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Catalogne-Espagne : comment une crise peut en cacher trois autres ?

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L’indépendantisme, incarné non pas par les plus de deux millions de votants du 1 octobre mais par quelques politiciens émerge telle la menace la plus inquiétante pesant, pour l’heure, sur l’Espagne. Celle-ci serait causée par une “indoctrination” de la population catalane par le biais des écoles et la télévision publique catalane, qui n’a- faut-il le rappeler –  que 11% de l’audience générale.


Ce discours accusateur est parfois même complété par des journaux espagnols de grand tirage comme El Pais qui a ainsi affirmé que parmi les activistes internationaux pro-indépendantistes, se trouvaient des réseaux russes et vénézuéliens – sous-entendant, de fait, une certaine nécessité de méfiance . Cette menace intérieure est mise en scène de façon peu subtile. Un exemple criant par sa subjectivité : la télévision publique espagnole a récemment mis en musique de fond des paroles de Carles Puigdemont sur une chanson de l’exorciste.

Ces accusations sont celles d’un parti qui n’a recueilli que 8% des votes lors des élections catalanes en 2015, se positionnant alors comme la 6ème force parlementaire. Mais c’est aussi l’image de ceux qui ont besoin de divertir l’attention des quatre autres crises qui secouent l’Espagne. Une corruption démesurée, la fin du fond de réserve des retraites, une dette en hausse et des carences démocratiques, autant de sujets majeurs, favorables à l’essor d’une crise, que le gouvernement espagnol préférerait, de loin, oublier.

 

Une corruption démesurée

Fin septembre, le fiscal anti-corruption avait annoncé que l’existence d’une caisse noire (Caja B) du Parti Populaire espagnol pourrait être amplement prouvée. Celle-ci aurait servi durant plusieurs années à payer des campagnes et des bonus et serait alimentée par divers détournements de fonds. Mercredi 15 novembre, le responsable de l’investigation a déclaré au Congrès espagnol que des indices clairs menaient à penser que M. Rajoy en aurait été un des bénéficiaires. Il a décrit les cas de corruption ainsi :

“Une organisation ayant opéré très longtemps qui a pénétré des niveaux très profonds des administrations publiques jusqu’à ce qu’elle soit devenue parasitaire et a absorbé la capacité des leaders politiques d’attribuer et gérer les fonds publics… c’est-à-dire, le concept de la corruption dans sa forme la plus pure.

Malgré la dimension des faits, cette nouvelle n’a pas fait la une des principaux journaux, envahis par la crise nationale que suppose l’indépendantisme. Si l’impact a été minime, c’est aussi parce que cette révélation n’est pas une surprise. Diverses images des “papiers” de M. Barcénas, ancien trésorier du PP, circulent sur internet et ont été certifiés. Y figurent trois payement à un certain “M. Rajoy” dont l’identité n’avait été jusqu’à maintenant pas élucidée.

Le problème c’est que la corruption est tellement banalisée– le PP compte à lui seul presque 900 inculpés- que le citoyen peine à réagir. Pire, la corruption espagnole pourrait ne pas être une “affaire interne”. L’ Office Européenne de la lutte anti-fraude recherche d’ailleurs si des fonds européens auraient pu être potentiellement utilisés dans ses détournements de fonds dans trois trames judiciaires différentes.

 

L’épuisement du fond de retraites

…. Alors qu’en 2013 déjà un article du Wall Street Journal alertait que le gouvernement utilisait l’argent du fonds afin d’acheter des obligations de dette gouvernementales. Le résultat, in extenso, était que 90% du fonds de 65.000 euros avait été investi dans une dette espagnole avec toujours plus de risque. Le gouvernement espagnol a admis que le fond de retraites, créé en 2000, va s’épuiser en 2018. En effet, il y a un an, le fonds de pensions espagnol apparaissait au no. 103 dans le classement élaboré par Willis Towards Watson et a maintenant descendu à la position 252. Les retraités sont un électorat critique pour le gouvernement, ils sont 70% à voter et 30% d’entre eux ont voté pour le PP lors des dernières élections.

Le financement des retraites en vue de l’année prochaine est incertain. L’option la plus récurrente dans ces cas là – emploi de la dette – semble compliquée.

 

Une dette colossale

En effet, la dette de l’ensemble des administrations publiques en septembre représente 2.860 millions de plus qu’au mois précédent. Pour un total de 1,135 milliards d’euros, ce qui équivaut à 98,3% du PIB. La dette totale s’élève à 139% du PIB. Actuellement, cette crise est contenu par des taux d’intérêts extrêmement bas. Selon des données récents de la banque centrale espagnole, les obligations du trésor n’ont un intérêt compris qu’entre -0.3% et 0.4%, les obligations à cinq ans sont à 0.5% et celles à dix et quinze ans sont respectivement à 1.63% et 2.18%. Cela est principalement dû à l’apport de la banque centrale européenne, principal créditeur, ce qui fait que les autres créditeurs acceptent – en toute confiance –  ces intérêts . Le défi espagnol consiste à que la croissance demeure à un stade plus élevé que le déficit public pour que le pourcentage de la dette sur le PIB reste inférieur à 100%. Mais ce fragile équilibre est en danger alors que la BCE a annoncé qu’elle réduira ses achats de dette de moitié en janvier;  de quoi alimenter la crise politique conjoncturelle traversée par le pays.