Culture Dans l'actu !

Clap de fin pour Robert Redford

Redford
Temps de lecture estimé : 8 min

81 ans, 61 de carrière, des dizaines de films, un Oscar et une phrase pour en finir avec une véritable légende du septième art: «Il ne faut jamais dire jamais, mais je suis arrivé à la conclusion que jouer la comédie, c’est fini pour moi.» a dit l’acteur au magazine Entertainement Weekly à l’occasion de la sortie de «The Old man and the Gun» de David Lowery. Il y tiendra le rôle de Forrest Tucker, un braqueur évadé dix-huit fois de prison mais qui à soixante-dix-huit ans peine à renoncer à sa passion. Un personnage au crépuscule de sa carrière, et donc peu éloigné du véritable Robert Redford qui a décidé d’en finir avec ce métier avec lequel il a toujours eu un rapport compliqué. L’occasion pour nous de revenir sur une édifiante carrière, celle du sex-symbol de toute une génération, le grand Redford.


«C’est là que tout a changé. Quand je roule en voiture, j’adore m’arrêter dans les bistrots, boire un café, discuter… Après ce film, dès que je m’asseyais quelque part, je voyais les mains de la serveuse trembler, et je savais que c’était fichu. Dix minutes plus tard, les gens s’agglutinaient…»

Rien d’étonnant lorsque l’on sait que le film en question lui a permis de passer du rang d’acteur en devenir à celui de star internationale il y a maintenant 49 ans. Après s’être illustré à Broadway dans les années 1950 et après avoir obtenu quelques rôles de second plan notamment dans le mythique «La Poursuite impitoyable» d’Arthur Penn, c’est bel et bien avec son rôle de Sundance Kid dans «Butch Cassidy et le Kid» qu’il acquiert un statut d’icône. Accompagné par Paul Newman en haut de l’affiche, ils incarnent deux pilleurs de trains las de leurs métiers qui finissent par s’effacer en Bolivie. Le succès critique et public est tel qu’il pousse le très prestigieux American Film Institute à classer le film à la septième place des meilleurs westerns jamais réalisés. Il permet aussi à Redford de remporter le British Film Award du meilleur acteur soit la première récompense majeure de sa carrière mais aussi de définitivement poser son image de cow-boy solitaire avec chemise ouverte, jean et chapeau.

A trente-trois ans, il semble avoir l’éternité devant lui. Seulement sa célébrité le gêne. Plus encore, il ne comprend pas sa beauté: «J’ai toujours eu l’impression d’être comme tout le monde» dit-il. Problématique pour quelqu’un qui s’apprête à devenir la plus grande star cinématographique des seventies. Ainsi, ayant refusé par le passé les rôles titres du «Lauréat» et de «Love Story», il entame les années soixante-dix en raréfiant ses apparitions à l’écran et en se tenant éloigné le plus possible du cercle médiatique californien dont il déteste le nouveau visage. Pour le fuir, il fait l’acquisition d’un ranch à Sundance, dans l’Utah, une ville heureuse qui va connaître la célébrité grâce à lui. Enchaînant quelques films, il retrouve en 1971 celui qui deviendra son réalisateur fétiche, Sydney Pollack. A l’instar du duo Stewart-Capra, De Niro-Scorcese ou encore Depp-Burton, le tandem Redford-Pollack est lui aussi sur le point de marquer au fer rouge l’histoire du cinéma.

Ainsi en 1972, ils tournent ensemble «Jeremiah Johnson», un western moderne sur le difficile sujet qu’est la réhabilitation des indiens dans l’Amérique des années 1960. Redford campe ici un trappeur défenseur de la cause indienne, un de ses plus beaux rôles mais aussi l’un des plus proches de ce qu’il est réellement soit un ardant défenseur de l’environnement. Et oui, bien avant Leonardo Dicaprio, c’était lui la star verte d’Hollywood. Bien avant que la prise de conscience ne soit mondiale, le jeune Robert s’inquiétait déjà enfant de voir ces espaces naturels préférés de Los Angeles disparaître pour des immeubles. Plus tard, jugeant la politique sur les forages de pétrole de George W. Bush comme criminelle, il fonde «l’Institute for Ressource Management» qui vise à résoudre les problèmes écologiques dans l’Ouest américain, faisant de lui un réel activiste pour la préservation de la planète bien avant ses concitoyens.

C’est donc au cours des années 1970 que Redford s’installe comme l’une des plus grandes stars cinématographiques de son temps avec notamment «L’Arnaque». Pour ses retrouvailles avec Paul Newman, il délaisse le grand ouest de Butch Cassidy pour incarner un escroc dans le Chicago des années 1930. Aussi incroyable que cela puisse paraître, sa prestation saluée par la critique lui vaut la seule nomination de sa carrière pour l’Oscar du meilleur acteur. Malheureusement pour lui, c’est le vétéran Jack Lemmon qui remporte le prestigieux trophée pour «Sauvez le tigre» lors de la cérémonie de 1974. La même année, son attention se porte sur un scénario de Francis Ford Coppola. L’histoire, celle du «Gatsby» de Francis Scott Fitzgerald. En 2013, c’est bel et bien à Robert Redford que Dicaprio a succédé dans ce rôle. Même si le film réalisé par Jack Clayton n’est pas un immense succès, il permet à Robert Redford de gagner son titre fictif de «plus grand acteur romantique d’Hollywood». L’année suivante, c’est vers un tout autre registre qu’il se tourne à savoir le thriller d’espionnage.

Devenu une référence en la matière, «Les Trois jours du Condor» permettent à Redford de partager l’affiche avec Faye Dunaway et de tourner pour la quatrième fois avec Sydney Pollack. Le succès est important et motive Redford pour tourner un autre film qui est sans doute le plus célèbre; «Les Hommes du Président». Quatre ans après les faits qui ont conduit Richard Nixon à la démission, Alan J. Pakula se lance à l’assaut de cette enquête d’investigation auxquels tous les films du genre ont le droit d’être comparés depuis. Redford y interprète Bob Woodward, le journaliste révélateur du watergate aux côtés d’un Dustin Hoffman tout aussi impressionnant.

A partir des années 1980, Redford souhaite donner un nouveau tournant à sa vie d’artiste. Fasciné par le cinéma produit «hors du système», il entame une carrière de faiseur de films d’auteur. Réalisateur de neuf longs-métrages, le tout premier est salué dès 1981 par l’Oscar de la meilleure réalisation. Son nom; «Des gens comme les autres». Son histoire; une famille bourgeoise américaine qui se déchire. Loué par les critiques, le film est aussi un remarquable succès public rapportant cinquante-cinq millions de dollars pour un budget initial de six millions. La décennie 1980 est aussi marquée par son plus beau rôle, encore une fois sous la direction de Sydney Pollack dans «Out of Africa». Accompagné par Meryl Streep, il incarne Hatton, un guide de safari qui s’apprête à séduire la duchesse Blixen. Le drame devient rapidement un immense succès notamment en France où il avoisine les cinq millions d’entrées. En cinéaste accompli, il signe son plus grand succès commercial en 1998 avec «L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux» rapportant cent quatre-vingt-six millions de dollars au box-office mondial.

A ce moment son pari est gagné, son cinéma d’auteur est capable d’attirer les foules, qui plus est, en faisant naître une autre star; Scarlett Johansson alors âgée de treize ans. Mais son implication dans le cinéma hors-système ne s’arrête pas ici. En effet, bien avant Brad Pitt et sa société Plan B Entertainement, c’était lui le producteur sauveteur du cinéma indépendant. Cette casquette, il a réussi à l’obtenir grâce au Festival de Sundance qu’il a lui-même créé entre deux tournages en 1985. Ayant aujourd’hui une renommée mondiale, Sundance est devenu au fil des années le temple du cinéma indépendant. Quentin Tarantino, les frères Coen ou encore Robert Rodriguez se sont servis de ce festival comme rampe de lancement pour leurs carrières.

Mais en ce qui concerne la suite de sa carrière, la décennie 2000 marque définitivement la fin de l’ère Redford. Son rôle le plus remarqué est celui de Nathan Muir dans Spy Game:jeu d’espion, où il partage l’affiche avec Brad Pitt. Bien que rentable, le succès n’est pas au rendez-vous. Il faut attendre 2012 où à soixante-quinze ans passés, il interprète le seul rôle du film «All is lost» de J.C Chandor. Pour son dernier grand rôle, il interprète un navigateur pris dans une violente tempête en plein coeur de l’Océan Indien. Impressionnant dans ce rôle très physique, sa prestation est saluée par une nomination au Golden Globe du meilleur acteur dans un film dramatique mais surtout par une mémorable standing ovation au cours du festival de Cannes 2013. Il ne nous reste plus qu’à patienter pour voir le très attendu «The Old man and the Gun». Mais pas sûr que ses plus grands fans ne se fassent à l’idée que c’est son dernier.