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Brexit: mais où va-t-on ?

Brexit
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Deux ans après le vote du Brexit adopté par référendum à 51,9% des voix, l’évolution économique se veut timide au Royaume-Uni et les inquiétudes ne cessent de croître des deux côtés de la manche. Nous disposons d’une date: le Vendredi 29 Mars 2019. Mais alors, où le changement s’opère-t-il ? Faut il craindre cette sortie ou, au contraire, s’en satisfaire ? Décryptages.


Il faut d’abord se tourner vers les chiffres pour faire le point. Sur le plan économique, d’après l’Office National des Statistiques (ONS), le “chaos” pour désigner le scénario post référendum s’est avéré assez loin d’être une réalité.

Tout d’abord, le marché britannique a en effet connu une baisse  des échanges et une perte de confiance s’est opérée en ce qui concerne les cours de la London Stock Exchange (LSE). Le devise britannique – la livre sterling – s’est montrée fragile, ayant perdu près de 15% de sa valeur au bout d’un an. En 2017, La croissance n’était pas au beau fixe: ralentissant pour atteindre les 1,6% contre 2,2% en Europe elle a tout de même connu quelques sursauts. Progressant autour de 0,5 % sur octobre-décembre, contre 0,4 % observé au troisième trimestre. Certes, le bond n’est pas immense, mais le résultat ne s’avère guère catastrophique. Il est même de 0,2% supérieur à ce que les prévisionnistes envisageaient.

Mais alors qu’en sera-t-il pour 2018?

Si les statistiques de l’ONS dressent le bilan d’une croissance britannique modérée, il en est (à priori) de même pour l’année 2018. Toutefois, il ne faudra pas lésiner le comportement et la confiance des consommateurs. Les Britanniques voient déjà leurs salaires diminuer. Le comportement de divers acteurs économiques dépendra également des négociations et des conditions auxquelles sera sujette la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Règne de surcroît une grande incertitude quant aux modalités définitives imposées aux entreprises financières et aux banques. De plus, elles ont déjà eu à s’adapter puisqu’en effet, l’éventualité d’une perte des passeports européens – soit leur capacité à vendre des produits financier sur le marché britannique – ont contraint, en 2017, certaines d’entre elles à déménager.

D’autres effets sont également notables sur le plan politique et social avec un premier constat:

Le nombre de ressortissants britanniques devenus citoyens d’un autre État membre de l’UE a plus que doublé en 2016 selon un rapport de l’agence européenne des statistiques (EUROSTAT), tous les États membres sauf trois ont octroyé la nationalité à plus de personnes en 2016 qu’en 2015. Par exemple en Croatie (en 2016, elle a octroyé la nationalité à trois fois plus de personnes qu’en 2015, passant de 1 196 à 3 973 personnes, soit +232%), en Grèce (où ce nombre a plus que doublé, passant de 13 933 à 33 210 personnes, soit +138%) ou encore à Malte (de 646 à 1 495 personnes, soit +131%). Par ailleurs, le nombre de naturalisations octroyées a fortement chuté en Irlande (de 13 565 à 10 038 personnes, soit -26%). Enfin c’est en Allemagne que les chiffres se sont envolés, selon l’institut des statistiques Allemand le nombre de Britanniques ayant pris la citoyenneté allemande en 2016 a augmenté de 361% par rapport à l’année 2015. C’est là encore  “le plus haut niveau jamais enregistré de citoyens britanniques ayant pris la nationalité allemande”, indique l’Office.

Ce sont des chiffres qui amusent la presse, mais ils ne veulent rien dire.

S’exclame Jean Quatremer, journaliste de Libération. Contacté par téléphone, ce spécialiste des questions européennes se qualifiant lui même de “fédéraliste” déclare que: “La majorité de ses ressortissants ne sont pas des britanniques de naissances où du moins, ont un lien avec un autre état membre, ce qui explique leur retour.”

Vers une période instable ?

Pas vraiment… ou plutôt, de l’autre côté de la manche ! Selon les dires du journaliste. “Les conséquences économiques seront évidemment infiniment plus dures pour les britanniques que pour nous. Nous resterons un ensemble de 450 millions d’habitants totalement intégrés, jouissant de l’ensemble des accords commerciaux compris par l’Union Européenne alors que la Grande-Bretagne va se retrouver avec son marché de 63 millions de personnes devant négocier avec des partenaires commerciaux qui n’auront pas spécialement envie de leur faire de cadeaux. (…) Il faudrait qu’elle négocie avec l’Inde… avec la Chine… vous imaginez?”  En effet le défi s’avère compliqué à relever face à un pays longtemps occupé et s’affirmant davantage économiquement, considérant qu’il y a des comptes à régler et l’autre n’ayant toujours pas digéré les guerres de l’opium et les traités inégaux avec les britanniques selon Jean Quatremer.

“Good luck ! Une grande partie des usines actuellement en Grande-Bretagne n’appartiennent pas à des capitaux britanniques mais Chinois ou encore Allemands (…) et si les importations de voiture, par exemple, se voient frappées par une taxe, alors les usines seront rapatriées sur le continent car il n’y aura plus aucun intérêt à les fabriquer là bas.”

Vers un retour en arrière ?

Il faut se rappeler que les résultats du vote étaient très serrés. Quelques jours après bon nombre de britanniques se sont exprimés pour faire part de leur inquiétude. Les médias surfant sur celle-ci n’ont pas hésité à laisser présager l’éventualité d’un nouveau référendum ou même un retour en arrière et l’annulation du Brexit. Pour Jean Quatremer, “les acteurs économiques ne croient pas encore à la sortie… ils ont du mal à réaliser. Ils se disent qu’au dernier moment les britanniques vont reculer. Même du côté des institutions de l’Union Européenne, on s’imagine que le Brexit n’aura pas lieu. Je pense au contraire qu’il sera effectif, j’étais même l’un des rares à l’envisager avant même que le référendum n’ait lieu.”  C’est une question de culture, les Britanniques n’auront pas l’envie de se défiler. A voir.

On observe pour l’heure que l’économie en a pris un coup… Après la sortie, cela aura des effets bien plus dramatiques. Cela ne se percevra pas du jour au lendemain mais la perte sera filée. Les Britanniques auront le temps de le constater sur 10 – 15 ans à coup sûr.”  L’appauvrissement de la Grande-Bretagne sur le long terme est donc inévitable selon le journaliste, précisant que d’ailleurs personne ne le conteste. “Même les pro-leave admettent qu’il y aura un jour une facture à payer! Ce n’est pas pour autant qu’il engageront la marche arrière.”

A ce stade, les conditions de la sortie restent floues, et c’est ce qui semble poser problème. Personne ne sait vraiment ce que les Britanniques veulent mettre en place, mais la question n’est pas simple. Ainsi nous pouvons aussi nous demander quel sera l’arbitre des négociations ? Quelle instance sera en mesure de traiter les modalités de la sortie d’un pays de l’Union Européenne, alors que la situation ne s’est jusque là jamais présentée ? Encore de nouvelles questions, qui restent sans réponse.