Tous les articles par dans Marie Lefebvre de Lattre

George Lilanga ou le « Picasso de l’Afrique »

Un artiste tanzanien à l’envergure internationale

George Lilanga est un artiste tanzanien, né en 1934 et décédé en 2005. Son œuvre se décline sous différentes formes et ce, à travers le temps. Par la sculpture, comme par la peinture et le dessin, il met en scène de petites figurines légendaires dans un univers aux couleurs vives et aux danses transcendantales. S’inspirant de la mythologie Makondé, l’artiste nous emmène dans ses univers d’où émanent la fureur et la joie de vivre, incarnées en des personnages d’une fantaisie absolue.  Initié à la sculpture et à la peinture durant son adolescence, son attachement à ses traditions se manifeste par une créativité novatrice où l’exubérance fait émerger un monde coloré dont la puissance trouve sa profondeur dans la cosmogonie de ses origines et dans le quotidien tanzanien.

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A la découverte de la culture cajun

cajun

Aujourd’hui encore, par les mots, nous allons voyager à travers l’espace et le temps. Nous sommes au milieu du dix-huitième siècle et depuis quelques décennies, notre navire a quitté les côtes du Nord-Ouest du Royaume de France pour accoster en Acadie, colonie française située sur le territoire de l’actuel Canada. Mais en 1713, la France cédera cette colonie à la victorieuse couronne britannique et les lois interdisant aux habitants d’exercer leurs mœurs et leur langue, feront fuir par la force les Acadiens en Louisiane. Cette zone géographique fut fondée par des explorateurs français suite à une requête du souverain visant à trouver des terres davantage fertiles dans le Nouveau Monde. Son nom est d’ailleurs dérivé du prénom du Roi-Soleil. Passant sous la gouvernance des Anglais puis des Espagnols, elle reviendra à la France en 1800 avant d’être vendue en 1803 aux Etats-Unis et deviendra neuf ans plus tard un Etat américain. En 1755, ce « Grand Dérangement » les mènera jusqu’au delta du Mississipi, dans le sud de la Louisiane où la communauté acadienne fut confinée et forcée de s’adapter pendant des siècles aux marécages de cette région, plus connus sous le nom de « bayous ». Lire la suite

Skansen : Revivre l’Histoire de la Suède

Skansen

Stockholm est l’une des métropoles les plus atypiques qui soient en Europe. En effet, la capitale suédoise ne comporte pas moins de quatorze îles desquelles émane, pour chacune d’entre elles, une atmosphère particulière.

Si l’on prend le ferry de la ville, et que l’on se laisse porter jusqu’à l’île de Djurgården, il est un site qui attire l’attention par l’unicité de son contenu. Ce parc gigantesque, dissimulé des touristes du Vasa Museum et du Gröna Lund par de larges buissons, porte le doux nom de Skansen. Celui-ci est un musée en plein air dont le but ethnologique est de montrer les coutumes venues de toute la Suède.

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Vienna 1900, une splendide mise en lumière sur la Sécession Viennoise

Sécession Viennoise

Cette année, l’Autriche célèbre le centenaire de la mort d’un artiste qui a marqué son histoire par la controverse que portaient ses œuvres au regard de la société dans laquelle il évoluait. Ainsi, le nom de Gustav Klimt reste gravé dans la société autrichienne et cela aussi bien dans le cœur de ses habitants que sur les produits de consommation fréquemment exposés dans un pays qui rend hommage à son histoire par tous les moyens possibles. Klimt, peintre symboliste dont la créativité égalait la diversité de supports de ses œuvres, demeure dans les esprits de tous les amateurs d’art comme le fondateur d’un des plus beaux mouvements artistiques européens, celui de la Sécession Viennoise.

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Vol au-dessus d’un nid de coucous, l’ode à l’altérité bouleversante du défunt Miloš Forman

Aucun homme normal n’y résisterait. On m’a mis en taule, et d’une, et maintenant, on dit que je suis fou, parce que je ne suis pas de bois !

Ces paroles, celles du héros du film Vol au-dessus d’un nid de coucous, Randall Mc Murphy, réalisé par Miloš Forman, reflètent à la perfection le talent et le courage de ce dernier. S’étant éteint le 14 avril dernier, Miloš Forman, l’un des plus grands cinéastes du vingtième siècle, laisse derrière lui de nombreux chefs d’œuvre. Parmi eux, le plus représentation de sa force d’âme demeure Vol au-dessus d’un nid de coucous, détenteur de cinq Oscars et classé au seizième rang des 250 plus grands films de l’histoire du cinéma.

Une plongée au cœur de la pensée humaine et des rapports de société

Le film de Miloš Forman, réalisé en 1975, demeure un succès qui s’inscrit aussi bien dans le domaine de la psychologie que dans celui du cinéma engagé. Sur le plan psychologique, le cinéaste tchèque nous livre une tendre leçon sur la barrière manichéenne qui séparerait la folie de la normalité, permettant de marginaliser quiconque échapperait à l’ordre établi. Ainsi, on trouve dans certains patients davantage de douceur et d’altruisme que chez la terrifiante infirmière en chef, Miss Ratched, qui joue sur le malaise intérieur de ces êtres incompris. Celle-ci est bien la seule de cet hôpital psychiatrique à se rendre compte de sa position de supériorité et à profiter de celle-ci avec les abus atroces que le film nous révèle.

McMurphy, incarnation de la résistance

Mais Randall McMurphy, ancien vétéran de la guerre de Corée, accusé d’insubordination, est condamné à intégrer cet asile de fous afin d’échapper à la prison. Son arrivée va changer la donne, révélant par la pertinence de ses interventions, le potentiel de chacun de ces « aliénés ». 

Il sera sujet à la tyrannie de Miss Ratched et subira ses sévices qui s’avéreront de plus en plus douloureux, tentant de contrer la désobéissance de cet interné, non pas déséquilibré, mais qui déséquilibre, le petit empire que s’était créé l’infirmière en chef. Etant le seul à constater le pouvoir que cette dernière s’est arrogée par abus de faiblesse, McMurphy n’hésitera pas à lutter contre cette situation cauchemardesque à coup de provocations devant l’ensemble de ses camarades :

 

C’est ça pour vous la communication ? C’est ça ? Oui, c’est ça ? 

Une œuvre qui s’élève contre l’autoritarisme

Miloš Forman, réalisateur tchèque, réussit à travers son chef d’œuvre, à retranscrire l’horreur de l’autoritarisme qui sévit sur les républiques socialistes de l’URSS telles que la Tchécoslovaquie. Celui-ci, ayant été découvert par Kirk Douglas en 1966 à Prague, a reçu de celui-ci lors de sa tournée européenne le livre qui lui inspirera ce film. Ce drame dépeint en arrière-plan l’oppression et l’injustice subies par les populations tchèque et slovaque et fait écho, par la rébellion de McMurphy, à l’immolation de l’étudiant Jan Palach en 1969 qui marqua le printemps de Prague.

Malgré la retranscription de ce sacrifice, le film constitue un message d’espoir par les réussites du courageux Mc Murphy qui amena la parole au chef sioux muet, organisa un match de foot et amena un peu d’allégresse dans un lieu où celui-ci semble avoir été prohibé. L’apparente nonchalance du héros dissimule avec brio la clairvoyance et l’engagement, propres au film, telle que la cynique formule, faussement encourageante :

  Allez, soyez de bons Américains ! 

La main de fer de Miss Ratched aura raison physiquement de ce contestataire et charismatique personnage mais pas psychologiquement, puisque jamais, celui-ci ne cédera à ses valeurs d’émancipation et d’attachement à la liberté.

Forman signe ici, un film qui nous questionne sur nos capacités propres de résistance face à la volonté de faire perdurer nos idéaux mais nous questionne également sur la légitimité de ceux auxquels profite la délégation du pouvoir, qui par leur apparente volonté protectrice, acquièrent par ce transfert partiel de liberté, un pouvoir plus ou moins conséquent.