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Être patriote : ah bon, pourquoi ?

Rejet de l’autre, rétablissement des frontières… le nationalisme a le vent en poupe et le bagage idéologique qu’il porte dans sa cale se répand dans l’opinion publique. En France, l’avancée du Front National démontre le retentissement de ces thèses ; mais le terme de nationalisme ne sied plus à la volonté de dé-diabolisation du parti d’extrême-droite. Il lui est alors préféré le terme de patriotisme, plus rassurant et permettant d’élargir les électeurs potentiels. Là où le nationalisme évoque la violence et l’agressivité, le patriotisme suggère une forme de fraternité au sein d’un même peuple, selon la célèbre phrase de Romain Gary : “Le patriotisme c’est l’amour des siens, le nationalisme c’est la haine des autres”.

Le sentiment patriotique relève tout d’abord d’un lien affectif, de la relation presque intime que l’individu entretient envers son pays ; le mot revêt une dimension sacrificielle, l’idée de placer la défense des intérêts de la patrie comme une cause importante. Le mot est entretenu par des représentations qui stimulent une forme de fierté à l’égard de la patrie. Dans l’imaginaire collectif, le terme de patriote renvoie au héros qui est prêt à mourir pour un intérêt supérieur. L’étymologie du mot nous renseigne sur sa visée : dérivé de pater, le père, il associe la patrie à une grande famille. Instinctivement, la plupart des gens aiment leur famille et seraient prêts à la défendre :  le principe de défense de la patrie est donc naturellement intégré. Mais qu’implique-t-il ?

Dans son discours Patriotisme & Internationalisme, Jaurès s’affirme patriote sans l’opposer à l’internationalisme ; “patriotisme et internationalisme ne sont que deux formes, se complétant, du même amour de l’humanité”. Il considère les patries comme une étape dans l’accomplissement d’une unité humaine. Mais aurions-nous dépassé cette étape ?

Car le patriotisme, au-delà des dérives et instrumentalisations du terme, porte en loin une forme de préférence pour les personnes avec qui nous avons le plus en commun. Si cela peut s’expliquer à l’échelle des sentiments humains, la revendication patriote apparaît comme une barrière toxique à la recherche de l’intérêt général humain.

La mondialisation a nourri ces critiques et même dans les courants de la gauche, à la recherche d’une souveraineté démocratique que le néolibéralisme lui a ôtée. Mais estimer trouver une réponse dans une simple réponse patriotique ne tient pas compte des effets de la mondialisation : elle a profité aux grands groupes industriels et financiers surpuissants, aux intérêts de mêmes minorités privilégiées. La réponse aux effets pervers de la mondialisation ne peut donc pas se trouver dans un repli mais dans l’organisation internationale de luttes sociales : l’humanité plutôt que la patrie. Face à la globalisation des puissants, opposons l’idéal internationaliste et travaillons, peuples mains dans la main, à l’émancipation de tous.