Étiquette dans Dans Ton Assemblée !

DTA! – Interview de Olivier Dassault, député LR

Troisième article de notre format : “Dans Ton Assemblée !”. Cette semaine nous retrouvons, dans une interview exclusive, le député de la 1ère circonscription de l’Oise : Olivier DASSAULT, qui appartient au groupe « Les Républicains » !

« Nous souhaitons être une opposition intelligente, qui accompagne les décisions qui vont dans le bon sens ».

 

Le groupe Les Républicains est-il un des groupes qui fournit une véritable opposition ?

Avec 100 députés et 171 sénateurs depuis dimanche Les Républicains et leurs alliés sont le premier groupe d’opposition au Parlement.

Ils portent la voix des millions de Français qui se sont reconnus dans la candidature de François Fillon, ceux qui ont toujours soutenu Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et si l’on remonte plus loin le Général de Gaulle.

Pour autant nous souhaitons être une opposition intelligente, qui accompagne les décisions qui vont dans le bon sens comme certaines dispositions de la réforme du code du travail et qui s’oppose à la hausse des prix du diesel et de la CSG qui va appauvrir les habitants des territoires ruraux et les retraités mais aussi la baisse des Aides pour le Logement qui va toucher les personnes plus fragiles.

Est-ce qu’il y a une véritable rupture entre votre groupe et le groupe LC ?

De notre côté la porte est ouverte aux membres des Républicains qui y siègent mais je pense qu’il faut d’abord que ce nouveau groupe trouve sa voie politique et son utilité alors que la majorité présidentielle n’a aucun besoin de son apport numérique pour faire passer ses textes.

Quels sont les grands rendez-vous parlementaires pour cette fin d’année et quels sont vos horizons d’attentes pour 2018 ?

Le budget est toujours le grand rendez-vous parlementaire de la fin d’année. En plus il est prévu que désormais nous ayons un budget pour les 5 ans du quinquennat, je suis curieux de le découvrir.

Les réformes de l’Impôt sur la Fortune et de la taxe d’habitation entreront en vigueur au 1er janvier 2018. Le crédit d’impôt compétitivité-emploi devrait être transformé également cette année. Les annonces sont là. Il reste maintenant à voir ce qu’il en adviendra réellement.

Quelle est la chose que vous appréciez le plus dans votre fonction de député ?

Le fait d’être au contact chaque week-end des habitants de la première circonscription de l’Oise que j’ai l’honneur de représenter depuis 1988.

Quel est votre avis sur les ordonnances ?

Le dispositif des ordonnances existe dans la constitution pour une raison bien spécifique : permettre au Gouvernement d’aller vite. Je suis un légaliste et un gaulliste donc je respecte leur utilisation prévue par la Constitution. Evidemment elles ne doivent pas devenir la norme.

On pense souvent que les groupes d’oppositions ont du mépris pour la majorité : vrai ou faux ?

Généralement c’est plutôt l’inverse, l’arrogance venant en gagnant les élections. Mais celle-ci se dissipe rapidement car avec le travail parlementaire nous apprenons à nous connaître et nous découvrons des points d’entente. Le mépris n’a pas sa place à l’Assemblée nationale.  

Comment se déroule le travail de parlementaire en dehors des séances publiques ?

Le travail parlementaire se fait majoritairement en commission où nous discutions les projets et propositions de lois. En fonction de nos rôles sur tel ou tel texte, rapporteur, rapporteur pour avis, orateur de groupe, nous travaillons ensuite individuellement avec les administrateurs de l’Assemblée pour en maîtriser toutes les subtilités.

Êtes-vous prêt à voter POUR une loi qui semble aller dans le bon sens ?

Bien entendu. Un député est avant tout un représentant de la Nation et ses choix doivent être avant tout guidés par l’intérêt général. Par exemple je pense que la réforme du code du travail portée par le gouvernement si elle ne va pas assez loin va dans le bon sens et donc je l’ai soutenu en votant pour.

Un député vote en fonction de ce que le groupe décide ou de ce que ses électeurs trouvent le mieux ?

Un député vote en fonction de l’intérêt général après il est vrai qu’une certaine cohérence est nécessaire et que la discipline de vote existe néanmoins les députés sont des hommes et des femmes libres qui votent en leur âme et conscience.

– Questions choisies et propos recueillis par Arthur Lambert pour Les Décryptages.


Nous remercions encore M. Dassault pour avoir répondu à nos questions et vous disons à bientôt pour de nouveaux articles !

DTA! – Interview de Christophe Bouillon, député Nouvelle Gauche

Bienvenue dans ce second article de “Dans Ton Assemblée !”, votre nouveau format qui décrypte l’Assemblée Nationale ! Cette semaine, nous retrouvons le député de la 5ème circonscription de Seine-Maritime Christophe BOUILLON. Il appartient au groupe « Nouvelle Gauche » et siège à la commission du Développement durable et de l’aménagement du territoire. Il est également membre de l’Office Parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques : c’est une de ses missions de parlementaire.

Comment s’est déroulée votre arrivée au sein de l’Assemblée ?

Plutôt bien ! J’y suis entré pour le troisième et sans doute dernier mandat. Je maîtrise mieux les codes de l’Assemblée, contrairement à 2007 où c’était davantage la découverte.

Après quelques mois au sein de l’Assemblée nationale, vous avez été un des groupes les plus dynamiques. Considérez-vous le groupe « Nouvelle Gauche » comme une véritable force de propositions ?

Le groupe « Nouvelle Gauche » est à la fois force d’opposition et force de propositions. Personnellement, j’ai fait campagne sur le thème « ni opposition systématique, ni majorité automatique ». Je respecte cette ligne qui est d’abord un engagement vis-à-vis des habitants de ma circonscription.

Êtes-vous l’équivalent de gauche du groupe « les Constructifs » ?

Pas tout à fait. Nous n’avons pas voté la confiance au Gouvernement, contrairement au groupe « les Constructifs ». Par ailleurs, ce groupe est issu d’une division des Républicains ; le groupe « Nouvelle Gauche » rassemble, au contraire, les députés socialistes. L’un souhaite l’éclatement de la droite, l’autre entend participer à la reconstruction ou refondation du Parti Socialiste et au renouvellement de la gauche.

Concernant les questions au Gouvernement, avez-vous un angle d’attaque plus particulier qu’un autre ?

Ma « marotte », c’est le développement durable et les questions énergétiques. J’ai beaucoup travaillé sur la loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte et toutes les lois importantes du précédent quinquennat. Mon objectif, c’est qu’on ne dévie pas de la trajectoire et qu’au contraire, on accélère la démarche. A côté de ces questions qui sont essentielles, j’interpelle régulièrement le Gouvernement sur des sujets qui ne sont pas nécessairement au cœur de l’actualité mais qui concernent pourtant le quotidien d’un grand nombre, par exemple, ces derniers mois, j’ai saisi des ministres sur les questions liées à l’apprentissage, à la protection des tuteurs familiaux, à la tarification des EHPAD, au handicap…

Quel est votre avis sur les ordonnances publiées récemment ?

Je me félicite de plusieurs avancées en particulier pour les TPE et PME. Mais je dénonce le fait que la protection des salariés est le parent pauvre de cette réforme. Je ne crois pas qu’une plus grande flexibilité s’accompagne des embauches escomptées. Je déplore entre autre la fin du « compte pénibilité » qui permettait aux salariés qui travaillent dans des conditions difficiles d’anticiper leur départ à la retraite. Désormais, la manutention de charges lourdes, l’exposition aux postures pénibles, l’exposition aux vibrations mécaniques et aux risques chimiques ne seront plus prises en compte pour mesurer la pénibilité. C’est un très mauvais coup porté aux salariés. Le Premier Ministre a indiqué que le texte ferait l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale. Avec mes collègues, nous poserons un certain nombre de principes sur lesquels il est essentiel de revenir pour rendre cette réforme acceptable. En l’état, elle ne l’est pas.

Nous sommes en période de rentrée scolaire, quelle est pour vous la principale chose à réformer dans l’école en général ?

Il serait bon d’éviter de détricoter systématiquement le travail des prédécesseurs ! Chaque ministre veut accrocher son nom à une réforme et cela aboutit à des décisions prises dans la précipitation, sans prendre suffisamment soin d’évaluer et d’analyser ce qu’il conviendrait de maintenir ou de faire évoluer. Il faudrait, au contraire, se donner du temps. Replacer l’enfant-élève au cœur du dispositif me paraît aussi essentiel. Je veux également insister sur le fait que l’éducation ne doit pas seulement former à un futur métier ; elle doit aussi forger des citoyens par l’apprentissage des fondamentaux et la formation d’esprit critique. Qu’on arrête de regarder les études PISA comme l’unique thermomètre de l’action !

« L’éducation doit forger des citoyens par l’apprentissage des fondamentaux et la formation d’esprit critique »

Est-ce important pour vous de rendre accessible la politique à toutes et tous ?

Oui, c’est fondamental. Dans mon parcours, depuis toujours, j’y veille en favorisant, concrètement, le renouvellement et le rajeunissement de la vie publique. Je suis sensible à cette question car j’ai le souvenir précis du jour où j’ai dit à ma mère que j’avais envie de faire de la politique. Elle m’a répondu : « la politique, ce n’est pas pour nous » (je suis fils d’une femme de ménage et d’un marin). Je n’ai cessé, depuis lors, de lui démontrer le contraire.

Comment qualifiez-vous vos relations avec les différents groupes ?

Elles sont plutôt bonnes. En commission, je trouve qu’il y a un esprit de travail. Il est vrai que l’on ne choisit pas de siéger à la Commission Développement Durable et Aménagement du Territoire par hasard. Il faut avoir un intérêt pour le sujet. J’y retrouve donc des hommes et des femmes passionnés par ces questions. En séance, la posture l’emporte parfois sur le reste…

Pouvez-vous nous expliquer les enjeux du Projet de Loi de Finances ? Quelles sont vos attentes là-dessus ?

C’est le premier Projet de Loi de Finances du gouvernement. C’est une épreuve de vérité. Jusqu’alors, le gouvernement a donné le sentiment d’être inspiration très libérale. Le centre de gravité est clairement à droite. A travers les priorités et les choix budgétaires, je crois pouvoir vérifier ou pas ce constat. Les masques vont sans doute tomber. Le « ni droite, ni gauche » va peut-être devenir « ni gauche, ni gauche » qu’illustrent des options que je juge négatives pour le pays et les Français. Je regrette notamment les décisions qui concernent les contrats aidés ou la baisse des APL. Je serai vigilant sur les questions liées à l’environnement. J’apprécie les déclarations de Nicolas Hulot avec l’annonce du Plan Climat. Mais il ne faudrait pas qu’elles soient contrariées par un manque de moyens budgétaires ou des décisions contradictoires. A quand une vraie fiscalité écologique ? Par ailleurs, je m’opposerai résolument à l’augmentation de la CSG !

Un député « Nouvelle Gauche », c’est un député qui…

… qui rejette la vieille politique et qui reste de gauche !

Quelle est votre journée-type ?

Je préfère vous décrire une semaine-type car aucune journée ne ressemble vraiment à une autre ! En général, le lundi, je travaille sur les dossiers, je réunis mon équipe et je participe à des réunions et des rendez-vous avec les administrations. Du mardi matin au jeudi midi, je suis à l’Assemblée nationale. Le jeudi après-midi et la journée du vendredi, je vais à la rencontre des habitants de la circonscription, en les recevant en rendez-vous et en effectuant des visites de terrain (visites d’entreprises, d’exploitations agricoles, d’associations…). Le samedi et le dimanche, je sillonne la circonscription pour participer à diverses manifestations organisées dans les communes. C’est un schéma-type qu’un impératif vient toujours perturber ! Quoiqu’il en soit, mon agenda ne compte aucune journée « vide ».

Un député, ce doit être une personne de terrain ou de fond ?

J’ai envie de vous répondre « les deux, mon capitaine ! » Pour ma part, j’ai bâti ma démarche sur le « terrain et l’humain ». Les deux sont indissociables et se complètent : il faut à la fois être à l’Assemblée pour voter la Loi, l’amender, l’améliorer, et à la fois être sur le terrain pour accompagner, soutenir, s’inspirer et défendre. Un député, c’est « la tête et les jambes » ! La fonction demande de réfléchir aux enjeux du pays et de la société et d’agir pour y répondre. Je considère qu’il faut être aussi proche des problèmes que des solutions. Cela est exigeant mais c’est le juste retour de la confiance que les citoyens nous ont accordée, me semble-t-il.

– Propos recueillis par Arthur Lambert.


Nous remercions encore M. Bouillon pour avoir répondu à nos questions et vous disons à bientôt pour de nouveaux articles !

DTA! – Interview de Nathalie Avy-Elimas, députée MoDem.

C’est la première fois que vous tombez sur ce genre d’article sur « Les Décryptages ». En cette rentrée 2017, nous avons décidé de mettre en place une rubrique spéciale concernant l’actualité de l’Assemblée Nationale : “Dans Ton Assemblée!”. Au cœur des commissions parlementaires, des séances publiques et avec les députés, nous plongeons au sein de l’institution.

Aujourd’hui, nous commençons fort; avec une interview de la députée MoDem (Mouvement Démocrate, présidé par Francois Bayrou) du Val d’Oise : Nathalie AVY-ELIMAS, qui a accepté de répondre à nos questions.


Comment s’est déroulée votre arrivée au sein de l’Assemblée ?

Les personnels des services administratifs de l’Assemblée nationale ont fait l’impossible pour nous mettre dans de bonnes conditions. Je souhaite les en remercier car cela m’a permis de prendre mes marques plus sereinement et de me mettre vite en action. Pour le reste, comme mes collègues, j’ai dû, en quelques semaines, organiser ma vie personnelle, constituer une équipe, trouver un local en circonscription, répondre aux sollicitations… Le tout alors que les premiers travaux parlementaires – et non des moindres – commençaient.

Les groupes LREM / MoDem sont-ils les meilleurs amis du monde ?

La relation entre les groupes LREM et MoDem s’appuie sur la volonté des députés qui en sont membres de transformer la France pour qu’elle entre enfin dans le 21e siècle et qu’elle s’adapte au monde qui l’entoure.

Nous avons nos sensibilités – et cela est même vrai au sein d’un groupe – mais nous sommes d’accord sur l’essentiel, à savoir la nécessité de réformer notre pays en modernisant notre économie, en remettant l’éducation au centre de notre cohésion nationale et en redonnant confiance à nos concitoyens dans leurs institutions et leurs représentants.

Il ne faut pas lire les choses de manière binaire : amis ou ennemis. Nous sommes partenaires. Nous ne serons pas d’accord sur tout mais nous souhaitons tous avancer dans le même sens.

Pourriez-vous voter contre une loi si elle ne vous semble pas intéressante ou n’allant pas dans le bon sens ?

J’ai la chance d’appartenir à un groupe – le MoDem – dont les membres partagent en commun un grand nombre de valeurs. Il y a donc des chances pour que je me retrouve dans les positions du groupe.

Si cela n’était pas le cas – et notamment si je considère qu’une ligne rouge pourrait être franchie – je n’exclurais pas de voter contre en séance. Mais cela se ferait en bonne intelligence et après discussion avec les dirigeants du groupe.

Avec deux très grands groupes majoritaires, comment cela s’organise en interne ?

Les échanges sont constants entre les dirigeants de nos deux groupes. Pour le moment, j’ai plutôt l’impression que cela fonctionne. De mon point de vue, Marc Fesneau, jusque-là secrétaire général du MoDem représente très bien notre groupe dont il porte la voix au sein de la majorité. Je regarde donc cela de loin et souhaite me concentrer sur mon propre travail à l’Assemblée, au sein de la Commission des affaires sociales.

Quels sont vos horizons d’attente pour cette rentrée parlementaire ?

A court terme, le PLF et le PLFSS constitueront les deux temps forts de l’actualité parlementaire. Les politiques publiques conduites depuis 10 ans ont abouti à une désertification dans les territoires ruraux : moins de services publics aux personnes (santé, éducation, leviers sociaux) et une déliquescence de la présence de l’Etat près de ceux qui en ont le plus besoin. Je m’inscris totalement dans l’ambition du président de la République dans sa volonté de revenir vraiment au principe d’égalité. L’Etat doit faire plus pour ceux qui cumulent les difficultés et j’espère que ces premiers PLF et PLFSS du quinquennat apporteront une réponse en ce sens.

Aujourd’hui, les citoyens des « quartiers » et ceux des milieux ruraux ont le sentiment d’être délaissés. Pour rester fidèle à ses principes, la République ne doit pas lâcher ces territoires. Il est intéressant de noter d’ailleurs que la carte des territoires souffrant d’un manque de services publics et celle de ceux ayant majoritairement voté pour un candidat populiste au 1er tour de la présidentielle se superposent.

Quelle est la chose qui vous a le plus surpris au moment de prendre vos fonctions ?

Incontestablement la masse de sollicitations. Je reçois chaque jour de nombreuses demandes. Mes attachés parlementaires m’aident heureusement à y répondre. Sans eux, il me serait difficile de me concentrer sur le fond des sujets que je traite.

« Je souhaite porter la voix de la sensibilité démocrate et humaniste »

Un député, c’est quelqu’un de terrain ou de fond ?

A l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, mais également de la forte demande en démocratie participative, il me semble difficile pour un député d’occulter complètement le terrain. D’un autre côté, beaucoup de députés ont une compétence « métier » ou technique sur certains sujets. Je peux alors comprendre qu’ils soient tentés de se spécialiser sur des thématiques qu’ils maitrisent. René Dosière, dont le travail a été considérable pour faire avancer les choses sur la transparence de la vie publique, illustre parfaitement ce type de député.

Chaque député doit trouver son style. Pour ma part, je souhaite porter la voix de la sensibilité démocrate et humaniste à la Commission des affaires sociales, notamment sur les sujets liés à la santé. Mais je compte bien garder mes réflexes d’ancienne adjointe au maire : rencontrer les habitants et rester à l’écoute de ce qu’il se passe dans mon territoire, là où je vis, où mes enfants vont à l’école et où j’ai longtemps travaillé. Je suis notamment en train de mettre en place un comité participatif, ouvert sans considérations partisanes aux habitants et aux usagers de la circonscription qui souhaiteront collectivement faire avancer un sujet ou co-construire des solutions législatives.

– Propos recueillis par Arthur Lambert.


Nous remercions encore Mme Avy-Elimas pour avoir répondu à nos questions et vous disons à bientôt pour de nouveaux articles !