre Groupe est disposé à ce que le pays aille de l’avant, et pour cela, nous ne nous contenterons pas uniquement de voter des textes.

 

Pouvez-vous expliquer en quelques phrases le fonctionnement d’adoption d’une loi ?

La procédure législative comprend trois phases : le dépôt du texte, son examen par les parlementaires, et sa promulgation par le Président de la République. L’esprit qui prévaut est la recherche d’un consensus entre les deux assemblées, c’est le principe de la fameuse « navette parlementaire ». Pour un projet de Loi, le Gouvernement défend le texte devant les parlementaires. Pour une proposition de Loi, il est présenté par un ou plusieurs parlementaires. Ces derniers ont un droit d’amendement, c’est-à-dire modifier le texte sur des points qui leur paraissent ambigus ou supprimer des éléments qui peuvent nuire à la compréhension ou à l’exécution de la loi. Chaque amendement doit être défendu, débattu, puis voté (ce qui peut expliquer la longue durée des débats).

Une fois l’ensemble du texte voté dans la Commission compétente, il arrive enfin dans l’hémicycle pour le débat en séance publique, avec droit d’amendement, devant l’ensemble des parlementaires. Si la majorité votent pour, le texte est alors adopté et arrive dans la seconde Chambre. Si le texte est adopté par les deux chambres, il est alors transmis au Gouvernement qui le présente à la signature du Président de la République pour promulgation.

 

Un député LC, c’est un député qui est forcément dans la majorité ?

Avec l’élection d’Emmanuel Macron, les partis politiques traditionnels doivent se réinventer et cesser d’être une face du jeu manichéen opposition / majorité. Alors non, un député LC n’est pas forcément dans la majorité, tout comme il n’est pas forcément dans l’opposition. Le groupe LC a été constitué pour rassembler tous les parlementaires qui refusent cette conception binaire du parlementarisme qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Les lois que nous soutiendrons, et que nous voterons, doivent tout simplement servir l’intérêt général (ce qui, doit-on le rappeler, doit être la première motivation de tout parlementaire). Donc nous apportons effectivement notre soutien au Gouvernement lorsque le projet de loi respecte nos valeurs et semble emmener la France vers la bonne direction. Nous considérons qu’il ne faut pas pratiquer une opposition frontale (ce qui ne nous empêche pas de contrôler efficacement l’action du Gouvernement lorsqu’il prend des positions qui nous semblent contraire à la ligne d’orientation). Nous avons ainsi une démarche véritablement constructive avec le Gouvernement, car il faut en finir avec les faux clivages politiciens lorsque l’avenir du pays et des français est en jeu.

 

Arrivez-vous à cohabiter ensemble, entre UDI et LR ?

Nous avons décidé de fédérer notre groupe autour d’une co-présidence. L’équilibre est ainsi garanti et nous préserve de rivalités qui en réalité n’ont pas lieu d’être puisque nous sommes libres et unis. Parfois les avis divergent, ce qui est normal et sain pour le débat. Chaque député garde sa liberté de penser et d’action, mais nous allons dans la même direction. Plus qu’une cohabitation, nous partageons la même volonté et la même démarche : aller de l’avant, et faire en sorte que l’intérêt général soit toujours défendu pour que la France puisse se réformer en profondeur.

 

Les Constructifs ont-ils vocation à devenir plus grand ? Pourquoi pas devenir un nouveau parti politique ?

Notre Groupe parlementaire nous permet de faire émerger des idées nouvelles, et une force politique nouvelle pourrait advenir si des élus locaux et des citoyens y sont prêts.

 

Sur la loi de confiance sur la vie publique, votre groupe est assez peu intervenu : avez-vous une explication à cela ?

Les députés de mon groupe sont régulièrement intervenus dans les débats. Par exemple, j’ai voulu apporter ma contribution dans l’élaboration du texte, en proposant une extension des peines d’inéligibilité à toute personne définitivement condamnée pour antisémitisme, racisme et homophobie ou toute forme de discrimination. Les dispositions que j’ai proposées ont été reprises par le Gouvernement et je m’en félicite. Il y a également tout le travail des députés qui a été fourni en Commission.

 

Quelles sont vos véritables différences avec le groupe LR ?

Un certain nombre de points nous éloignent. Tout d’abord, je regrette la « droitisation » du discours de certains Républicains. Cette droite identitaire se place dans une opposition frontale, en prenant parfois le risque de critiquer des propositions que la Droite aurait pu faire si elle avait été en responsabilité. On ne peut plus raisonner en fonction de l’alternance traditionnelle des Groupes majoritaires. Les Constructifs défendent des valeurs européennes, libérales-sociales et en faveur des réformes structurelles. Pour cela il faut permettre au Gouvernement de pouvoir réformer en profondeur notre pays.

Quelle est l’ambiance au sein de votre groupe ?

Très cordiale et chaleureuse, et bien évidemment studieuse.

 


Propos recueillis par Arthur Lambert pour Les Décryptages. Nous remercions encore M. Bournazel pour avoir répondu à nos questions.

Brexit : Le bon choix des Britanniques ?

Brexit

Et si le Brexit n’était finalement pas la bonne option pour la pérennité de la prospérité britannique ? Égaré entre des indicateurs économiques en chute libre, l’émergence d’une instabilité politique croissante et une contestation pro-européenne qui se réorganise, le Royaume-Uni s’interroge : Brexit or not Brexit ?

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À l’origine du conflit en Catalogne : le pouvoir judiciaire politisé

Catalogne

L’indépendance de la Catalogne est bien sûr illégale selon le droit espagnol. Ceci dit, le gouvernement espagnol, alors qu’il se situe du côté de la loi, la manipule et l’instrumentalise de façon flagrante. L’indépendance judiciaire est pour le moins douteuse en Espagne comme le constate le Global Competitivity Index dans lequel l’Espagne a été classée n. 58. C’est à dire, plus bas que le Botswana, l’Arabie Saoudite ou encore l’Égypte. De nombreux analystes vont jusqu’à affirmer qu’il s’agit là une situation créée délibérément par la droite et ce, avec le support du Parti Socialiste depuis le milieu des années 90, visant à faire du pouvoir judiciaire une sous-chambre législative.

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