DTA! – Interview de Christophe Bouillon, député Nouvelle Gauche

DTA! – Interview de Christophe Bouillon, député Nouvelle GaucheTemps de lecture estimé : 8 min

Bienvenue dans ce second article de “Dans Ton Assemblée !”, votre nouveau format qui décrypte l’Assemblée Nationale ! Cette semaine, nous retrouvons le député de la 5ème circonscription de Seine-Maritime Christophe BOUILLON. Il appartient au groupe « Nouvelle Gauche » et siège à la commission du Développement durable et de l’aménagement du territoire. Il est également membre de l’Office Parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques : c’est une de ses missions de parlementaire.

Comment s’est déroulée votre arrivée au sein de l’Assemblée ?

Plutôt bien ! J’y suis entré pour le troisième et sans doute dernier mandat. Je maîtrise mieux les codes de l’Assemblée, contrairement à 2007 où c’était davantage la découverte.

Après quelques mois au sein de l’Assemblée nationale, vous avez été un des groupes les plus dynamiques. Considérez-vous le groupe « Nouvelle Gauche » comme une véritable force de propositions ?

Le groupe « Nouvelle Gauche » est à la fois force d’opposition et force de propositions. Personnellement, j’ai fait campagne sur le thème « ni opposition systématique, ni majorité automatique ». Je respecte cette ligne qui est d’abord un engagement vis-à-vis des habitants de ma circonscription.

Êtes-vous l’équivalent de gauche du groupe « les Constructifs » ?

Pas tout à fait. Nous n’avons pas voté la confiance au Gouvernement, contrairement au groupe « les Constructifs ». Par ailleurs, ce groupe est issu d’une division des Républicains ; le groupe « Nouvelle Gauche » rassemble, au contraire, les députés socialistes. L’un souhaite l’éclatement de la droite, l’autre entend participer à la reconstruction ou refondation du Parti Socialiste et au renouvellement de la gauche.

Concernant les questions au Gouvernement, avez-vous un angle d’attaque plus particulier qu’un autre ?

Ma « marotte », c’est le développement durable et les questions énergétiques. J’ai beaucoup travaillé sur la loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte et toutes les lois importantes du précédent quinquennat. Mon objectif, c’est qu’on ne dévie pas de la trajectoire et qu’au contraire, on accélère la démarche. A côté de ces questions qui sont essentielles, j’interpelle régulièrement le Gouvernement sur des sujets qui ne sont pas nécessairement au cœur de l’actualité mais qui concernent pourtant le quotidien d’un grand nombre, par exemple, ces derniers mois, j’ai saisi des ministres sur les questions liées à l’apprentissage, à la protection des tuteurs familiaux, à la tarification des EHPAD, au handicap…

Quel est votre avis sur les ordonnances publiées récemment ?

Je me félicite de plusieurs avancées en particulier pour les TPE et PME. Mais je dénonce le fait que la protection des salariés est le parent pauvre de cette réforme. Je ne crois pas qu’une plus grande flexibilité s’accompagne des embauches escomptées. Je déplore entre autre la fin du « compte pénibilité » qui permettait aux salariés qui travaillent dans des conditions difficiles d’anticiper leur départ à la retraite. Désormais, la manutention de charges lourdes, l’exposition aux postures pénibles, l’exposition aux vibrations mécaniques et aux risques chimiques ne seront plus prises en compte pour mesurer la pénibilité. C’est un très mauvais coup porté aux salariés. Le Premier Ministre a indiqué que le texte ferait l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale. Avec mes collègues, nous poserons un certain nombre de principes sur lesquels il est essentiel de revenir pour rendre cette réforme acceptable. En l’état, elle ne l’est pas.

Nous sommes en période de rentrée scolaire, quelle est pour vous la principale chose à réformer dans l’école en général ?

Il serait bon d’éviter de détricoter systématiquement le travail des prédécesseurs ! Chaque ministre veut accrocher son nom à une réforme et cela aboutit à des décisions prises dans la précipitation, sans prendre suffisamment soin d’évaluer et d’analyser ce qu’il conviendrait de maintenir ou de faire évoluer. Il faudrait, au contraire, se donner du temps. Replacer l’enfant-élève au cœur du dispositif me paraît aussi essentiel. Je veux également insister sur le fait que l’éducation ne doit pas seulement former à un futur métier ; elle doit aussi forger des citoyens par l’apprentissage des fondamentaux et la formation d’esprit critique. Qu’on arrête de regarder les études PISA comme l’unique thermomètre de l’action !

« L’éducation doit forger des citoyens par l’apprentissage des fondamentaux et la formation d’esprit critique »

Est-ce important pour vous de rendre accessible la politique à toutes et tous ?

Oui, c’est fondamental. Dans mon parcours, depuis toujours, j’y veille en favorisant, concrètement, le renouvellement et le rajeunissement de la vie publique. Je suis sensible à cette question car j’ai le souvenir précis du jour où j’ai dit à ma mère que j’avais envie de faire de la politique. Elle m’a répondu : « la politique, ce n’est pas pour nous » (je suis fils d’une femme de ménage et d’un marin). Je n’ai cessé, depuis lors, de lui démontrer le contraire.

Comment qualifiez-vous vos relations avec les différents groupes ?

Elles sont plutôt bonnes. En commission, je trouve qu’il y a un esprit de travail. Il est vrai que l’on ne choisit pas de siéger à la Commission Développement Durable et Aménagement du Territoire par hasard. Il faut avoir un intérêt pour le sujet. J’y retrouve donc des hommes et des femmes passionnés par ces questions. En séance, la posture l’emporte parfois sur le reste…

Pouvez-vous nous expliquer les enjeux du Projet de Loi de Finances ? Quelles sont vos attentes là-dessus ?

C’est le premier Projet de Loi de Finances du gouvernement. C’est une épreuve de vérité. Jusqu’alors, le gouvernement a donné le sentiment d’être inspiration très libérale. Le centre de gravité est clairement à droite. A travers les priorités et les choix budgétaires, je crois pouvoir vérifier ou pas ce constat. Les masques vont sans doute tomber. Le « ni droite, ni gauche » va peut-être devenir « ni gauche, ni gauche » qu’illustrent des options que je juge négatives pour le pays et les Français. Je regrette notamment les décisions qui concernent les contrats aidés ou la baisse des APL. Je serai vigilant sur les questions liées à l’environnement. J’apprécie les déclarations de Nicolas Hulot avec l’annonce du Plan Climat. Mais il ne faudrait pas qu’elles soient contrariées par un manque de moyens budgétaires ou des décisions contradictoires. A quand une vraie fiscalité écologique ? Par ailleurs, je m’opposerai résolument à l’augmentation de la CSG !

Un député « Nouvelle Gauche », c’est un député qui…

… qui rejette la vieille politique et qui reste de gauche !

Quelle est votre journée-type ?

Je préfère vous décrire une semaine-type car aucune journée ne ressemble vraiment à une autre ! En général, le lundi, je travaille sur les dossiers, je réunis mon équipe et je participe à des réunions et des rendez-vous avec les administrations. Du mardi matin au jeudi midi, je suis à l’Assemblée nationale. Le jeudi après-midi et la journée du vendredi, je vais à la rencontre des habitants de la circonscription, en les recevant en rendez-vous et en effectuant des visites de terrain (visites d’entreprises, d’exploitations agricoles, d’associations…). Le samedi et le dimanche, je sillonne la circonscription pour participer à diverses manifestations organisées dans les communes. C’est un schéma-type qu’un impératif vient toujours perturber ! Quoiqu’il en soit, mon agenda ne compte aucune journée « vide ».

Un député, ce doit être une personne de terrain ou de fond ?

J’ai envie de vous répondre « les deux, mon capitaine ! » Pour ma part, j’ai bâti ma démarche sur le « terrain et l’humain ». Les deux sont indissociables et se complètent : il faut à la fois être à l’Assemblée pour voter la Loi, l’amender, l’améliorer, et à la fois être sur le terrain pour accompagner, soutenir, s’inspirer et défendre. Un député, c’est « la tête et les jambes » ! La fonction demande de réfléchir aux enjeux du pays et de la société et d’agir pour y répondre. Je considère qu’il faut être aussi proche des problèmes que des solutions. Cela est exigeant mais c’est le juste retour de la confiance que les citoyens nous ont accordée, me semble-t-il.

– Propos recueillis par Arthur Lambert.


Nous remercions encore M. Bouillon pour avoir répondu à nos questions et vous disons à bientôt pour de nouveaux articles !

Arthur Lambert

LLB English & French law • Auteur d'un livre sur le harcèlement scolaire • Responsable de la rubrique "Dans Ton Assemblée". > twitter.com/Arthur_Lbt