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Une brève histoire de l’Europe

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Crédit photo : Claude TRUONG-NGOC

En France, au Royaume-Uni, aux Pays Bas ou encore au Danemark, le vif succès des campagnes anti-Europe le montrent : 2017 est une année cruciale pour l’Union Européenne.
Nous célébrerons cette année les 25 ans du traité de Maastricht, les 60 ans du traité de Rome, mais également les 10 ans du début des négociations du traité de Lisbonne. Ces trois dates anniversaires, bien placées pour rendre compte de l’avancée des idéaux ayant motivé ces traités, ne semblent pourtant pas être la préoccupation majeure des dirigeants Européens. Du coté des ressortissants de l’Union, l’Europe ne constitue plus un sujet d’intérêt majeur non plus : les taux d’abstention aux élections européennes l’illustrent. L’institution est souvent perçue comme trop floue, antidémocratique, mais également comme la source des crises répétées que nous traversons.

Il existait quelques mouvements pour une union des états Européens avant la Seconde Guerre mondiale. Le réel espoir d’une union n’apparut cependant qu’après la guerre. D’abord poussé par différents groupes européistes partout en Europe, ce projet a pu se concrétiser dans un premier temps grâce à l’aide financière apportée par le plan Marshall. Celle-ci s’accompagnait de la création de l’OECE. Peu à peu, l’idée d’une Communauté européenne se structure et gagne en notoriété. Elle gagne également en contestation : c’est le début de l’opposition entre souverainistes et unionistes. Les souverainistes soutiennent une union économique dans laquelle chaque pays reste totalement souverain, quand les unionistes demandent que les pays de l’union soient régis par des organes supranationaux. Encore source de divisions aujourd’hui, cette question est souvent la cause des désaccords sur le rôle de l’Union Européenne. En 1950, six pays d’Europe (la France, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg) voulant s’impliquer dans la création d’une Union signent le Traité de Paris. Ils établissent la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier. Présidée par Jean Monnet, celle-ci avait pour but de favoriser les échanges intra-régionaux en abolissant les frais de douanes sur ces produits entre les pays signataires.

Constatant que le projet Européen s’essoufflait avec le temps, Jean Monnet démissionna en 1954 de la présidence de la CECA. Il décide de créer en même temps le Comité des Etats-Unis d’Europe. Influente auprès des gouvernements, l’Europe des Six demande l’élaboration d’un projet pour franchir un pas dans la construction européenne. En 1957, ce projet se transforme en traités : les traités de Rome. Les 6 pays signataires du traité de Paris signent les traités de Rome, s’engageant ainsi à :

  •  Établir un marché commun ainsi que permettre un rapprochement économique des États membres.
  • Mener une action commune pour le progrès économique et social de leur pays en harmonisant les relations européennes.
  • Tout faire pour l’amélioration des conditions de vie des citoyens.
  • Sauvegarder la paix.

De plus, les signataires appellent les autres peuples partageant les idéaux prônés par le traité de Rome à les rejoindre.

Ces différents engagements ainsi que cet appel traduisaient déjà, dans une certaine mesure, les valeurs de l’Europe telles que nous les connaissons aujourd’hui : l’unité économique, l’esprit de communauté et la volonté de paix. De là naissait la Communauté Economique Européenne.

Le succès de celle-ci permit un premier élargissement en 1973 : le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark entrèrent dans la communauté. Celle-ci fut rapidement mise à l’épreuve : divergences entre les États membres, apparition du chômage de masse, début de la désindustrialisation… Ces nombreux facteurs ont contribué à l’affaiblissement de la communauté économique, et la stagnation de la construction européenne.

À partir de 1984, Jacques Delors arrive pour relancer cette dernière. La commission Delors avait pour but de relancer la dynamique communautaire. Pour ce faire, diverses mesures furent mises en place : le deuxième élargissement (Grèce et Espagne en 1981 et Portugal en 1986) ; la mise en place d’un marché unique, ainsi que la préparation au passage a la monnaie unique. Ces différentes mesures préparaient le grand traité de réforme de la communauté européenne : le traité de Maastricht.

Le 7 février 1992 est signé le traité de Maastricht. Projet ambitieux, il est soumis à référendum en France et passe de justesse (51,02% pour). De ce traité est née l’Union Européenne. EN complément à la CEE, l’Union possède une dimension politique. De plus elle donne de nouveaux droits à ses habitants :

  • Renforcement d’une union économique et monétaire : monnaie unique en 1999.
  • Politique de sécurité commune.
  • Coopération dans la justice.
  • Politique d’Asile commune.
  • Circulation libre au sein de l’Union Européenne
  • Droit de vote aux élections municipales et européennes, ainsi que droit de pétition devant le Parlement européen.

Cependant, le traité de Maastricht, nous l’avons dit, a été accepté par une très faible majorité des Français. L’importance de celui-ci a réveillé les souverainistes, mais a également soulevé des interrogations auprès des populations. L’Union Européenne semblait s’éloigner des idéaux sur lesquels elle se fondait. La prospérité se faisait attendre alors que le chômage de masse s’intensifiait, et la crise yougoslave donnait l’image d’une Europe affaiblie.

Mais Maastricht offrit un élan à l’Union européenne pour sortir de cette crise. En 1995, le troisième élargissement permit l’entrée de l’Autriche, la Suède et la Finlande dans l’Union. La monnaie unique, l’Euro, fut instaurée en 1999. En 2002, les monnaies nationales disparaissent : c’est le début d’une nouvelle ère.

L’Union ne cesse de grandir et compte vingt-cinq membres en 2004. Pour répondre à un quatrième élargissement, une commission présidée par Valéry Giscard d’Estaing est mise en place pour rédiger une constitution européenne. Celle-ci a pour buts principaux de redonner du pouvoir à l’Institution sur les membres de l’Union, et de renforcer l’idée d’une défense commune. Elle vise aussi à renforcer le pouvoir du Parlement européen ainsi que de la Commission européenne. Cela n’a pas empêché la France de voter non à 54% au référendum du 29 mai 2005. Il est difficile de ne pas y voir une certaine ironie lorsque l’aspect démocratique de l’Union est remis en question. Les raisons de ce « non » doivent néanmoins être expliquées pour que nous puissions le comprendre : la faible croissance des États européens entamait énormément la crédibilité de l’institution. De plus, la complexité des textes et la difficile explication de ceux-ci aux Français ont conduit au blocage du traité constitutionnel. La France n’était pas seule dans cette position : une semaine après, les Pays-Bas suivaient le même chemin.

Mais l’Europe que nous connaissons aujourd’hui est née du traité de Lisbonne, entré en vigueur en décembre 2009. Élaboré pour sortir l’Union d’un blocage total suite à l’échec de la constitution de 2005, ce traité visait à faire évoluer les institutions européennes après l’entrée de deux nouveaux membres dans l’union : la Bulgarie et la Roumanie. Ce traité permit de donner à l’Union une  plus grande ampleur sur la scène internationale : celle-ci devint une personnalité juridique, apte à signer des traités internationaux au nom de ses membres. C’est également le début d’une nouvelle diplomatie européenne, et l’adoption de la charte des droits fondamentaux. De plus, c’est à partir de ce traité que la banque centrale prit une réelle importance, devenant le premier organe supranational européen. Enfin, le traité de Lisbonne a instauré le célèbre article 50, l’article permettant à un état membre d’entamer une procédure de divorce avec l’Union.

Maastricht n’a pas empêché la naissance de crises graves au sein de l’Union, pouvant remettre en question sa légitimité. D’abord, la faillite de la Grèce en 2009, créant des discordances au sein même des États membres. La guerre en Syrie et les conditions économiques dans certains pays d’Afrique provoquent des migrations que l’Union ne parvient pas à gérer, encore à cause de discordances internes. Sur cette guerre en Syrie, les membres n’ont pas su tenir une position commune, réduisant alors la crédibilité de chacun. En juin 2016, le vote en faveur Brexit de la population britannique a également contribué à la déstabilisation de l’Europe. Le résultat politique de ces crises répétées semble générer à un nouveau clivage : protectionnisme contre libre-échange. Les nombreuses élections à venir en Europe nous diront quelle vision l’emportera et quel sort l’Union embrassera.