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La réforme APB, ou la tentative d’une éducation au mérite

Un « Projet de loi relatif à l’orientation et la réussite des étudiants » a été présenté par Madame Frédérique Vidal (Ministre de l’enseignement supérieur, recherche et innovation) le 22 novembre 2017 en conseil des ministres. Ce projet de réforme d’accès à la première année post-bac instaure un nouveau dispositif appelé « ParcourSup » en remplacement de la plate-forme APB.

La responsabilisation de l’élève dans son choix d’orientation

Le gouvernement débute son « grand chantier de l’éducation » par une réforme d’accès au supérieur qui permettrait aux élèves de mieux axer leurs choix d’orientation et de diminuer les échecs étudiants en première année. En effet, l’échec en L1 a considérablement augmenté (42,6 % en 2013 pour  60 % en 2016), tout en sachant que le coût annuel d’un étudiant pour l’Etat varie entre 10220 et 14850 euros.

Porté par ce double enjeu de réduction des dépenses et de production d’un savoir de qualité, le  gouvernement tente d’inciter les étudiants à faire des choix d’orientation en adéquation avec leurs capacités et leurs aspirations. Une fois ce travail de fond réalisé, l’étudiant pourra formuler dix vœux (et non plus vingt-quatre), non ordonnés, du 30 janvier au 31 mars. Il disposera ensuite de 10 jours pour choisir la formation qu’il désire effectuer parmi ses diverses affectations. Le grand changement réside dans le choix final désormais attribué à l’étudiant, qui évite ainsi les failles du tirage au sort et obtient une formation au mérite.

L’instauration de pré-requis à l’université : un changement historique

L’université est l’un des symboles d’attachement français à l’éducation démocratique et au libre accès des études supérieures. Or, cette loi entend bouleverser les codes en prévoyant la mise en place d’une liste d’ « attendus » propres à chaque licence, auxquels les lycéens devront répondre pour intégrer l’université. Pour rejoindre une licence de droit, il devient alors indispensable d’avoir des aptitudes à la logique et au raisonnement, quand la licence d’Histoire requière un intérêt pour la démarche scientifique et une aisance dans au moins une langue étrangère.

Ces éléments de « cadrage national » sont volontairement très vagues pour laisser à chaque université la possibilité de définir plus spécifiquement les critères que doivent remplir les étudiants pour intégrer leur enseigne. Cette liberté inquiète car elle donne l’opportunité aux universités de refuser l’accès à la licence à de nombres lycéens. De vives contestations se sont alors faites entendre, surtout par le biais de syndicats comme l’UNEF et sa présidente Lilâ Le Bas, qualifiant le projet de « dangereux car il remet en cause le libre accès à l’enseignement supérieur. ».

Les partisans de la sélection rétorquent cependant que cette loi n’est autre que le résultat d’un processus d’homogénéisation scolaire où le but est d’emmener tout le monde vers un bac général puis vers l’université, qui aujourd’hui, n’a plus les capacités d’accueil suffisantes. Ainsi, ces enseignes surchargées se plaignent d’un manque de moyens et de mauvaises conditions (par exemple des amphithéâtres surchargés) et pratiquent déjà une sélection déguisée (« bi-licence », « grands établissements » comme Dauphine, médecine..). De plus, la sélection motiverait selon eux les élèves et permettrait de stimuler le niveau de l’éducation nationale, tout en maîtrisant ses dépenses.

Une réussite par l’amélioration des conditions étudiantes

Le gouvernement met également en avant son rôle de garant de la mixité sociale et d’acteur dans le bien-être des étudiants. Il promet alors un investissement de 500 millions d’euros sur 5 ans pour augmenter la capacité des filières en tension et se réserve de plus le droit de fixer le pourcentage minimum de boursiers dans chaque formation.

Mais le grand volet de l’aspect social de cette réforme se concentre dans l’accès aux soins et le pouvoir d’achat des étudiants. Ces derniers seront désormais rattachés au régime général de sécurité sociale afin d’unifier la qualité d’accès à la santé. De même, la suppression de la cotisation sociale étudiante (217 euros) et la fusion de toutes les cotisations existantes en une cotisation unique (non payée par les boursiers), devrait alors représenter un gain global de pouvoir d’achat étudiant de 100 millions d’euros dès la rentrée 2018.

Une réelle volonté d’améliorer les conditions de vie étudiante et plus largement le système éducatif français instaure un climat général de réforme. Mais même si les français réclament aujourd’hui une rénovation de l’éducation nationale qu’ils jugent trop peu efficace et parfois discriminante, cette volonté initiale de créer une éducation performante et méritée risque cependant en pratique, creuser les écarts d’un système éducatif à deux vitesses.

DTA! – Interview de Pierre-Yves Bournazel

Un nouveau député a accepté l’invitation de notre média pour répondre à nos questions. Il s’agit de Pierre-Yves BOURNAZEL. Il est le vice-président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, est également le porte parole du groupe “Les Constructifs” à l’Assemblée Nationale.

 

“Les Constructifs défendent des valeurs européennes, libérales-sociales et en faveur des réformes structurelles”

 

Comment s’est déroulée votre arrivée au sein de l’Assemblée ?

Entrer dans un lieu autant chargé d’Histoire vous oblige. Je me suis pleinement ressenti représentant de la Nation, avec le sérieux que cela implique. De même, j’étais déterminé à travailler dès mon arrivée, et cela n’a pas traîné : entre l’élection de la présidence de l’Assemblée et l’ensemble des débats et votes des projets de Loi sur la moralisation et sur les ordonnances sur le dialogue social. Je me suis investi dans la Commission des affaires culturelles et de l’éducation en prenant un rapport sur la lutte contre les discriminations.

 

Considérez-vous le groupe « Les Constructifs » comme une véritable force de propositions ?

Nous avons beaucoup travaillé sur les projets de loi qui ont été proposés à l’Assemblée (ordonnances pour le dialogue social, loi de confiance dans l’action publique entre autres). Ces projets de lois émanent du Gouvernement, nous avons donc beaucoup travaillé sur le contenu de ces lois. Pour moi, le Gouvernement va dans le bon sens, c’est pourquoi j’ai voté les textes dans l’intérêt général. Nous allons bien sûr être une force de propositions, car notre Groupe est disposé à ce que le pays aille de l’avant, et pour cela, nous ne nous contenterons pas uniquement de voter des textes.

 

Pouvez-vous expliquer en quelques phrases le fonctionnement d’adoption d’une loi ?

La procédure législative comprend trois phases : le dépôt du texte, son examen par les parlementaires, et sa promulgation par le Président de la République. L’esprit qui prévaut est la recherche d’un consensus entre les deux assemblées, c’est le principe de la fameuse « navette parlementaire ». Pour un projet de Loi, le Gouvernement défend le texte devant les parlementaires. Pour une proposition de Loi, il est présenté par un ou plusieurs parlementaires. Ces derniers ont un droit d’amendement, c’est-à-dire modifier le texte sur des points qui leur paraissent ambigus ou supprimer des éléments qui peuvent nuire à la compréhension ou à l’exécution de la loi. Chaque amendement doit être défendu, débattu, puis voté (ce qui peut expliquer la longue durée des débats).

Une fois l’ensemble du texte voté dans la Commission compétente, il arrive enfin dans l’hémicycle pour le débat en séance publique, avec droit d’amendement, devant l’ensemble des parlementaires. Si la majorité votent pour, le texte est alors adopté et arrive dans la seconde Chambre. Si le texte est adopté par les deux chambres, il est alors transmis au Gouvernement qui le présente à la signature du Président de la République pour promulgation.

 

Un député LC, c’est un député qui est forcément dans la majorité ?

Avec l’élection d’Emmanuel Macron, les partis politiques traditionnels doivent se réinventer et cesser d’être une face du jeu manichéen opposition / majorité. Alors non, un député LC n’est pas forcément dans la majorité, tout comme il n’est pas forcément dans l’opposition. Le groupe LC a été constitué pour rassembler tous les parlementaires qui refusent cette conception binaire du parlementarisme qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Les lois que nous soutiendrons, et que nous voterons, doivent tout simplement servir l’intérêt général (ce qui, doit-on le rappeler, doit être la première motivation de tout parlementaire). Donc nous apportons effectivement notre soutien au Gouvernement lorsque le projet de loi respecte nos valeurs et semble emmener la France vers la bonne direction. Nous considérons qu’il ne faut pas pratiquer une opposition frontale (ce qui ne nous empêche pas de contrôler efficacement l’action du Gouvernement lorsqu’il prend des positions qui nous semblent contraire à la ligne d’orientation). Nous avons ainsi une démarche véritablement constructive avec le Gouvernement, car il faut en finir avec les faux clivages politiciens lorsque l’avenir du pays et des français est en jeu.

 

Arrivez-vous à cohabiter ensemble, entre UDI et LR ?

Nous avons décidé de fédérer notre groupe autour d’une co-présidence. L’équilibre est ainsi garanti et nous préserve de rivalités qui en réalité n’ont pas lieu d’être puisque nous sommes libres et unis. Parfois les avis divergent, ce qui est normal et sain pour le débat. Chaque député garde sa liberté de penser et d’action, mais nous allons dans la même direction. Plus qu’une cohabitation, nous partageons la même volonté et la même démarche : aller de l’avant, et faire en sorte que l’intérêt général soit toujours défendu pour que la France puisse se réformer en profondeur.

 

Les Constructifs ont-ils vocation à devenir plus grand ? Pourquoi pas devenir un nouveau parti politique ?

Notre Groupe parlementaire nous permet de faire émerger des idées nouvelles, et une force politique nouvelle pourrait advenir si des élus locaux et des citoyens y sont prêts.

 

Sur la loi de confiance sur la vie publique, votre groupe est assez peu intervenu : avez-vous une explication à cela ?

Les députés de mon groupe sont régulièrement intervenus dans les débats. Par exemple, j’ai voulu apporter ma contribution dans l’élaboration du texte, en proposant une extension des peines d’inéligibilité à toute personne définitivement condamnée pour antisémitisme, racisme et homophobie ou toute forme de discrimination. Les dispositions que j’ai proposées ont été reprises par le Gouvernement et je m’en félicite. Il y a également tout le travail des députés qui a été fourni en Commission.

 

Quelles sont vos véritables différences avec le groupe LR ?

Un certain nombre de points nous éloignent. Tout d’abord, je regrette la « droitisation » du discours de certains Républicains. Cette droite identitaire se place dans une opposition frontale, en prenant parfois le risque de critiquer des propositions que la Droite aurait pu faire si elle avait été en responsabilité. On ne peut plus raisonner en fonction de l’alternance traditionnelle des Groupes majoritaires. Les Constructifs défendent des valeurs européennes, libérales-sociales et en faveur des réformes structurelles. Pour cela il faut permettre au Gouvernement de pouvoir réformer en profondeur notre pays.

Quelle est l’ambiance au sein de votre groupe ?

Très cordiale et chaleureuse, et bien évidemment studieuse.

 


Propos recueillis par Arthur Lambert pour Les Décryptages. Nous remercions encore M. Bournazel pour avoir répondu à nos questions.

Budget 2018 : Les premiers pas du grand pari de l’exécutif

Le mercredi 27 septembre, le premier projet de loi de finances (PLF) pour 2018 a été présenté devant les ministres afin de fixer le cap de l’année à venir. L’objectif est crucial car il rend compte des promesses de campagne et affiche aux yeux du grand public, une ligne de conduite en réponse aux hostilités naissantes de la rue.

Les grands gagnants de 2018

L’annonce du budget pour l’année 2018 a fait des heureux dans les quelques domaines où le gouvernement a choisi de concentrer ses contributions financières. Parmi eux, la défense voit généreusement son budget augmenter de 1,8 milliards d’euros, faible surprise tant Emmanuel Macron qualifiait de « priorité » la sécurité nationale lors de sa campagne.

De même, la promesse faite de miser sur le potentiel des jeunes générations est respectée par une hausse de 1,3 milliards d’euros du budget de l’éducation nationale. Cette somme servira notamment à la réalisation des tant attendues classes de 12 élèves en CP et CE1 dans les ZEP, mais aussi à la mise en place de « stages de réussite » pendant les vacances, et la proposition d’un temps d’étude accompagnée au collège. Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, promet également le recrutement sur 5 ans de 22 500 accompagnateurs pour les élèves en situation de handicap.

L’écologie sera elle aussi au cœur du grand chantier de 2018 avec un budget passant de 9,9 milliards d’euros en 2017 à 10,4 milliards en 2018. Parmi les grandes mesures lancées figurent l’élaboration d’un « chèque d’énergie » pour aider les ménages modestes en situation de précarité énergétique, le développement des énergies durables et une transition vers les véhicules propres. D’autres domaines seront également mis en avant comme la Justice et ses services pénitenciers, la marche vers une égalité entre les femmes et les hommes, sous oublier la sphère sociale.

Or, les mesures les plus attendues par les citoyens sont sûrement celles qui les touchent de manière directe. Ce budget prévoit alors la baisse simultanée de 10,3 milliards d’euro de prélèvements obligatoires sur les entreprises et sur les ménages. Pour les entreprises, le budget projette une exonération de 4 milliards sur le CICE et une baisse de 1,2 milliards de l’impôt sur les sociétés. Du côté des ménages, le gouvernement prévoit une transformation de l’ISF qui équivaudrait à une baisse de 3,2 milliards. Une exonération sur les taxes d’habitation de 3 milliards et l’organisation d’un prélèvement forfaitaire unique constituant une baisse de 1,2 milliards.

Des coupes budgétaires conséquentes et ciblées

Toutes ces mesures font parallèlement quelques mécontents qui devront supporter tant bien que mal des coupes budgétaires d’un total de 15 milliards d’euros. La sécurité sociale verra entre autre son budget réduit de 5 milliards d’euros, les collectivités territoriales de 3 milliards et l’État de 7 milliards.

Aussi, la baisse des emplois aidés, transférés vers une augmentation des formations, permettra une économie de 1,5 milliards d’euros à l’État mais ne devrait pas améliorer l’actuelle situation du chômage. Des économies sont également prévues sur les aides aux logements (à savoir les APL et les HLM) avec une promesse de restructuration de l’offre sur l’habitat. Enfin, le sport et les transports sont eux les « grands oubliés » du budget 2018, se voyant attribuer une faible part du-dit budget, réduisant donc leurs possibles marges d’action.

Le gouvernement a en effet décidé de faire des choix tranchés et assumés qui permettront selon lui de réelles économies plutôt que répartir des coupes minimes sur différents secteurs. Bercy a par ailleurs annoncé sans donner plus de précisions que d’autres restrictions se dessineront pendant le quinquennat.

Qu’en est-il de l’État français ?

Au grand plaisir de l’Union européenne , une baisse du déficit public de 2,6 % du PIB est prévue d’ici un an. La promesse d’Emmanuel Macron envers l’Europe de ramener le déficit public dans la limite autorisée sera donc lancée plus vite que prévue.  

Pour ce qui est de la dépense publique qui devait rester stable, elle augmentera de 0,5 % (hors inflation) pour cause d’une « sous-budgétisation » de 5 milliards dans certains domaines selon Bercy.

Les recettes de l’État devront s’élever à 302 milliards d’euros (en majeure partie grâce aux taxes sur la consommation de produit énergétiques, sur la valeur ajoutée ainsi que l’impôt sur le revenu et sur les sociétés) et ses dépenses à 386,3 milliards, soit un déficit de 84,3 milliards.

Le gouvernement a conjecturé une stabilisation progressive des finances publiques dans la trajectoire quinquennale. La dette publique devrait en effet passer de 96,8 % du PIB à 91,4 % d’ici 2022 et les dépenses publiques devrait être ramenées à 50,9 % du PIB. Le grand défi du gouvernement sera donc d’opérer aux profondes modifications que sa tête pensante a promis lors de la campagne, tout en stabilisant les dépenses étatiques.

Même si les français ne s’attendent pas à un miracle dès la première année du mandat de Macron, ce budget témoigne de la ligne de conduite adoptée par le gouvernement et expose de manière ostensible ses priorités. C’est au terme de ce quinquennat que nous verrons si le défi que s’est lancé l’actuel Président de la République aura réussi à convaincre les français et servir comme il se doit leurs intérêts. Succès ou revers, ce qui est certain à l’heure actuelle, c’est que de grandes réformes sont « en marche ».

DTA! – Interview de Olivier Dassault, député LR

Troisième article de notre format : “Dans Ton Assemblée !”. Cette semaine nous retrouvons, dans une interview exclusive, le député de la 1ère circonscription de l’Oise : Olivier DASSAULT, qui appartient au groupe « Les Républicains » !

« Nous souhaitons être une opposition intelligente, qui accompagne les décisions qui vont dans le bon sens ».

 

Le groupe Les Républicains est-il un des groupes qui fournit une véritable opposition ?

Avec 100 députés et 171 sénateurs depuis dimanche Les Républicains et leurs alliés sont le premier groupe d’opposition au Parlement.

Ils portent la voix des millions de Français qui se sont reconnus dans la candidature de François Fillon, ceux qui ont toujours soutenu Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac et si l’on remonte plus loin le Général de Gaulle.

Pour autant nous souhaitons être une opposition intelligente, qui accompagne les décisions qui vont dans le bon sens comme certaines dispositions de la réforme du code du travail et qui s’oppose à la hausse des prix du diesel et de la CSG qui va appauvrir les habitants des territoires ruraux et les retraités mais aussi la baisse des Aides pour le Logement qui va toucher les personnes plus fragiles.

Est-ce qu’il y a une véritable rupture entre votre groupe et le groupe LC ?

De notre côté la porte est ouverte aux membres des Républicains qui y siègent mais je pense qu’il faut d’abord que ce nouveau groupe trouve sa voie politique et son utilité alors que la majorité présidentielle n’a aucun besoin de son apport numérique pour faire passer ses textes.

Quels sont les grands rendez-vous parlementaires pour cette fin d’année et quels sont vos horizons d’attentes pour 2018 ?

Le budget est toujours le grand rendez-vous parlementaire de la fin d’année. En plus il est prévu que désormais nous ayons un budget pour les 5 ans du quinquennat, je suis curieux de le découvrir.

Les réformes de l’Impôt sur la Fortune et de la taxe d’habitation entreront en vigueur au 1er janvier 2018. Le crédit d’impôt compétitivité-emploi devrait être transformé également cette année. Les annonces sont là. Il reste maintenant à voir ce qu’il en adviendra réellement.

Quelle est la chose que vous appréciez le plus dans votre fonction de député ?

Le fait d’être au contact chaque week-end des habitants de la première circonscription de l’Oise que j’ai l’honneur de représenter depuis 1988.

Quel est votre avis sur les ordonnances ?

Le dispositif des ordonnances existe dans la constitution pour une raison bien spécifique : permettre au Gouvernement d’aller vite. Je suis un légaliste et un gaulliste donc je respecte leur utilisation prévue par la Constitution. Evidemment elles ne doivent pas devenir la norme.

On pense souvent que les groupes d’oppositions ont du mépris pour la majorité : vrai ou faux ?

Généralement c’est plutôt l’inverse, l’arrogance venant en gagnant les élections. Mais celle-ci se dissipe rapidement car avec le travail parlementaire nous apprenons à nous connaître et nous découvrons des points d’entente. Le mépris n’a pas sa place à l’Assemblée nationale.  

Comment se déroule le travail de parlementaire en dehors des séances publiques ?

Le travail parlementaire se fait majoritairement en commission où nous discutions les projets et propositions de lois. En fonction de nos rôles sur tel ou tel texte, rapporteur, rapporteur pour avis, orateur de groupe, nous travaillons ensuite individuellement avec les administrateurs de l’Assemblée pour en maîtriser toutes les subtilités.

Êtes-vous prêt à voter POUR une loi qui semble aller dans le bon sens ?

Bien entendu. Un député est avant tout un représentant de la Nation et ses choix doivent être avant tout guidés par l’intérêt général. Par exemple je pense que la réforme du code du travail portée par le gouvernement si elle ne va pas assez loin va dans le bon sens et donc je l’ai soutenu en votant pour.

Un député vote en fonction de ce que le groupe décide ou de ce que ses électeurs trouvent le mieux ?

Un député vote en fonction de l’intérêt général après il est vrai qu’une certaine cohérence est nécessaire et que la discipline de vote existe néanmoins les députés sont des hommes et des femmes libres qui votent en leur âme et conscience.

– Questions choisies et propos recueillis par Arthur Lambert pour Les Décryptages.


Nous remercions encore M. Dassault pour avoir répondu à nos questions et vous disons à bientôt pour de nouveaux articles !

DTA! – Interview de Christophe Bouillon, député Nouvelle Gauche

Bienvenue dans ce second article de “Dans Ton Assemblée !”, votre nouveau format qui décrypte l’Assemblée Nationale ! Cette semaine, nous retrouvons le député de la 5ème circonscription de Seine-Maritime Christophe BOUILLON. Il appartient au groupe « Nouvelle Gauche » et siège à la commission du Développement durable et de l’aménagement du territoire. Il est également membre de l’Office Parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques : c’est une de ses missions de parlementaire.

Comment s’est déroulée votre arrivée au sein de l’Assemblée ?

Plutôt bien ! J’y suis entré pour le troisième et sans doute dernier mandat. Je maîtrise mieux les codes de l’Assemblée, contrairement à 2007 où c’était davantage la découverte.

Après quelques mois au sein de l’Assemblée nationale, vous avez été un des groupes les plus dynamiques. Considérez-vous le groupe « Nouvelle Gauche » comme une véritable force de propositions ?

Le groupe « Nouvelle Gauche » est à la fois force d’opposition et force de propositions. Personnellement, j’ai fait campagne sur le thème « ni opposition systématique, ni majorité automatique ». Je respecte cette ligne qui est d’abord un engagement vis-à-vis des habitants de ma circonscription.

Êtes-vous l’équivalent de gauche du groupe « les Constructifs » ?

Pas tout à fait. Nous n’avons pas voté la confiance au Gouvernement, contrairement au groupe « les Constructifs ». Par ailleurs, ce groupe est issu d’une division des Républicains ; le groupe « Nouvelle Gauche » rassemble, au contraire, les députés socialistes. L’un souhaite l’éclatement de la droite, l’autre entend participer à la reconstruction ou refondation du Parti Socialiste et au renouvellement de la gauche.

Concernant les questions au Gouvernement, avez-vous un angle d’attaque plus particulier qu’un autre ?

Ma « marotte », c’est le développement durable et les questions énergétiques. J’ai beaucoup travaillé sur la loi de Transition Energétique pour la Croissance Verte et toutes les lois importantes du précédent quinquennat. Mon objectif, c’est qu’on ne dévie pas de la trajectoire et qu’au contraire, on accélère la démarche. A côté de ces questions qui sont essentielles, j’interpelle régulièrement le Gouvernement sur des sujets qui ne sont pas nécessairement au cœur de l’actualité mais qui concernent pourtant le quotidien d’un grand nombre, par exemple, ces derniers mois, j’ai saisi des ministres sur les questions liées à l’apprentissage, à la protection des tuteurs familiaux, à la tarification des EHPAD, au handicap…

Quel est votre avis sur les ordonnances publiées récemment ?

Je me félicite de plusieurs avancées en particulier pour les TPE et PME. Mais je dénonce le fait que la protection des salariés est le parent pauvre de cette réforme. Je ne crois pas qu’une plus grande flexibilité s’accompagne des embauches escomptées. Je déplore entre autre la fin du « compte pénibilité » qui permettait aux salariés qui travaillent dans des conditions difficiles d’anticiper leur départ à la retraite. Désormais, la manutention de charges lourdes, l’exposition aux postures pénibles, l’exposition aux vibrations mécaniques et aux risques chimiques ne seront plus prises en compte pour mesurer la pénibilité. C’est un très mauvais coup porté aux salariés. Le Premier Ministre a indiqué que le texte ferait l’objet d’un débat à l’Assemblée nationale. Avec mes collègues, nous poserons un certain nombre de principes sur lesquels il est essentiel de revenir pour rendre cette réforme acceptable. En l’état, elle ne l’est pas.

Nous sommes en période de rentrée scolaire, quelle est pour vous la principale chose à réformer dans l’école en général ?

Il serait bon d’éviter de détricoter systématiquement le travail des prédécesseurs ! Chaque ministre veut accrocher son nom à une réforme et cela aboutit à des décisions prises dans la précipitation, sans prendre suffisamment soin d’évaluer et d’analyser ce qu’il conviendrait de maintenir ou de faire évoluer. Il faudrait, au contraire, se donner du temps. Replacer l’enfant-élève au cœur du dispositif me paraît aussi essentiel. Je veux également insister sur le fait que l’éducation ne doit pas seulement former à un futur métier ; elle doit aussi forger des citoyens par l’apprentissage des fondamentaux et la formation d’esprit critique. Qu’on arrête de regarder les études PISA comme l’unique thermomètre de l’action !

« L’éducation doit forger des citoyens par l’apprentissage des fondamentaux et la formation d’esprit critique »

Est-ce important pour vous de rendre accessible la politique à toutes et tous ?

Oui, c’est fondamental. Dans mon parcours, depuis toujours, j’y veille en favorisant, concrètement, le renouvellement et le rajeunissement de la vie publique. Je suis sensible à cette question car j’ai le souvenir précis du jour où j’ai dit à ma mère que j’avais envie de faire de la politique. Elle m’a répondu : « la politique, ce n’est pas pour nous » (je suis fils d’une femme de ménage et d’un marin). Je n’ai cessé, depuis lors, de lui démontrer le contraire.

Comment qualifiez-vous vos relations avec les différents groupes ?

Elles sont plutôt bonnes. En commission, je trouve qu’il y a un esprit de travail. Il est vrai que l’on ne choisit pas de siéger à la Commission Développement Durable et Aménagement du Territoire par hasard. Il faut avoir un intérêt pour le sujet. J’y retrouve donc des hommes et des femmes passionnés par ces questions. En séance, la posture l’emporte parfois sur le reste…

Pouvez-vous nous expliquer les enjeux du Projet de Loi de Finances ? Quelles sont vos attentes là-dessus ?

C’est le premier Projet de Loi de Finances du gouvernement. C’est une épreuve de vérité. Jusqu’alors, le gouvernement a donné le sentiment d’être inspiration très libérale. Le centre de gravité est clairement à droite. A travers les priorités et les choix budgétaires, je crois pouvoir vérifier ou pas ce constat. Les masques vont sans doute tomber. Le « ni droite, ni gauche » va peut-être devenir « ni gauche, ni gauche » qu’illustrent des options que je juge négatives pour le pays et les Français. Je regrette notamment les décisions qui concernent les contrats aidés ou la baisse des APL. Je serai vigilant sur les questions liées à l’environnement. J’apprécie les déclarations de Nicolas Hulot avec l’annonce du Plan Climat. Mais il ne faudrait pas qu’elles soient contrariées par un manque de moyens budgétaires ou des décisions contradictoires. A quand une vraie fiscalité écologique ? Par ailleurs, je m’opposerai résolument à l’augmentation de la CSG !

Un député « Nouvelle Gauche », c’est un député qui…

… qui rejette la vieille politique et qui reste de gauche !

Quelle est votre journée-type ?

Je préfère vous décrire une semaine-type car aucune journée ne ressemble vraiment à une autre ! En général, le lundi, je travaille sur les dossiers, je réunis mon équipe et je participe à des réunions et des rendez-vous avec les administrations. Du mardi matin au jeudi midi, je suis à l’Assemblée nationale. Le jeudi après-midi et la journée du vendredi, je vais à la rencontre des habitants de la circonscription, en les recevant en rendez-vous et en effectuant des visites de terrain (visites d’entreprises, d’exploitations agricoles, d’associations…). Le samedi et le dimanche, je sillonne la circonscription pour participer à diverses manifestations organisées dans les communes. C’est un schéma-type qu’un impératif vient toujours perturber ! Quoiqu’il en soit, mon agenda ne compte aucune journée « vide ».

Un député, ce doit être une personne de terrain ou de fond ?

J’ai envie de vous répondre « les deux, mon capitaine ! » Pour ma part, j’ai bâti ma démarche sur le « terrain et l’humain ». Les deux sont indissociables et se complètent : il faut à la fois être à l’Assemblée pour voter la Loi, l’amender, l’améliorer, et à la fois être sur le terrain pour accompagner, soutenir, s’inspirer et défendre. Un député, c’est « la tête et les jambes » ! La fonction demande de réfléchir aux enjeux du pays et de la société et d’agir pour y répondre. Je considère qu’il faut être aussi proche des problèmes que des solutions. Cela est exigeant mais c’est le juste retour de la confiance que les citoyens nous ont accordée, me semble-t-il.

– Propos recueillis par Arthur Lambert.


Nous remercions encore M. Bouillon pour avoir répondu à nos questions et vous disons à bientôt pour de nouveaux articles !

DTA! – Interview de Nathalie Avy-Elimas, députée MoDem.

C’est la première fois que vous tombez sur ce genre d’article sur « Les Décryptages ». En cette rentrée 2017, nous avons décidé de mettre en place une rubrique spéciale concernant l’actualité de l’Assemblée Nationale : “Dans Ton Assemblée!”. Au cœur des commissions parlementaires, des séances publiques et avec les députés, nous plongeons au sein de l’institution.

Aujourd’hui, nous commençons fort; avec une interview de la députée MoDem (Mouvement Démocrate, présidé par Francois Bayrou) du Val d’Oise : Nathalie AVY-ELIMAS, qui a accepté de répondre à nos questions.


Comment s’est déroulée votre arrivée au sein de l’Assemblée ?

Les personnels des services administratifs de l’Assemblée nationale ont fait l’impossible pour nous mettre dans de bonnes conditions. Je souhaite les en remercier car cela m’a permis de prendre mes marques plus sereinement et de me mettre vite en action. Pour le reste, comme mes collègues, j’ai dû, en quelques semaines, organiser ma vie personnelle, constituer une équipe, trouver un local en circonscription, répondre aux sollicitations… Le tout alors que les premiers travaux parlementaires – et non des moindres – commençaient.

Les groupes LREM / MoDem sont-ils les meilleurs amis du monde ?

La relation entre les groupes LREM et MoDem s’appuie sur la volonté des députés qui en sont membres de transformer la France pour qu’elle entre enfin dans le 21e siècle et qu’elle s’adapte au monde qui l’entoure.

Nous avons nos sensibilités – et cela est même vrai au sein d’un groupe – mais nous sommes d’accord sur l’essentiel, à savoir la nécessité de réformer notre pays en modernisant notre économie, en remettant l’éducation au centre de notre cohésion nationale et en redonnant confiance à nos concitoyens dans leurs institutions et leurs représentants.

Il ne faut pas lire les choses de manière binaire : amis ou ennemis. Nous sommes partenaires. Nous ne serons pas d’accord sur tout mais nous souhaitons tous avancer dans le même sens.

Pourriez-vous voter contre une loi si elle ne vous semble pas intéressante ou n’allant pas dans le bon sens ?

J’ai la chance d’appartenir à un groupe – le MoDem – dont les membres partagent en commun un grand nombre de valeurs. Il y a donc des chances pour que je me retrouve dans les positions du groupe.

Si cela n’était pas le cas – et notamment si je considère qu’une ligne rouge pourrait être franchie – je n’exclurais pas de voter contre en séance. Mais cela se ferait en bonne intelligence et après discussion avec les dirigeants du groupe.

Avec deux très grands groupes majoritaires, comment cela s’organise en interne ?

Les échanges sont constants entre les dirigeants de nos deux groupes. Pour le moment, j’ai plutôt l’impression que cela fonctionne. De mon point de vue, Marc Fesneau, jusque-là secrétaire général du MoDem représente très bien notre groupe dont il porte la voix au sein de la majorité. Je regarde donc cela de loin et souhaite me concentrer sur mon propre travail à l’Assemblée, au sein de la Commission des affaires sociales.

Quels sont vos horizons d’attente pour cette rentrée parlementaire ?

A court terme, le PLF et le PLFSS constitueront les deux temps forts de l’actualité parlementaire. Les politiques publiques conduites depuis 10 ans ont abouti à une désertification dans les territoires ruraux : moins de services publics aux personnes (santé, éducation, leviers sociaux) et une déliquescence de la présence de l’Etat près de ceux qui en ont le plus besoin. Je m’inscris totalement dans l’ambition du président de la République dans sa volonté de revenir vraiment au principe d’égalité. L’Etat doit faire plus pour ceux qui cumulent les difficultés et j’espère que ces premiers PLF et PLFSS du quinquennat apporteront une réponse en ce sens.

Aujourd’hui, les citoyens des « quartiers » et ceux des milieux ruraux ont le sentiment d’être délaissés. Pour rester fidèle à ses principes, la République ne doit pas lâcher ces territoires. Il est intéressant de noter d’ailleurs que la carte des territoires souffrant d’un manque de services publics et celle de ceux ayant majoritairement voté pour un candidat populiste au 1er tour de la présidentielle se superposent.

Quelle est la chose qui vous a le plus surpris au moment de prendre vos fonctions ?

Incontestablement la masse de sollicitations. Je reçois chaque jour de nombreuses demandes. Mes attachés parlementaires m’aident heureusement à y répondre. Sans eux, il me serait difficile de me concentrer sur le fond des sujets que je traite.

« Je souhaite porter la voix de la sensibilité démocrate et humaniste »

Un député, c’est quelqu’un de terrain ou de fond ?

A l’heure d’Internet et des réseaux sociaux, mais également de la forte demande en démocratie participative, il me semble difficile pour un député d’occulter complètement le terrain. D’un autre côté, beaucoup de députés ont une compétence « métier » ou technique sur certains sujets. Je peux alors comprendre qu’ils soient tentés de se spécialiser sur des thématiques qu’ils maitrisent. René Dosière, dont le travail a été considérable pour faire avancer les choses sur la transparence de la vie publique, illustre parfaitement ce type de député.

Chaque député doit trouver son style. Pour ma part, je souhaite porter la voix de la sensibilité démocrate et humaniste à la Commission des affaires sociales, notamment sur les sujets liés à la santé. Mais je compte bien garder mes réflexes d’ancienne adjointe au maire : rencontrer les habitants et rester à l’écoute de ce qu’il se passe dans mon territoire, là où je vis, où mes enfants vont à l’école et où j’ai longtemps travaillé. Je suis notamment en train de mettre en place un comité participatif, ouvert sans considérations partisanes aux habitants et aux usagers de la circonscription qui souhaiteront collectivement faire avancer un sujet ou co-construire des solutions législatives.

– Propos recueillis par Arthur Lambert.


Nous remercions encore Mme Avy-Elimas pour avoir répondu à nos questions et vous disons à bientôt pour de nouveaux articles !

Découvrez les visages de notre nouveau gouvernement !

Le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, a annoncé mercredi 17 mai la composition du gouvernement d’Edouard Philippe. Strictement paritaire, le gouvernement a 54,6 ans de moyenne d’âge. Découvrez les nouveaux visages qui le composent !


Infographies réalisées – avec talent – par Théo Dumonteil.


Accropolis“, chaîne de streaming politique communautaire, a réalisé un document comprenant quelques statistiques et informations sur le gouvernement. Consultez-le pour en savoir plus ! > framapad.org/gouvernement

Rencontre avec Guillaume Balas, député européen

Rôle d’un député européen, journée-type de celui-ci, avenir de l’Union Européenne, … Yanis Djaout-Fares s’est entretenu avec Guillaume Balas, député européen socialiste.

YDF : Bonjour Guillaume ! Merci d’avoir accepté de répondre à nos quelques questions malgré votre emploi du temps chargé. Entrons dans le vif su sujet : en quoi consiste le travail d’un député européen ?

GB : Le travail d’un eurodéputé consiste à fabriquer la loi européenne, à savoir les directives et les règlements; notamment en travaillant à partir des textes proposés par la Commission Européenne. Nous n’avons malheureusement pas le pouvoir d’initiative (proposer des lois) mais nous devons voter pour dire oui/non ou amender ce qui nous est proposé par la Commission et par le Conseil. Auparavant, le Parlement Européen n’avait qu’une voix consultative, aujourd’hui on doit avoir son accord pour faire passer des règlements et des directives.

YDF : Donc un député européen ne fait qu’assister à des séances parlementaires et voter pour ou contre des lois ?

GB : Non, nous sommes très actif parce qu’il y a énormément de règlements et de directives. Nous avons le droit de faire des rapports d’initiatives mais qui n’ont pas de force de loi ; même si après c’est utile politiquement parce que ça fait pression sur la Commission. En revanche, il est vrai que le jour où nous voudrons entrer dans une vraie démocratie européenne, il faudra que le parlement européen ait le pouvoir d’initiative législative.

YDF : Et plus concrètement encore, qu’est-ce que la journée-type d’un député européen ?

GB : La journée typique d’un eurodéputé commence par partir très tôt pour Bruxelles et de souvent y dormir. Travailler dans trois directions : la première concerne la délégation de groupe. Pour moi c’est celle du Parti Socialiste Français, nous travaillons beaucoup ensemble, nous sommes treize, très unis. Nous débattons beaucoup pour avoir des positions communes. Ensuite, nous travaillons avec le groupe socialiste européen pour faire passer ce que nous voulons, nous socialistes français ajouter comme amendements. Puis il y a le travail en commission parlementaire comme un député à l’Assemblée Nationale, qui a un rôle très important chez nous. Je suis membre de la commission Affaires Sociales et Emploi et Environnement, c’est là où notamment nous attrapons des rapports que nous devons rédiger et faire voter, ce qui n’est pas simple quand il n’y a pas de majorité.

YDF : Si on s’oriente vers un rêve de fédéralisme européen, pensez-vous que le rôle ou le poids d’un eurodéputé aura un rôle supérieur à celui d’un député national ?

GB : Nous, au Parti Socialiste nous avons toujours pensé qu’il fallait organiser la Zone Euro et faire un parlement de la Zone Euro. De ce point de vue-là, s’il y a un parlement de la Zone Euro, l’idée serait de faire des transferts de compétences nationales comme par exemple la fiscalité et tout ce qui se rapporte au social. Oui, il y aura des compétences qui seront supérieures. Mais dès aujourd’hui il ne faut pas oublier que 80% des législations nationales sont d’origines européennes. Et donc en réalité en tant que parlementaire européen, je suis désolé pour mes amis parlementaire français (rires), nous avons parfois plus de pouvoir qu’eux. C’est la réalité.

YDF : L’Europe de demain, comment la penses-vous ? Comment voudriez-vous qu’elle soit ?

GB : Et bien l’Europe de demain risque de ne pas exister, c’est surtout ça qui m’inquiète. Il y a deux voies aujourd’hui qui sont très néfastes. La première c’est de continuer le laisser-faire européen ce qui aboutira à sa désintégration. Si personne ne fait rien pour la changer les peuples s’en détourneront. La deuxième voie, c’est de mettre de telles conditions à l’Europe que forcément nous en sortirons et personne ne voudra obéir à la France. Je crois qu’aujourd’hui il faut proposer. Depuis trop longtemps la France ne propose plus rien en Europe, ce qui ne veut pas dire que c’est à prendre ou à laisser. C’est à négocier, c’est ce que fait aujourd’hui Benoît Hamon avec son traité de la Zone Euro comme la question de l’énergie. Et c’est ce que font les sociaux-démocrates au niveau européen. Il y a urgence à changer l’Europe si on veut sauver l’Europe.

YDF : Que pensez-vous de l’affaire qui implique M. Barroso ? (l’embauche par Goldman Sachs d’un ex-président de la Commission européenne, NDLR)

GB : Je pense qu’il faut mettre fin aujourd’hui à tous ces types scandaleux de conflits d’intérêts. Il doit y avoir des règles très claires sur le fait qu’un commissaire européen (équivalent de ministre, ndlr) ne peut pas, après son mandat, travailler dans une grande entreprise comme Goldman Sachs qui est une entreprise qui a toujours fait en sorte d’avoir un lobbying actif auprès des députés européens, des institutions de Bruxelles, c’est un danger. Nous voyons tout de même que Goldman Sachs sait promettre des recrutements. Il faut y mettre fin. Cela fait partie du fait que les peuples se détournent de plus en plus de l’Europe, nous devons de ce point de vue-là écarter définitivement les lobbyings du pouvoir. Que nous rencontrions des entreprises, des associations c’est normal. Qu’elles dirigent l’Europe c’est impossible.

YDF : “Les Décryptages” est un média digital, qui propose de décrypter l’information et de la rendre accessible au plus grand nombre. Pour vous, quel accès demain à l’information ?

GB : Je pense que de ce point de vue-là, il y a une question qui se pose. Je rencontre beaucoup de groupes scolaires et je vois bien qu’il y a contrairement à ce que nous pouvons penser, contrairement à il y a trente ans, ils sont beaucoup plus immédiats et surtout ils sont beaucoup plus informés. Se pose après ce qu’on appelle l’effet de communauté sur le net, c’est-à-dire que par intérêt, les citoyens mettent des barrières étanches et il est très difficile après de construire de l’intérêt général à partir de visions qui sont complètement différentes. Il y a donc toute une réflexion à avoir aujourd’hui sur la question du numérique, des jeunes et l’accès au numérique. Comment leur offrir les capacités de décryptages pour ensuite proposer une lecture transversale qui permette de construire un intérêt commun. Malheureusement, nous ne l’avons pas encore trouvé.

YDF : Merci pour ces réponses! Enfin, une question un peu plus personnelle : qui est l’homme derrière l’eurodéputé ?

GB : Je suis enseignant et c’est mon métier parce qu’être député c’est un mandat; et c’est transitoire. J’ai passé la plus grande partie de ma carrière dans le Val d’Oise (95). J’ai été enseignant dans toute la région parisienne pendant dix-huit ans et je continuerai à l’être. Par ailleurs, je suis aussi un militant socialiste depuis l’âge de dix-sept ans et j’espère que cette famille sera encore l’épicentre de la gauche de demain.


Merci encore à Guillaume Balas d’avoir répondu à nos questions!

Pour suivre son activité : http://www.guillaumebalas.eu