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La Russie va-t-elle envahir l’Europe de l’Est ?

Russie
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Du 11 au 17 Septembre 2018, la Russie s’est lancée dans un exercice militaire d’une ampleur sans précédent, mené en Sibérie et dans l’Extrême-Orient russe. L’opération Vostok 2018 a, en effet, pendant une semaine, mobilisée près de 300 000 soldats russes, accompagnés de pas moins de 36 000 blindés, 1000 avions et environ 80 navires. Cet exercice devient donc le plus gros exercice militaire a ce jour effectué en territoire russe, surpassant Zapad-81, un exercice mené en 1981 par l’Union Soviétique et qui avait alors mobilisé 100 000 hommes. On peut également noter que la Chine a participé à Vostok 2018 (avec l’envoi de 3 500 hommes, 900 véhicules terrestres et 30 avions), ainsi que la Mongolie.


 

Une armée russe en activité croissante

Cette opération s’inscrit dans un contexte de tensions grandissantes entre la Russie et l’Occident ces dernières années : guerre en Syrie, annexion de la Crimée, soupçons d’ingérence dans les élections américaines et, plus récemment, empoisonnement d’un ancien colonel des services secrets russes au Royaume-Uni en mars 2018. C’est pourquoi ces manœuvres militaires font peur aux pays européens limitrophes, d’autant plus que les Russes ont une certaine tendance à réaliser des exercices militaires en préparation d’invasion : cela s’est notamment observé en 2008 avec la Géorgie et en 2014 avant la Crimée. Vostok 2018 ne semble cependant pas avoir satisfait la faim de puissance militaire de Vladimir Poutine, puisque ce dernier a déclaré à l’issue de l’opération :

« Notre devoir envers notre pays est d’être prêt à défendre notre souveraineté, notre sécurité et nos intérêts nationaux, et, s’il le faut, à soutenir nos alliés (…). C’est pourquoi nous allons continuer de renforcer nos forces armées, à les équiper en armes et équipements dernier cri et à développer nos partenariats militaires internationaux »

 

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La réponse de l’OTAN

 

La peur s’installe donc du côté occidental, alors que l’ombre d’une éventuelle invasion semble planer sur l’Europe de l’Est. L’OTAN a annoncé suivre de près le déroulement de Vostok 2018. Il y a d’ailleurs eu pas moins de 87 observateurs, venant de 59 pays différents, lors de la semaine d’exercices. De plus, l’OTAN a également réalisé de nombreux exercices militaires en Europe depuis le début de l’année, et projette d’en faire d’autres avant la fin de l’année. Comme par hasard, la plupart des ces exercices ont été réalisés en Europe de l’Est, plus particulièrement dans les pays suivants : Estonie (4 exercices dans l’année), Norvège, (3exercices), Lituanie (2 exercices) et enfin Lettonie (2 exercices). Cependant, ces manœuvres sont plus réduites : les deux plus grandes manœuvres prévues en 2018 ont respectivement mobilisées 10 000 (opération SIIL 18 en Estonie, 3-14 Mai) et 18 000 soldats (opération Saber Strike en Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne, 6-23 Juin), bien loin des 300 000 soldats de l’opération Vostok 2018.

 

Un risque à nuancer

 

Cependant, il convient de se poser la question suivante : la Russie a-t-elle vraiment les moyens de réitérer ses « exploits » de 2008 et 2014 en Suède ou dans un autre pays d’Europe de l’Est ? En effet, si elle investit considérablement dans la modernisation de son armée, la Russie doit encore dépenser des milliards si elle veut remplacer tous les équipements dont elle a besoin. Ses effectifs militaires ont beaucoup baissé depuis la chute de l’URSS : de 5,2 millions d’hommes en 1990 à 800 000 aujourd’hui. De plus, la Russie n’a pas encore la puissance économique nécessaire pour se lancer dans une guerre, et il y a fort à parier qu’en cas d’annexion de l’île Gotland, de nouveaux embargos tomberaient sur l’économie russe. Par exemple, fin 2016, certaines bases aériennes russes ne pouvaient plus payer leurs factures d’électricité… On peut donc se demander si, d’une certaine manière, la Russie n’aurait pas tendance à surjouer sa puissance militaire, afin de peser toujours autant dans l’échiquier géopolitique. Malgré une volonté de puissance affirmée, et une profonde fierté de Poutine envers son armée, il paraît peu probable de voir la Russie entrer en guerre contre un pays d’Europe de l’Est (et, par jeu d’alliances, contre l’OTAN). D’ailleurs, selon Dominique Moïsi (les Echos), les intérêts des Russes, contrairement à l’inconscient collectif, se situent bien à l’Ouest, et non à l’Est.