[TRIBUNE] Une femme de plus parmi les « grands Hommes »

[TRIBUNE] Une femme de plus parmi les « grands Hommes »Temps de lecture estimé : 4 min

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Le 30 juin 2017, Simone Veil, symbole de la libération du corps de la femme, s’est éteinte à Paris. En réaction, un mouvement national a aussitôt fait émerger les échos d’une panthéonisation pour l’ancienne ministre française. Pour preuve, un ensemble de trois pétitions réunit encore à ce jour plus de 350 000 signatures.

Le Panthéon (du grec « de tous les dieux ») qui, à l’origine, abritait le reliquaire de sainte Geneviève, est dédié à la mémoire des Grands Hommes français depuis 1791 (Mirabeau étant le premier à y entrer) ; d’où l’inscription qui en orne le parvis : « Aux grands Hommes la patrie reconnaissante ». Parmi les 76 figures emblématiques inhumées en ce lieu reposent notamment Voltaire, Rousseau, Hugo, Jaurès ainsi que quatre femmes d’envergure : Marie Curie, Sophie Berthelot, Germaine Tillion et Geneviève De Gaulle-Antonioz.

Simone Veil, une femme d’exception

 Après avoir survécu à la Shoah, Simone Veil commence une carrière politique. Elle devient ministre de la santé en 1974 sous Valéry Giscard d’Estaing. La même année, elle modifie profondément la structure sociale française et notamment son schéma familial en dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse pour les femmes.

Cette militante pro-européenne devient par la suite ministre d’Etat, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville sous Jacques Chirac.

Au cours des années 2000 elle reste très active sur la scène publique avec la création de la Fondation pour la mémoire de la Shoah ou encore la publication de son autobiographie « Une vie » qui lui valu sa place à l’Académie Française.

Simone Veil a donc marqué d’une empreinte indélébile le XXe siècle de par ses idéaux et ses combats humanistes.

Quelques heurts à cet honneur de taille

 L’ensemble des français reconnaît aujourd’hui Simone Veil comme une figure marquante des droits de l’Homme, à l’exception des militants anti-IVG et des militants antisémites.

Cette « haute marque de la reconnaissance de la Patrie » est donc considérée comme unanime compte tenu des arguments idéologiques anticonstitutionnels de ses détracteurs, de fait non recevables.

Le premier obstacle de taille qui aurait alors pu empêcher sa panthéonisation, n’est autre que sa famille. Les petites-filles de Madame Veil ont exprimées sur Europe 1 leur volonté de réunir dans le cimetière de Montparnasse leur deux grand-parents. Selon elles, ce couple fusionnel aurait, après 65 ans de vie conjugale, souhaité être ensemble à leur mort. Cependant même si elles assuraient que « ce n’était pas à l’ordre du jour », une plaque commémorative au Panthéon (à l’image de celle d’Aimé Césaire, toujours enterré en Martinique) était selon elles, une alternative possible.

De l’hommage national au Panthéon

La décision finale de faire entrer ou non, Simone Veil au Panthéon est donc revenue au Président de la République, Emmanuel Macron. Ce dernier s’est alors exprimé à ce sujet lors de l’hommage officiel le 5 juillet en la mémoire de Madame Veil aux Invalides, où il dit d’un ton solennel: « Vous avez, Madame, prodigué à cette nation des dons qui l’on faite meilleure, et plus belle. Vous avez jeté dans nos vies, cette lumière qui était en vous et que rien ni personne n’a jamais pu vous ôter », avant d’annoncer qu’elle et son époux reposeront tous deux au Panthéon. Son fils, Pierre-François Veil, a alors ajouté plein d’émotion« Cet hommage est ton ultime victoire sur les camps de la mort ».

Au-delà du verdict, le peuple français a montré depuis une semaine une grande reconnaissance et une intense admiration pour cette femme qui a toujours cru en la bonté humaine. Panthéon ou non, les préceptes de Simone Veil resteront ancrés dans les valeurs françaises car comme l’ont si bien dit ses fils, avec une telle détermination et force d’esprit, nous avons nous aussi, « fini par la croire immortelle ».

 

Emma Rambaud