Donald Trump : Le feu et la fureur, un livre pour rien ?

Le feu et la fureur

C’était il y a six mois… Et c’est déjà de l’histoire ! Nous trouvons ici de nouveau face au miroir de notre époque ? Celle de l’éphémère où le sensationnel prend le pas sur la vision à long terme ? Certainement trop philosophique. Mais force est de constater que depuis janvier dernier, le sulfureux «Le Feu et la Fureur» de Michael Wolff relatant les premiers mois de Donald Trump à la Maison-Blanche a revu ses ambitions de «livre du siècle» à la baisse. Décrivant en l’espace de 370 pages un président incompétent, mal entouré et dangereux, le livre caracole en tête des ventes dès sa sortie pour atteindre les deux millions d’exemplaires vendus seulement un mois après sa sortie. Explosif, aberrant, drôle mais surtout effrayant, l’ouvrage fait la synthèse de nombreuses rumeurs courant sur la vie du Président depuis son investiture un an auparavant et est même annoncé comme un possible outil quant à la destitution de celui-ci. Six mois après, quelques mises au point s’imposent. Pourquoi un tel succès ? L’onde de choc qu’il a provoqué a-t-elle été surestimée ? Sa place est-elle au rang de simples best-sellers ? Décryptages…

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Charlottesville : What responsibility for Trump ?

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On Saturday August 12, a meeting of neo-nazis and white supremacists was held in Charlottesville, Virginia. Anti-racism demonstrators gathered to protest against this American far-right show of force; a man drove his car into the group, causing the death of a 32 year old female protester and hurting more than 20 people. The FBI launched an investigation and soon designated a murderer: James Field, a 20 year old man with ties to the neo-nazi movement. The police called this act a homicide and mentioned that the act was intentional, however president Trump initially refused to publicly condemn the crime, instead mentioning “violence from both sides” without readily incriminating the racist demonstrators.

What does this tragic event reveal about the treatment of the alt-right’s violence ?

Far-right’s terrorism is a curse in the United States: there are several recent examples, like the shooting in a black church in Charleston by a white supremacist (leaving 9 dead), or the murder of 7 people in a Sikh temple in 2012. Researchers Charles Kurzman and David Schanzer estimated there were 337 attacks by far-right activists leading to 254 casualties in the U.S. since September 11th, 2001*. Meanwhile, islamist terrorism killed around 50 people since that same date. However, many media outlets and politicians tend to focus on islamist attacks to instill a climate of fear around the danger they see in Islam. The acting out by right-wing extremists is actually far more worrying.

Indeed, we can find many small active far-right groups, about a thousand in the entire US. Racist violence has reached a frightening level with a 584% increase in islamophobic crimes between 2014 and 2016, according to the CAIR (Council for American-Islamic Relations), an NGO defending Muslims’ civil rights in the United States. This rise can be partially explained by the trivialization of anti-islam positions like the one held by the Republican candidate during his campaign, and applied (with the #MuslimBan) once in power.

Add to that the ambiguous position held by the Trump administration toward far-right terrorism. Last August 5th, the Islamic center Dar Al Farooq, Minnesota, was the target of a bombing, qualified as a terrorist attack by Mark Dayton, the Minnesota governor. Nonetheless, president Trump remained mute on the subject – while tweeting recklessly on every subject. One of his advisors, Sebastian Gorka, even suggested that the act was the result of a manipulation from left-wing militants.

With the recent Charlottesville event, it took 48 hours for the president to give a clear statement, hinting to a possible complacency toward those who actively supported his campaign. He finally provided those words on August 14th, after an outcry from his own political party:  “Racism is Evil. And those who cause violence in its name are criminals and brutes, including the KKK, Neo-nazis, white supremacists and other hate groups that are repugnant to everything we hold dear as Americans.” A declaration which would go without saying for any political leader, but which had been long-awaited because of the  previous positions and actions of the president, and of those around him with a dubious past. A declaration which was also quickly made unclear when Trump parallely mentioned alt-right and alt-left violence, although the murderer is undoubtedly a neo-nazi.

As long as we do not condemn with equal intensity a racist attack and an islamist attack, we will fuel extremist movements in their hate projects. The image of a white murderer qualified as an unstable person, but immediately designated as a terrorist when his beard is too long, must be removed from the media landscape. Although it all seems obvious with our hindsight, it is almost impossible within the mainstream media’s obsession toward Islam, widely shared in Europe. The first step, if we want to combat this violence, is to condemn – with the same strength – all murderers, regardless of their ideology. It is also to stop any ambiguity that might feed bitterness, fuel fantasies and yield evermore violence.


Read the original french article, written by Ménélas Kosadinos, here : https://www.lesdecryptages.fr/charlottesville-trump-irresponsable-tribune

[TRIBUNE] Charlottesville : Trump l’irresponsable ?

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Samedi 12 août, un rassemblement de néo-nazis et de suprémacistes blancs s’est déroulé à Charlottesville, en Virginie. Des militants anti-racistes sont venus s’opposer à cette démonstration de force de l’extrême-droite américaine; un homme leur a foncé dessus avec sa voiture, causant la mort d’une militante antiraciste âgée de 32 ans et faisant une vingtaine de blessés. Le FBI a ouvert une enquête, et c’est aujourd’hui James Fields qui est accusé de cette attaque, un homme de 20 ans dont plusieurs éléments indiquent son appartenance à la mouvance néo-nazie. La police parle d’homicide criminel et affirme que l’acte était délibéré, pourtant le président Trump a d’abord refusé de condamner le crime, évoquant des “violences des diverses parties” sans mettre immédiatement en cause les militants racistes.  
Que nous apprend ce tragique événement sur le traitement qui est fait de la violence d’extrême-droite ?

Le terrorisme d’extrême-droite est un fléau des Etats-Unis : on peut citer plusieurs exemples récents, avec la fusillade de l’église noire de Charleston, commise par un suprémaciste blanc et qui avait coûté la vie à 9 personnes, ou l’assassinat de 7 personnes dans un temple sikh par un autre suprémaciste en 2012. Les chercheurs Charles Kurzman et David Schanzer, ont estimé leur nombre à 337 attaques avec un bilan de 254 morts depuis le 11 septembre 2001*. A titre de comparaison, le terrorisme islamiste a coûté la vie à une cinquantaine de personnes depuis le 11 septembre 2001. Une partie des médias et des politiques ont cependant tendance à se focaliser dessus pour entretenir un climat de peur autour du danger que représenterait à leurs yeux l’islam. Le passage à l’acte d’extrémistes de droite est en réalité un phénomène bien plus inquiétant.

Il existe en effet toujours de nombreux groupuscules d’extrême-droite actifs, environ un millier sur l’ensemble du territoire américain. Et la violence raciste aurait franchi un cap effrayant avec une augmentation de 584% de crimes islamophobes entre 2014 et 2016 selon le CAIR (Council for American-Islamic Relations), une ONG qui défend les droits civiques des musulmans aux Etats-Unis. Cela s’expliquerait notamment par une banalisation des positions anti-islam comme celles qu’a tenu le candidat républicain lors de sa campagne et traduites en arrivant au pouvoir par le #MuslimBan.

A cela s’ajoute désormais le discours ambigu de l’administration Trump avec le terrorisme d’extrême-droite. Le 5 août dernier, le centre islamique Dar Al Farooq, dans le Minnesota est visé par l’explosion d’une bombe, acte qualifié de terroriste par Mark Dayton, gouverneur de cet Etat. Le président Trump reste pourtant silencieux sur le sujet – alors qu’il tweete à tort et à travers dans le même temps. L’un de ses conseillers, Sebastian Gorka, ira même jusqu’à suggérer que l’acte est le fait d’une manipulation de militants de gauche.
Avec la nouvelle affaire de Charlottesville, il aura fallu attendre 48h pour que le président tienne une position claire, interrogeant une éventuelle complaisance à l’égard de ceux qui ont activement soutenu sa campagne. Il prononcera finalement ces mots le lundi 14 août, après une levée de bouclier au sein de son propre camp : “Le racisme est un fléau et ceux qui commettent des violences en son nom sont des criminels et des brutes, y compris le KKK, les néonazis, les suprémacistes blancs et autres groupes de la haine qui sont répugnants pour tout ce que nous chérissons en tant qu’Américains“. Une déclaration qui irait de soi de la part de n’importe quel dirigeant politique, mais qui s’est faite longuement attendre du fait des propos, des actes du président et de son entourage à l’historique sulfureux. Et qui n’a pas tardé à être mêlée de confusion quand Trump a de nouveau renvoyé dos-à-dos les violences d’extrême-droite et d’extrême-gauche, alors que le meurtirer est bel et bien un néo-nazi.

Tant qu’on ne condamnera pas avec la même intensité un attentat raciste et un attentat islamiste, on donnera du grain à moundre aux mouvances extrémistes dans leur projet de haine. Le meurtrier blanc qualifié de déséquilibré et immédiatement transformé en terroriste par le port d’une barbe un peu trop longue fait partie de ces images qu’il faut à tout prix supprimer du champ médiatique. Et si tout cela semble relever du bon sens avec le recul qui est le nôtre, c’est faire abstraction de l’obsession médiatique vis-à-vis de l’islam largement partagée en Europe. La première étape si l’on veut lutter contre ces violences, c’est de condamner avec la même vigueur les assassins sans considération pour l’idéologie dont ils se réclament. Et cesser toute ambiguïté qui pourrait nourrir des colères, alimenter des fantasmes et engranger toujours plus de violence.

* Source : https://www.nytimes.com/2015/06/16/opinion/the-other-terror-threat.html


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Armes chimiques, bombardement américain : que s’est-il passé en Syrie?

Quelques heures après que des armes chimiques aient à nouveau été utilisées en Syrie contre des civils, l’US Navy a bombardé en représailles une base aérienne de l’armée légitimiste à Al-Shayrat, près de la ville d’Homs. « America is back », « risque d’escalade », tout et son contraire a pu être dit sur cette opération, retour sur les faits.

Ce n’est pas la première fois que le régime de Bachar El-Assad utilise des armes chimiques contre des populations civiles depuis le début de la Révolution syrienne en 2011. En août 2013 déjà, le bombardement d’un quartier rebelle de Damas avait fait plus de 1800 morts et près de 10 000 blessés.

Là encore, il s’agissait de gaz sarin, un gaz neurotoxique inodore, incolore et volatile, 500 fois plus toxique que le cyanure. Il s’attaque au système nerveux, provoque des convulsions puis la mort par asphyxie. Pour les survivants, les séquelles neurologiques et les lésions sont définitives. Cette attaque chimique n’était que la suite de nombreuses autres dans le conflit, plus localisées, cependant moins meurtrières.

Cette attaque de la Goutha, le 21 août 2013, avait suscité une vive émotion dans la communauté internationale. La France et les Etats-Unis en tête parlant de « lignes rouges » franchies et exprimant ouvertement leur volonté d’une action militaire ciblée, principalement sur les centres militaro-industriels du pays fabriquant, utilisant ou transformant des gaz neuro-toxiques. En quelques jours pourtant, tout s’était dégonflé. Après les discours martiaux, était venu le temps de les assumer. David Cameron, malgré sept heures passées à tenter de convaincre le Parlement britannique de répondre « par une forte action humanitaire » à un « crime de guerre », s’était heurté à un refus devant l’impossibilité de pouvoir affirmer à 100% que le régime syrien était responsable de cette attaque. Les mensonges de Tony Blair ayant servi à engager son pays dans la désastreuse aventure irakienne, 10 ans auparavant, étaient encore trop frais dans les mémoires. C’est ensuite le Président Obama qui s’est adouci en annonçant, le 31 août, que « le problème était trop important pour faire sans » l’accord du Congrès, bien que rien ne l’y obligeait. Une manière de se dédouaner sans se dédire. Ne restait que la France et le Président Hollande qui avait déclaré au journal Le Monde le 30 août 2013 « Ne pas agir, ce serait laisser faire ». On connaît la suite: les Rafales de Solenzara, prêts à l’action, armés, ravitaillés attendront l’ordre présidentiel qui ne viendra pas, l’opération est annulée. L’offre russe (providentielle) de placer l’arsenal chimique syrien sous contrôle international offrait une porte de sortie honorable à tout le monde, évitait les frappes et replaçait Moscou au centre du jeu. La Syrie devait ainsi adhérer à l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques), livrer ses armes et les sites les produisant en vue de leur destruction.

Les armes détruites après une année de démantèlement, la Syrie renonçant totalement à son arsenal chimique, les belligérants pouvaient ainsi continuer à se massacrer de manière conventionnelle.

Que s’est-il passé depuis? La vague d’attentats sans précédent, en Europe notamment, revendiquée par l’Etat islamique, l’expansion territoriale de ce groupe en Irak et en Syrie (puis son reflux, plus lent), l’engagement militaire d’une coalition internationale dans la lutte contre Daesh (opération Inherent Resolve pour les Américains, Chammal pour les Français) avec, notamment une campagne de bombardements aériens de longue durée et un fort appui au sol de « formateurs » et de forces spéciales pour aider les forces irakiennes à reprendre le contrôle de leur territoire. Egalement l’implication russe dans le conflit syrien, avec moins de mesure puisqu’il s’agissait de desserrer l’étau des rebelles sur Bachar El-Assad en bombardant, pilonnant et massacrant toute forme de résistance, islamiste ou non, démocratique ou non. On se souvient du siège d’Alep fin 2016 qui avait ému la communauté internationale.

Mais c’est le 4 avril dernier, dans la province d’Idleb à Khan Cheikhoun, qu’une nouvelle attaque au gaz sarin a eu lieu et a provoqué la mort de plus de 70 civils. Le régime syrien possède donc encore des armes chimiques, malgré ses engagements, malgré le démantèlement supposé intégral de ses stocks et manufactures. La Russie, fidèle alliée de Damas, accuse immédiatement les rebelles d’avoir stocké des armes chimiques sur ce site ensuite pris pour cible par l’aviation syrienne, selon les données « entièrement fiables et objectives du contrôle russe de l’espace aérien ».

Seulement, le gaz sarin ne peut se répandre après une explosion de cette sorte. C’est à une température beaucoup plus élevée que le liquide aurait chauffé pour ensuite se vaporiser et ainsi contaminer près de 400 personnes. Le type d’explosion qui ne passerait pas inaperçu, ce qui n’est pas le cas, au vu des témoignages locaux. Deuxième élément troublant, les rebelles n’ont jamais utilisé ce type de gaz complexe mais plutôt du chlore ou de l’ypérite dans des obus. Avoir une arme est une chose, avoir la capacité de s’en servir en est une autre. Enfin, plusieurs témoins affirment avoir vu l’appareil des forces syriennes larguer ses bombes, sans provoquer de gros dégâts donc. Quelques minutes après, les hôpitaux sont en alerte et reçoivent des blessés par centaines, tous présentant les symptômes d’une attaque au gaz sarin. L’attaque chimique a bien eu lieu. Des faisceaux d’indices plus que troublants, certes, mais aucun élément nouveau justifiant un changement de stratégie occidentale.

Comme à l’accoutumée, les réactions dans les chancelleries ont été une succession de protestations, de menaces, d’appels aux Nations-Unies et de condamnations. C’est ainsi que le nouveau Président américain Donald Trump, déclara que « ce que Assad a fait est terrible » et que « ce qui s’est passé en Syrie est une honte pour l’humanité …  je pense que quelque chose devrait se passer ». Le Conseil de Sécurité des Nations-Unies réuni démontra à nouveau son impuissance devant les vétos russes aux trois propositions de résolution, refusant catégoriquement de laisser reconnaître que le régime de Bachar El-Assad était responsable du massacre.

Mais c’est à la fin de cette réunion que la situation a évolué. Les deux destroyers USS Porter et USS Ross, positionnées en Méditerranée orientale lancent immédiatement après, sur ordre du Président Trump, une soixantaine de missiles de croisière sur la base aérienne d’Al Shayrat, près de la ville de Homs, cette base étant soupçonnée d’avoir servi de point de départ à l’attaque chimique. La frappe a touché les infrastructures, les hangars, les appareils, les dépôts d’armes et de munitions ainsi que les systèmes radar et de défense aérienne et avait fait l’objet d’un préavis annoncé aux alliés ainsi qu’aux Russes via la ligne de communication spéciale mise en place entre la coalition occidentale et la Russie en octobre 2015 afin de prévenir tout incident. Aucun chasseur américain n’a été déployé pour cette opération afin d’éviter les tensions et tout risque d’être abattu par les systèmes anti-aériens russes qui, bien que capables en théorie d’intercepter des missiles de croisière, n’ont pas bougé. Les communications ont donc bien fonctionné… . Aucun baraquement n’a été pris pour cible et le bombardement a fait moins d’une dizaine de victimes parmi les soldats syriens.

C’était avant tout l’outil militaire syrien qui était visé et qui a été touché. En outre 20 appareils des forces aériennes syriennes auraient été détruits selon le Pentagone.

Cette opération, ordonnée par le Président Trump, vient-elle démontrer qu’il agira là où le Président Obama a failli ? Rien n’est moins sûr. En effet, bombarder à distance une base militaire dans un pays en guerre civile est une chose, Barack Obama n’a d’ailleurs jamais hésité à faire usage de la force au Yémen, en Libye, au Pakistan, comme en Irak ou en Syrie d’ailleurs, en utilisant tous les moyens à sa disposition, des drones armés aux troupes au sol comme c’est le cas, aujourd’hui, dans le cadre de l’opération Inherent Resolve avec près de 5000 hommes déployés en Irak. En revanche, intervenir militairement au sol, dans le cadre d’une opération terrestre ou combinée comme ce fût le cas en Afghanistan en 2001, en Irak en 2003 est très différent, plus lourd, plus complexe et plus compliqué politiquement. Intervenir en Corée du Nord par exemple, serait une toute autre affaire.

Trump est un impulsif, ce n’est plus à démontrer. Il a pour autant demandé au Pentagone de lui présenter des options et il en a choisi une plutôt mesurée (parmi toutes celles qui étaient possibles), la plus efficace, la plus sobre parmi celles que l’armée américaine était en mesure de lui proposer.

A une attaque militaire, il a répondu par une frappe militaire, mesurée, cadrée, proportionnée, sans risque. Rien ne dit que les Etats-Unis de Donald Trump l’isolationniste seront prêts à s’engager davantage dans le bourbier syrien ou à ouvrir de nouveaux fronts, dans une Amérique qui se remet péniblement des guerres d’Afghanistan et d’Irak.

Ce qui est certain, c’est qu’un monde où les Etats-Unis laisseraient la main serait un monde moins sûr, pour eux en tous cas, et pour leurs alliés les plus proches comme Israël ou l’Arabie Saoudite et ça, Donald Trump le sait. Il est fort à parier qu’il n’hésitera pas, comme tous ses prédécesseurs, à faire usage de la force lorsque les lignes seront franchies. Il n’y a que le positionnement des lignes qui bouge. L’Amérique n’est pas de retour, elle n’a jamais quitté la scène.

Il ne faut pas non plus oublier le contexte politique intérieur. Donald Trump ne parvient à passer aucune de ses réformes, aucun de ses textes. Le seul domaine où sa volonté est exécutée dans l’instant, c’est dans son costume de « commander in chief ». Il est donc fort à parier qu’il en usera tout au long de son mandat, dès qu’il en aura l’occasion.

Pour autant, doit-on craindre l’escalade ? Clairement pas.

Aucun pays au monde n’est en mesure de rivaliser avec les Etats-Unis d’Amérique, sur le plan des forces en présence et des moyens. Nul ne s’y risquerait. Que peut faire la Russie ? Rien de plus qu’aujourd’hui : bloquer des résolutions à l’ONU, soutenir ses alliés et exprimer son désaccord. La Syrie n’a même pas les moyens de vaincre la rébellion seule, l’Iran ne se risquerait pas à ce jeu (le régime des Mollahs a d’ailleurs condamné à la fois le bombardement américain et l’attaque chimique d’où qu’elle vienne). Le Proche et le Moyen-Orient sont déjà une poudrière, nul n’a intérêt à la voir exploser. Les Etats-Unis et leurs alliés (Israël, Egypte, Arabie Saoudite, Jordanie) non plus.

Il est fort à parier que rien ne changera, que les combats et les bombardements continueront, que les coalitions succèderont aux sanctions mais que rien ne sera bouleversé. Le peuple syrien a encore de bien mauvais jours devant lui.

100 premiers jours de Trump: 10 décrets à retenir

Elu le 8 novembre 2016 et investi le 20 janvier 2017, le président républicain Donald Trump a déjà signé plus de 30 décrets et mémoranda depuis le début de sa présidence. Cette forte activité en fait l’un des présidents américains les plus prolifiques en la matière.
“Les Décryptages” vous propose de comprendre 10 de ces executive orders signés par le président Trump.

Avant toute chose, il est nécessaire de comprendre ce que sont les executive order ainsi que les presidential memoranda.
Le décret exécutif (executive order) est un document signé par le Président des Etats-Unis et en général adressé à des membres du gouvernement. Les décrets ont le même statut et la même valeur que les lois, grâce à l’autorité que la Constitution confère au président. Parfois, le Congrès américain peut aussi laisser le président légiférer par décret, on parle de législation déléguée : le pouvoir exécutif peut alors passer des lois au même titre que le pouvoir législatif.
Un memorandum (au pluriel, des memoranda) est similaire à un décret exécutif et a donc aussi la valeur d’une loi; il diffère par son statut : un décret peut servir à modifier ou annuler un memorandum, mais l’inverse n’est pas possible. De plus, sa publication dans le registre Fédéral, le journal officiel du gouvernement américain, n’est pas obligatoire, contrairement à l’executive order.

20 Janvier : « Décret minimisant le fardeau économique de la loi sur la protection du patient et les soins abordables »

Seulement quelques heures après son investiture, Donald Trump a signé un décret visant à « révoquer promptement » le « fardeau économique » de l’Obamacare. Il s’agit en effet d’une promesse phare de sa campagne électorale, qu’il n’a à ce jour toujours pas réussi à mettre en place, faute de majorité stable au Congrès (l’équivalent américain du Parlement).
Aujourd’hui, l’Obamacare fournit des soins à plus de 20 millions d’américains et selon les prévisions, 9% de nouveaux bénéficiaires, soit 1 800 000 personnes, sont attendus en 2017.

23 Janvier : Signature de trois mémoranda

Le 23 Janvier, Trump a signé trois memoranda dans le but, une fois de plus, d’effacer l’oeuvre du président précédent.

Le premier memorandum se consacre à la sortie du TPP (Partenariat Transpacifique), un traité de libre-échange contenant maintenant 11 pays et représentant environ 15% de l’économie mondiale.
Trump déclare à ce sujet : « C’est une bonne chose pour les travailleurs Américains, ce que nous venons de faire». Son prochain objectif ? Renégocier les termes de l’ALENA, l’Association de Libre-Échange Nord Américaine, mise en place avec le Canada et le Mexique.

Le second memorandum confirme le gel des recrutements fédéraux, c’est à dire les personnes employées par l’État, sauf pour l’armée. George W. Bush avait déjà signé un décret semblable en 2001. Trump affiche ainsi la volonté de réduire l’importance de la bureaucratie, qu’il a beaucoup critiquée durant sa campagne.

Le dernier memorandum remet en vigueur une loi interdisant le financement de groupes internationaux pratiquant l’avortement ou informant la population à ce propos. De plus, il interdit le financement de lobbies (des groupes de pression tentant d’influencer les politiciens) en faveur de l’avortement. Cette mesure, supprimée par Obama en 2009, représente une véritable partie de tennis politique. En effet, depuis son instauration en 1984 par le président républicain Ronald Reagan, les gouvernements démocrates se sont employés à l’abroger tandis que les Républicains la ré-instituaient dès qu’ils revenaient au pouvoir, renvoyant ainsi la balle dans le camps adverse au gré des administrations.

24 Janvier : « Expédition des revues environnementales et des approbations pour les projets d’infrastructures de haute-priorité »

Ce décret, adressé au président du Conseil de la Qualité Environnementale (CQE), met en place un système d’approbation des futurs chantiers : lorsqu’un projet d’infrastructure (pont, route ou aéroport par exemple) est présenté, le président du CQE dispose de 30 jours pour rédiger un rapport sur l’impact environnemental du chantier. En fonction de ce rapport, Donald Trump décide ensuite si le chantier doit être classé « haute-priorité » ou non. Ce décret fait aussi écho à la décision de Trump d’autoriser la reprise du projet des Dakota Access Pipelines, très critiqué pour son possible impact écologique.

25 Janvier : « Amélioration de la sécurité aux frontières et de l’application des lois sur l’immigration »

Ce décret a pour but de tenir une des promesses phares de la campagne de Trump : la construction d’un mur à la frontière Mexicaine. Trump s’adresse cette fois au secrétaire du département de la défense (Homeland security) ; il lui demande de présenter au congrès une requête budgétaire pour la construction du mur. Le décret prévoit également le recrutement de 5000 agents de patrouilles frontalières ainsi que la construction de centres de détentions pour les migrants arrêtés.

27 Janvier : « Protection de la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis »

Certainement LE décret le plus contesté. Il met en place l’interdiction d’entrée de ressortissants de sept pays à majorité musulmane (Syrie, Iran, Irak, Libye, Soudan, Yémen et Somalie) pour 90 jours. De plus, les réfugiés de ces pays n’ont plus le droit de pénétrer le territoire américain pendant 120 jours, sauf pour la Syrie, où l’interdiction est permanente. Enfin, le décret suspend le « Visa Interview Waiver Program » mis en place par Barack Obama en 2012, qui autorisait les « touristes fréquents » à ne pas passer la procédure habituelle pour la demande de visas d’entrée. Ce décret a donné lieu à de nombreuses manifestations et oppositions, il est souvent appelé le « muslim-ban ». A noter que les binationaux et les détenteurs de visas sont refusés en frontières également.
On peut cependant remarquer un paradoxe dans la décision de Trump. Il souhaite en effet empêcher « l’entrée de terroristes étranger aux Etats-Unis ». Or, aucun terroriste ayant frappé le sol américain n’est originaire des pays touchés par le « muslim-ban ». En effet, la plupart des terroristes du 11 septembre, par exemple, étaient d’origine Saoudienne. L’Arabie-Saoudite est certes un allié de longue date pour les Etats-Unis, mais c’est également le pays d’origine des terroristes ayant commis l’attentat le plus meurtrier sur le sol américain, ainsi que de l’idéologie qui anime aujourd’hui les djihadistes de Daech : le wahhabisme.

3 Février : « Principes fondamentaux pour réguler le système économique des États-Unis »

Ce décret du 3 Février, adressé au secrétaire de la trésorerie, a pour objectif de définir les principes fondamentaux de l’économie américaine selon Trump. Il distingue de nombreux principes, tels que :
Rendre la régulation de l’économie « efficace et appropriée »
Prévenir tout sauvetage financier en provenance de l’Etat
S’assurer que les entreprises américaines sont compétitives à l’étranger
Le secrétaire de la trésorerie devra rédiger un rapport tous les 120 jours afin de déterminer si la politique menée est efficace et de la réajuster si nécessaire.

9 Février : « Création d’une équipe pour la réduction du crime et la sécurité publique »

Adressé à l’équivalent américain du ministre de la justice, Jeff Sessions, ce décret est consacré à l’amélioration de la sécurité. Donald Trump avait en effet annoncé vouloir retourner à « la loi et l’ordre » lors de la campagne. Ici , il ordonne à Jeff Sessions de créer une commission qui proposera une nouvelle législation afin de réduire le crime. Trump cible particulièrement le trafic de drogue, l’immigration illégale et les agressions. Cette commission devra par ailleurs rédiger des rapports annuels au président pour lui rendre compte des avancées réalisées.

6 Mars : « Protection de la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux États-Unis »

Vous souvenez-vous du « muslim-ban » ? En voici la deuxième version. Face aux manifestations, aux poursuites judiciaires et au blocage du décret par une juge fédérale de l’état de Washington, Donald Trump a été forcé de modifier un peu son décret du 27 janvier. Ce nouveau décret, appliqué depuis le 16 mars, comporte les modifications suivantes :
L’Irak est retiré de la liste des pays visés. Ceci est principalement dû au rôle majeur du pays dans la lutte contre Daesh,
Les voyageurs légaux (détenteurs de visas et cartes vertes) peuvent désormais entrer,
Les binationaux peuvent entrer sur le territoire,
Les réfugiés Syriens ne sont plus bloqués indéfiniment, mais 120 jours, comme les autres,
La religion n’est plus un facteur pris en compte car cela avantageait les Chrétiens.

Il semble pourtant, malgré la rapidité du Président des Etats-Unis à signer ses décrets, tenant ainsi ses promesses de campagne; que ce dernier ait encore du mal à convaincre l’électorat et le peuple américain. Cela se ressent notamment avec les nombreuses oppositions auxquelles il a dû faire face durant sa tentative pour abroger l’Obamacare (qui a échouée) ou lors de la signature du « muslim-ban ».

Donald Trump semble bien parti pour rester le président le plus impopulaire de l’histoire des Etats-Unis.

 


Sources :

  • https://www.whitehouse.gov/briefing-room/presidential-actions/executive-orders?term_node_tid_depth=51&page=1,
  • https://www.whitehouse.gov/briefing-room/presidential-actions/presidential-memoranda?term_node_tid_depth=56,
  • http://www.nbcnews.com/politics/white-house/here-s-full-list-donald-trump-s-executive-orders-n720796,
  • http://www.20minutes.fr/monde/2025883-20170306-immigration-cinq-differences-entre-deux-decrets-donald-trump,
  • https://www.theguardian.com/us-news/2017/jan/23/donald-trump-first-orders-trans-pacific-partnership-tpp,
  • http://www.bbc.com/news/world-us-canada-38724063,
  • http://www.zerohedge.com/news/2017-01-23/trump-signs-3-executive-orders-withdraws-tpp-freezes-federal-hiring-limits-overseas,
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Presidential_memorandum,
  • https://en.wikipedia.org/wiki/Executive_order_(United_States),
  • http://www.nbcnews.com/politics/white-house/here-s-full-list-donald-trump-s-executive-orders-n720796,
  • http://obamacarefacts.com/sign-ups/obamacare-enrollment-numbers/,
  • http://money.cnn.com/2016/12/21/news/economy/obamacare-enrollment-record/,
  • http://www.20minutes.fr/monde/2025883-20170306-immigration-cinq-differences-entre-deux-decrets-donald-trump,
  • https://www.nytimes.com/2017/01/23/world/trump-ban-foreign-aid-abortions.html,
  • https://www.nytimes.com/2017/01/24/us/politics/keystone-dakota-pipeline-trump.html?_r=0,
  • http://www.cnbc.com/2017/01/24/trump-to-advance-keystone-dakota-pipelines-with-executive-order-on-tuesday-nbc.html.