Les Decryptages https://www.lesdecryptages.fr Wed, 23 May 2018 16:57:45 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.8.6 https://www.lesdecryptages.fr/wp-content/uploads/2017/12/cropped-Favicon-32x32.png Les Decryptages https://www.lesdecryptages.fr 32 32 Tribune – Joli mois de mai https://www.lesdecryptages.fr/tribune-joli-mois-de-mai/ https://www.lesdecryptages.fr/tribune-joli-mois-de-mai/#respond Wed, 23 May 2018 15:20:18 +0000 https://www.lesdecryptages.fr/?p=1312 Tous les propos en italiques sont issues des paroles de la chanson « Joli mois de mai » de Bourvil. Joli, joli, joli mois de mai, celle que j’aimais m’abandonne. Elle est partie pour longtemps, chercher ailleurs son printemps. La démocratie aurait-elle quitté la France pour se réfugier en Corée du Nord ? Au vu des derniers événements, […]

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Tous les propos en italiques sont issues des paroles de la chanson « Joli mois de mai » de Bourvil.

Joli, joli, joli mois de mai, celle que j’aimais m’abandonne. Elle est partie pour longtemps, chercher ailleurs son printemps. La démocratie aurait-elle quitté la France pour se réfugier en Corée du Nord ? Au vu des derniers événements, il semble que le Président des libertés, élu pour contrer le Front National, ne soit plus un démocrate. Faut-il pour autant faire une nouvelle Révolution en brûlant les MacDonald’s, mettre en prison Bernard Arnaud et guillotiner notre tout nouveau monarque ? Bien sûr que non ! Il faut mener une vrai guerre des idées afin de changer les mentalités en profondeur pour que les citoyens se rendent compte que c’est le nombre qui fournit le réel pouvoir !


 

             Prenons un temps pour nous remémorer des événements de mai « 68 ». Certains laisseront sûrement échapper un léger soupir en lisant ces lignes. Quoi ? Encore mai 68 ? C’est vrai que le sujet a été beaucoup traité durant cette période, mais c’est une référence incontournable en matière de lutte. Nul besoin de refaire l’historique de ce large mouvement de contestation unifiant étudiants, fonctionnaires et salariés. Dirigé contre l’autoritarisme du gouvernement, le capitalisme, le consumérisme ou encore l’impérialisme américain : c’est plus de dix millions de salariés qui ne travaillent pas le 22 mai 1968. Cinq jours plus tard, les accords de Grenelle sont signés. Ils prévoient notamment une hausse généralisée de 35 % du SMIG, l’ancêtre du SMIC.

Mais que sont devenus les leaders emblématiques de Mai 68 ? Nombre d’entre eux sont morts, comme le philosophe Jean-Paul Sartre ou le socialiste Michel Rocard. Toutefois, ceux qui demeurent aujourd’hui dans l’espace public n’ont-ils pas totalement abandonné la lutte ? Le chanteur Renaud n’a t-il pas successivement soutenue les campagnes de François Fillon et d’Emmanuel Macron ? Le philosophe André Glucksmann n’a t-il pas publié une tribune dans Le Monde en 2007 intitulée Pourquoi je choisis Nicolas Sarkozy ? L’exemple le plus emblématique demeure toutefois Daniel Cohn-Bendit. Après avoir été un des moteurs de Mai 68 en France, après avoir été député européen pendant plus de vingt ans sous l’étiquette écologiste, il a rejoint le comité de soutien d’Emmanuel Macron en 2017. Selon le site d’information Médiapart, il ferait même parti des fameux « visiteurs du soir » du palais de l’Élysée. Joli, joli, joli mois de mai, je n’ai désormais plus personne. Il faut que tu me pardonnes, si je n’ai pas le cœur gai.


            Tout cela n’aurait été qu’un emportement de la jeunesse en fin de compte. Les gens grandissent, mûrissent, prennent du recul : ils deviendraient réalistes. Pourtant, si les Renaud et les Cohn-Bendit de 1968 pouvaient se voir aujourd’hui, ils se traiteraient sûrement de « vieux cons ». « La fête est finie », pourrions nous dire pour paraphraser le rappeur Orelsan.

 

Cinquante ans plus tard, seulement 200 000 personnes étaient dans la rue lors de la traditionnelle fête du travail du 1er mai. Mais en 1968, à la même date, seules quelques dizaines de milliers de manifestants avaient participé à l’événement. Alors en 2018 est-il toujours possible de multiplier par 5 en quelques semaines le nombre de participants aux manifestations ? Par 10 ? Par 100 ? A la ville on criait, achetez du muguet, ça porte bonheur.

 

            Cela semble complexe : un an après sa victoire, Emmanuel Macron reste un Président très populaire. Selon l’institut de sondage Ipsos-Sopra Steria, 45 % des Français jugent son bilan plutôt positif. Certes, c’est moins d’un Français sur deux, mais souvenons-nous qu’à la même période de leur quinquennat, Nicolas Sarkozy n’avait que 36 % d’opinion favorable, et François Hollande récoltait seulement 25 % d’opinion favorable. Toujours selon la même enquête, 50 % des personnes interrogées pensent qu’Emmanuel Macron veut vraiment réformer, et qu’il y parviendra. J’en ai pris un bouquet mais ça n’a rien fait, c’est tous des farceurs. Il est d’autant plus complexe pour l’opposition de fédérer contre le pouvoir en place quand on sait que près de trois Français sur quatre jugent que les réformes entreprises sont conformes aux engagements de campagne du Président de la République. C’est pourtant faux sur de nombreux points : loi asile-immigration, suppression de l’exit-tax, loi sur le secret des affaires, sélection systématique à l’université, privatisation de la SNCF, allégements fiscaux de quatre milliards d’euros sur les 10 % les plus aisés… Autant de réformes qui n’ont jamais été exprimées clairement dans le programme du candidat Emmanuel Macron. Joli, joli, joli mois de mai, avec mon bouquet j’ai l’air drôle. Y a même des gens qui rigolent, joli, joli mois de mai.

 

            Plus qu’une véritable adhésion au projet du chef de l’État, ces chiffres témoignent davantage d’une indifférence envers les actions politiques mises en œuvre par le gouvernement. Les citoyens de ce pays se replient sur eux-mêmes, s’enferment derrière des murs en parpaing dans des résidences et des lotissements sécurisés, où piscines et caméras font bon ménage. On se contente de regarder la télévision, parfois en famille, à l’heure du repas pour se donner l’illusion de s’informer correctement. Les chaînes d’information en continu nous servent le même discours prémâché tout au long de la journée, abreuvant ainsi une soif intarissable de buzz et de sensationnel. Pour de nombreuses familles, la sortie hebdomadaire se résume à aller faire ses courses dans les grandes Zones commerciales, construites aux abords des villes : des temples de la consommation. On ne va plus à l’église le dimanche, mais on continue d’adorer une divinité qui n’a fait que changer de nom et de visage : la croissance. On attribue communément à Aldous Huxley la phrase suivante : « La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où, grâce la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude… » Serions-nous d’ores et déjà entrés dans ce scénario catastrophique ? Aurions-nous coupé nos nerfs sans que nous en apercevoir ? Stupides pantins contraints de répondre en toute circonstance « ça va ! » à la sempiternelle question rhétorique : « ça va ? » Joli, joli, joli mois de mai, même si ça me fait quelque chose, il faut que je soie content, c’est la fête du printemps.


Amer constat d’une société à la dérive. L’élection de notre actuel Président de la République l’an passé en est un exemple concret. Élu sans adhésion à un projet, il n’a suscité qu’un certain espoir de renouveau en trompe l’œil. Suivi par une élite soit disant intellectuelle, mais surtout financière,  une grossière manipulation médiatico-sondagière aura suffit à Emmanuel Macron pour s’asseoir sur son Trône républicain. Toutefois la question demeure : est-ce une simple anomalie de l’histoire ? Ou la confirmation de la théorie de Huxley ? Inutile de faire attention : on peut désormais se permettre de fêter son accession au second tour de la présidentielle à La Rotonde ! On oublie au passage que l’élection n’est pas achevée, et que c’est l’extrême droite qu’il faudra terrasser lors du prochain scrutin. Joli, joli, joli mois de mai, c’est ton premier jour, ça s’arrose.

 

            C’est peut être la dernière fois que le peuple français pourra s’unir pour dire non à ce modèle de vie. Malgré les tentatives de diviser les citoyens, et de monter les catégories de population les unes contre les autres, le gouvernement doit faire face à une nouvelle phase de convergence des luttes. Cessons de croire que les individus qui inventent des nouveaux modèles de sociétés sont des profiteurs violents. Pourquoi envoyer les forces de l’ordre déloger les ZADistes de Notre Dame des Landes ou les étudiants bloquant leurs facultés ? Encore une dérive autoritaire pour montrer qui possède le pouvoir. Je veux voir la vie en rose, joli, joli mois de mai. Arrosons le muguet, je veux être gai et vaille que vaille. J’ai le droit d’être pompette, si c’est pas ma fête, c’est celle du travail.

 

            L’optimisme doit guider nos luttes. Nous n’abandonnerons pas, mais nous n’oublierons pas de vivre. Nous continuerons de rêver, car c’est uniquement par le rêve que l’on bâti une société durable et désirable. Il faut cesser d’engraisser les multinationales qui n’ont que faire des biens communs. Nous sommes les plus nombreux ; ce n’est pas nous qui avons besoin d’eux, mais bel et bien eux qui ont besoin de nous. Joli, joli, joli mois de mai, ô toi qui connaît tant de choses, toi qui fait naître les roses, fais qu’elle revienne vers moi.

 

            Certes la violence est tentante. Il y a tellement d’injustices qu’on se dit que les moyens d’actions non-violents ne sont plus suffisants. La violence fait peur aux plus puissants, c’est indéniable. Le raisonnement de casser des vitrines et des distributeurs de billets pour faire payer les assureurs est loin d’être absurde. Mais par ce type de comportements, le prix des assurances augmentera pour tous, y compris pour les plus démunis. De la même manière, les revendications deviennent inaudibles pour l’opinion publique dès qu’il y a usage de violences. C’est donc à nous que revient d’inventer des solutions pour nous faire entendre, et de nous faire comprendre. Ensemble, nous pouvons faire tellement. Pensons-y, en ce joli, joli, mois de mai.

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Mai 68 sur grand écran https://www.lesdecryptages.fr/mai-68-grand-ecran/ https://www.lesdecryptages.fr/mai-68-grand-ecran/#respond Fri, 11 May 2018 18:15:18 +0000 https://www.lesdecryptages.fr/?p=1304 Entre Le Soldat Ryan, La Liste de Schindler, Le Pianiste, La Rafle, Lettres d’Iwo Jima ou encore Pearl Harbor, on peut pour le moins dire que nous avons été servis niveau Seconde Guerre Mondiale durant ces dernières années. La guerre du Vietnam aussi a pas mal inspiré. Elle nous a donné Voyage au bout de […]

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Entre Le Soldat Ryan, La Liste de Schindler, Le Pianiste, La Rafle, Lettres d’Iwo Jima ou encore Pearl Harbor, on peut pour le moins dire que nous avons été servis niveau Seconde Guerre Mondiale durant ces dernières années. La guerre du Vietnam aussi a pas mal inspiré. Elle nous a donné Voyage au bout de l’enfer, entré dans la légende comme l’un des plus beaux films des années 70. Elle a aussi permis au maestro Francis Ford Coppola d’obtenir sa deuxième palme d’or cannoise avec Apocalypse Now. Mais qu’en est-il de Mai 68 ? Ces jeunes, ce vent de liberté, ces manifestations, ces CRS, ces pavés qui en trois semaines ont réussi à bouleverser l’équilibre de la société française. Plusieurs fois évoqué sur grand et petit écran, aucune œuvre du 7ème art ne nous vient véritablement à l’esprit concernant ce «joli mois de mai» qui s’apprête à fêter son cinquantième anniversaire. La faute à qui ? La faute à quoi ? Décryptages.


Peut-on parler d’un Mai 68 ou de plusieurs Mai 68 ? Bien sûr, le vrai mois de mai, celui qui a poussé De Gaulle à envisager «d’abandonner l’Histoire» est bel et bien réel, demandez au Quartier Latin ! Il s’agit d’une crise, pas uniquement sociale mais aussi culturelle. Et à ce titre, le cinéma français a-t-il connu sa crise à lui ? On peut dire que oui. Non seulement il a connu une crise mais celle-ci l’a transformé et lui a permis d’abord d’anticiper, mais aussi d’accompagner le mouvement soixante-huitard. Derrière tout cela, deux mots: «NOUVELLE VAGUE». Derrière ces deux mots, six jeunes critiques de cinéma qui pendant les années cinquante pointent du doigt le manque de liberté accordé aux réalisateurs dans la fabrication de leurs films. Parmi ces six jeunes, deux s’apprêtent à devenir de véritables révolutionnaires dans leur domaine; Jean-Luc Godard et Frrançois Truffaut.

Mais remettons les choses dans leur contexte. En 1958 sort en salles le plus gros succès cinématographique français de l’époque à savoir Les Misérables de Jean-Paul Le Chanois. Une petite merveille qui s’avère cependant être l’incarnation parfaite du film historique à gros budget avec des moyens colossaux et une pléiade d’acteurs de légende. Face à cela, nos jeunes réalisateurs décident de montrer une nouvelle façon de produire, écrire, filmer. Ainsi, l’histoire veut que le film initiateur de cette nouvelle vague soit un film de François Truffaut intitulé Les 400 coups dans lequel un enfant se rebelle (déjà !) contre la société qui l’entoure. A travers des films tel que A bout de souffle, Le Mépris ou encore Pierrot Le Fou, la Nouvelle Vague s’installe progressivement dans le paysage cinématographique français. Les buts sont clairs: changer les mœurs, transformer le cinéma et rompre avec le passé.

Mais c’est avec un film de 1967 que Jean-Luc Godard va radicaliser sa pensée. En tant que militant très engagé, il se plaît à raconter dans le film La Chinoise l’histoire de cinq jeunes gens qui passent leurs journées à disserter sur «Le Petit Livre Rouge» de Mao Zedong ainsi qu’à étudier la pensée marxiste-léniniste. Film politique de la première à la dernière seconde, il est peut-être la meilleure analyse de cette utopie abstraite qu’est la volonté de tout détruire pour construire un nouveau monde plus juste. Sorti un an avant 1968, le film impressionne par son caractère prophétique mais il ne fait pas grand bruit et achève d’enfermer Godard dans la catégorie de cinéaste politique (peu fréquentable).

Dix ans après les événements, la Nouvelle Vague est passée de mode. Godard a changé à jamais la façon de faire du cinéma mais il n’intéresse plus grand monde. En 1978, c’est donc un autre réalisateur du nom de Gérard Oury, auteur-réalisateur de La Grande Vadrouille et des Aventures de Rabbi Jacob qui décide avec son film La Carapate de s’attaquer au mythe. S’offrant une nouvelle perspective de carrière sans Bourvil et Louis de Funès, Oury sollicite cette fois-ci Pierre Richard et Victor Lanoux pour une cavale de deux jours dans la France du mois de Mai. Commençant à Lyon lors d’une révolte carcérale, leur brève aventure se termine au Quartier Latin pendant une émeute. Fort de ses trois millions d’entrées, il s’agit là du plus gros succès cinématographique de Mai 68. Comme son grand frère Rabbi et sa «grande» sœur Vadrouille, La Carapate est une comédie d’aventures sympathiques dont la vocation principale est de faire rire. Beaucoup de gags, de casse et peu de réflexions complexes sur la politique. L’occasion de constater que les Français aiment porter un regard amusé sur leur passé pas si lointain.

Les années passent, les couleurs politiques aussi. De Gaulle s’en va, le PCF chute. La gauche arrive, puis s’en va…jusqu’en 2005. Le retour de la gauche en 2005 ? Pas vraiment ! Mais le retour du «joli mois de mai» au cinéma, oui ! Et qui plus est, par un film émouvant, voire même déchirant diront certains. Le film ? «Les Amants réguliers». Trois heures en noir et blanc. Une beauté simple d’observer une bande d’étudiants fumer de l’opium et ressentir la lourdeur de la vie. Le film de la désillusion pourrait-il s’appeler ! Il en profite au passage pour inaugurer la carrière de Louis Garrel dont la prestation est couronnée d’un César du meilleur espoir masculin à l’issue de la cérémonie de 2006.

Le quarantenaire des événements approche et un nombre infime de réalisateurs a eu le courage de s’attaquer à cette période. Mais où est donc cette fresque, comme il en existe sur beaucoup d’époques et qui nous interroge sur notre passé, qui nous rappelle que le temps a passé si vite. Cette fresque correspond-elle au film Nés en 68 ? Peut-être. Là encore, nous avons un triangle amoureux formé par Catherine, Hervé et Yves, tous les trois étudiants à la Sorbonne. Dans le feu de ces trois semaines de printemps, ils se décident à partir dans le Lot et à fonder une communauté. Tout va pour le mieux dans les premiers jours jusqu’à ce que la dure réalité des choses ne les rattrape. La communauté ne dure qu’un temps, nos amis se séparent, entament leur vie adulte et vivent au rythme de l’évolution de la société, le tout se clôturant de manière glaciale sur le fameux discours de Nicolas Sarkozy en 2007 sur la «liquidation de l’héritage de Mai 68». Emmené par une Laëticia Casta excellente, il s’agit là probablement du film le plus pertinent sur l’incapacité et surtout l’impossibilité pour cette jeunesse de réaliser leur idéal de vie. Contrairement aux Amants réguliers, l’ambiance ici n’est pas tout à fait à la nostalgie, de l’aveu même de son réalisateur Olivier Ducastel :

«Les années en question ont été difficiles. Vivre en communauté est très excitant mais très éprouvant physiquement et psychologiquement»

Il apparaît évident que le public aime aller de l’avant et ne s’attarde pas sur une des plus grosses désillusions du XXème siècle. Une bonne chose en soi. Mais si en réalité le meilleur film sur Mai 68 n’était pas français ? Si finalement le film par excellence que l’on puisse trouver sur la liberté et la jeunesse avait été réalisé aux Etats-Unis en 1969 pour 300 000 dollars ! Plus qu’un film culte, c’est le film de toute une génération. A lui seul, il a réussi à créer une nouvelle ère à Hollywood, à donner un visage au mouvement hippie, à populariser le mythe du motard californien et à élever Jack Nicholson au rang de star. Je nomme bien sûr…. Easy Rider !

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Thomas Posado : “Il y a une dérive autoritaire actuellement au Venezuela” https://www.lesdecryptages.fr/thomas-posado-venezuela/ https://www.lesdecryptages.fr/thomas-posado-venezuela/#respond Thu, 26 Apr 2018 18:00:46 +0000 https://www.lesdecryptages.fr/?p=1294 Le Venezuela semble engagé dans une spirale infernale dont il ne parvient pas à s’extirper : forte précarité économique, contestation sociale et déficit démocratique se conjuguent et plongent le pays dans une crise sans précédent. Thomas Posado, docteur en science politique à l’Université Paris VIII et spécialiste du Venezuela, répond à nos questions.   1) […]

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Le Venezuela semble engagé dans une spirale infernale dont il ne parvient pas à s’extirper : forte précarité économique, contestation sociale et déficit démocratique se conjuguent et plongent le pays dans une crise sans précédent. Thomas Posado, docteur en science politique à l’Université Paris VIII et spécialiste du Venezuela, répond à nos questions.


 

1) 2017. Année sombre marquée par un taux d’inflation à quatre chiffres, un chômage s’élevant à près de 25% de la population active, le déferlement d’un million de manifestants dans les rues de Caracas et une situation institutionnelle alarmante… Autant de signes incontestables d’une crise profonde au sein d’un des pays qui était autrefois le plus riche d’Amérique latine. Mais quels sont les facteurs de cette dernière ? 

Elles sont multiples. Les richesses dont vous parlez sont paradoxalement une partie du problème. Le Venezuela a certes les premières réserves de pétrole mondiales mais elle a une structure économique rentière qui la rend dépendant du cours d’une seule matière première, le pétrole en l’occurrence. Plus de 95 % des exportations vénézuéliennes sont liés à cet « or noir » que certains au Venezuela appellent un « excrément du diable » en raison des conséquences perverses qu’il a sur l’économie vénézuélienne. Le Venezuela est ainsi coutumier des cycles d’abondance et de crise. Depuis la chute des cours du baril de pétrole à l’été 2014, le pays connaît une crise économique d’une ampleur inédite. Cet effondrement du cours du pétrole se double d’un effondrement de la monnaie vénézuélienne. Lors des tentatives de renversement de Chávez en 2003, le gouvernement a mis en place un contrôle des changes mais depuis cette date, des grandes entreprises détournent celui-ci en surfacturant des importations ou en demandant des dollars subventionnés pour des importations non réalisés avec la complicité des plus hautes instances gouvernementales. Ces mesures ont entraîné un effondrement de la monnaie locale, entraînant des pénuries d’aliments et de médicaments, un cycle d’hyperinflation qui lamine le pouvoir d’achat des Vénézuéliens.

 

2) Cette crise peut-elle avoir des répercussions sur la situation géopolitique et géoéconomique de la région ?

Oui, bien sûr, parce que le Venezuela n’est pas un État marginal dans la région. A travers l’ALBA et Petrocaribe, le Venezuela a aidé plusieurs pays de l’aire caribéenne principalement avec des livraisons de pétrole subventionnés, la crise vénézuélienne tarit ce flux avec des conséquences lourdes dans ces pays. L’ampleur de la crise vénézuélienne crée aussi un flux de Vénézuéliens qui fuient leur pays, autour de 2,5 millions selon les estimations, vers la Colombie, l’Équateur, le Pérou, le Chili, le Brésil…

 

3) Quelle est la réaction des pays voisins du Venezuela ?

Les pays voisins sont divisés à l’égard de la situation vénézuélienne. D’un côté, Cuba, la Bolivie, le Nicaragua maintiennent un soutien à l’égard du gouvernement Maduro. L’Uruguay et l’Équateur demeurent dans une relative neutralité dans ce conflit. D’un autre côté, la plupart des autres pays de l’hémisphère américain, dont les États-Unis, la puissance dominante de la région, prennent fait et cause pour l’opposition vénézuélienne.

 

4) La côté de popularité du président Maduro n’a eu de cesse de se réduire depuis le début de son mandat. Est-il le principal responsable de cette crise selon vous? 

Il est responsable du maintien du détournement du système de change, même s’il n’a pas créé ce système, il est en grande partie responsable de la crise politique que connaît le pays, il est responsable de l’accentuation du modèle rentier avec la mise en place de l’Arc Minier de l’Orénoque qui confie 12 % du territoire à des multinationales étrangères pour l’extraction de divers minerais, en dérogeant au droit du travail, à celui de l’environnement et à celui des communautés indigènes. Il n’est pas responsable du modèle rentier en revanche, il existe depuis un siècle au Venezuela. Il a hérité d’un pays potentiellement en crise et ses décisions ont aggravé celle-ci plutôt qu’amoindri ses effets.

 

5) Pourquoi avoir convoqué une Assemblée Constituante ?

Nicolás Maduro a convoqué le 30 juillet dernier une Assemblée Nationale Constituante au moment où des manifestations massives étaient organisées contre lui. Il s’agissait pour lui de reprendre l’initiative politique à un moment de grande difficulté. Cette Assemblée Nationale Constituante n’a pas été convoquée par un référendum préalable, comme le prévoyait la Constitution et avait un mode de scrutin inéquitable qui favorisait structurellement la majorité présidentielle. L’opposition a ainsi boycotté le scrutin. Aujourd’hui, l’Assemblée Nationale Constituante n’a pas avancé sur la rédaction d’une Constitution mais fonctionne comme un organe supra-constitutionnel, reprend les prérogatives de l’Assemblée Nationale où l’opposition est majoritaire, ce qui est important pour le pouvoir en place pour contracter à nouveau de la dette dans un moment où le pays est reconnu en défaut partiel de paiement par plusieurs agences de notation.

 

6) Le Venezuela peut-il dériver vers un modèle dictatorial de façon progressive ?

Il y a une dérive autoritaire actuellement au Venezuela. La dépossession des pouvoirs où l’Assemblée Nationale est majoritaire, la répression de manifestations pacifiques, la criminalisation de la plupart des actions revendicatives sont autant d’indices de celle-ci. Si cette tendance de ces dernières années se poursuit, oui, on peut envisager la mise en place d’un régime autoritaire avec une forte composante militaire. L’armée constitue un des derniers atouts de Nicolas Maduro, qui la récompense grassement, un tiers du gouvernement en est issu, la direction de plusieurs entreprises nationalisées lui est confiée.

 

7) L’opposition a t-elle encore une place dans un système politique qui la réprime et la rejette sans cesse ? 

L’opposition vénézuélienne est divisée sur sa stratégie à l’égard du gouvernement. Une partie d’entre elle, dirigée par Henri Falcón, se présente à l’élection présidentielle et opte pour une stratégie conciliante avec le gouvernement, jouer le jeu des institutions, même si elle considère qu’elles sont pipées, pour parvenir au pouvoir. Une autre partie de l’opposition opte pour une stratégie insurrectionnelle, ce qui passe par s’abstenir de participer aux élections présidentielles, pour délégitimer le système politique qu’elle souhaite renverser. Ces deux stratégies sont évidemment incompatibles et ces divisions conduisent à affaiblir l’opposition.

 

8) Va t-on vers une guerre civile ? 

Ce risque était réel entre avril et juillet 2017, dans le sens où il y avait des affrontements armés entre opposants et forces de l’ordre avec des groupes armés para-gouvernementaux et pro-opposition, dans le sens où l’opposition faisait appel à une sédition des forces armées (qui si elle avait eu lieu aurait provoqué soit une guerre civile, en cas de sédition partielle, soit un coup d’État, en cas de sédition totale). Aujourd’hui, ce risque semble plus éloigné sachant qu’il n’y a plus d’affrontement armé. La menace reste cependant réelle en raison de la faible légitimité démocratique de Nicolás Maduro et des velléités insurrectionnelles d’une partie de l’opposition.

 

9) Existe-il des portes de sortie de crise à cette heure ? 

La seule réelle sortie de crise serait un redémarrage de l’économie après cinq années de récession consécutives. La récupération des centaines de milliards de dollars volés à l’État vénézuélien par le détournement du contrôle des changes précédemment décrit serait important dans ce cadre. Une réforme de la politique monétaire qui ne permet pas ce type d’enrichissement illicite serait indispensable. Une annulation partielle, voire totale de la dette vénézuélienne dans un contexte où il est difficile d’importer des aliments et des médicaments permettrait de donner un peu d’oxygène à l’économie vénézuélienne. Enfin, à long terme, il faudrait envisager une sortie du modèle rentier qui rend le Venezuela dépendant du cours très volatile de produits avec une très faible valeur ajoutée.

 

10) Le résultat étant connu par avance, les élections présidentielles du 20 mai 2018 auront-elle un véritable enjeu ?

Nicolás Maduro est favori au vu de la division de l’opposition et de plusieurs mécanismes institutionnels le favorisant mais la situation économique est tellement catastrophique qu’il est difficile de prédire précisément les réactions des Vénézuéliens. Si Henri Falcón capitalise un vote-sanction contre le président sortant, sa victoire n’est pas totalement improbable. Son projet de dollariser l’économie vénézuélienne ne me semble pas en revanche de nature à apporter une sortie de crise à la situation économique catastrophique que vivent les Vénézuéliens.

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Vol au-dessus d’un nid de coucous, l’ode à l’altérité bouleversante du défunt Miloš Forman https://www.lesdecryptages.fr/vol-au-dessus-dun-nid-de-coucous-lode-a-lalterite-bouleversante-du-defunt-milos-forman/ https://www.lesdecryptages.fr/vol-au-dessus-dun-nid-de-coucous-lode-a-lalterite-bouleversante-du-defunt-milos-forman/#respond Sun, 22 Apr 2018 17:46:04 +0000 https://www.lesdecryptages.fr/?p=1281 Aucun homme normal n’y résisterait. On m’a mis en taule, et d’une, et maintenant, on dit que je suis fou, parce que je ne suis pas de bois ! Ces paroles, celles du héros du film Vol au-dessus d’un nid de coucous, Randall Mc Murphy, réalisé par Miloš Forman, reflètent à la perfection le talent et […]

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Aucun homme normal n’y résisterait. On m’a mis en taule, et d’une, et maintenant, on dit que je suis fou, parce que je ne suis pas de bois !

Ces paroles, celles du héros du film Vol au-dessus d’un nid de coucous, Randall Mc Murphy, réalisé par Miloš Forman, reflètent à la perfection le talent et le courage de ce dernier. S’étant éteint le 14 avril dernier, Miloš Forman, l’un des plus grands cinéastes du vingtième siècle, laisse derrière lui de nombreux chefs d’œuvre. Parmi eux, le plus représentation de sa force d’âme demeure Vol au-dessus d’un nid de coucous, détenteur de cinq Oscars et classé au seizième rang des 250 plus grands films de l’histoire du cinéma.

Une plongée au cœur de la pensée humaine et des rapports de société

Le film de Miloš Forman, réalisé en 1975, demeure un succès qui s’inscrit aussi bien dans le domaine de la psychologie que dans celui du cinéma engagé. Sur le plan psychologique, le cinéaste tchèque nous livre une tendre leçon sur la barrière manichéenne qui séparerait la folie de la normalité, permettant de marginaliser quiconque échapperait à l’ordre établi. Ainsi, on trouve dans certains patients davantage de douceur et d’altruisme que chez la terrifiante infirmière en chef, Miss Ratched, qui joue sur le malaise intérieur de ces êtres incompris. Celle-ci est bien la seule de cet hôpital psychiatrique à se rendre compte de sa position de supériorité et à profiter de celle-ci avec les abus atroces que le film nous révèle.

McMurphy, incarnation de la résistance

Mais Randall McMurphy, ancien vétéran de la guerre de Corée, accusé d’insubordination, est condamné à intégrer cet asile de fous afin d’échapper à la prison. Son arrivée va changer la donne, révélant par la pertinence de ses interventions, le potentiel de chacun de ces « aliénés ». 

Il sera sujet à la tyrannie de Miss Ratched et subira ses sévices qui s’avéreront de plus en plus douloureux, tentant de contrer la désobéissance de cet interné, non pas déséquilibré, mais qui déséquilibre, le petit empire que s’était créé l’infirmière en chef. Etant le seul à constater le pouvoir que cette dernière s’est arrogée par abus de faiblesse, McMurphy n’hésitera pas à lutter contre cette situation cauchemardesque à coup de provocations devant l’ensemble de ses camarades :

 

C’est ça pour vous la communication ? C’est ça ? Oui, c’est ça ? 

Une œuvre qui s’élève contre l’autoritarisme

Miloš Forman, réalisateur tchèque, réussit à travers son chef d’œuvre, à retranscrire l’horreur de l’autoritarisme qui sévit sur les républiques socialistes de l’URSS telles que la Tchécoslovaquie. Celui-ci, ayant été découvert par Kirk Douglas en 1966 à Prague, a reçu de celui-ci lors de sa tournée européenne le livre qui lui inspirera ce film. Ce drame dépeint en arrière-plan l’oppression et l’injustice subies par les populations tchèque et slovaque et fait écho, par la rébellion de McMurphy, à l’immolation de l’étudiant Jan Palach en 1969 qui marqua le printemps de Prague.

Malgré la retranscription de ce sacrifice, le film constitue un message d’espoir par les réussites du courageux Mc Murphy qui amena la parole au chef sioux muet, organisa un match de foot et amena un peu d’allégresse dans un lieu où celui-ci semble avoir été prohibé. L’apparente nonchalance du héros dissimule avec brio la clairvoyance et l’engagement, propres au film, telle que la cynique formule, faussement encourageante :

  Allez, soyez de bons Américains ! 

La main de fer de Miss Ratched aura raison physiquement de ce contestataire et charismatique personnage mais pas psychologiquement, puisque jamais, celui-ci ne cédera à ses valeurs d’émancipation et d’attachement à la liberté.

Forman signe ici, un film qui nous questionne sur nos capacités propres de résistance face à la volonté de faire perdurer nos idéaux mais nous questionne également sur la légitimité de ceux auxquels profite la délégation du pouvoir, qui par leur apparente volonté protectrice, acquièrent par ce transfert partiel de liberté, un pouvoir plus ou moins conséquent.

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Facebook a t-il donné trop de données ? https://www.lesdecryptages.fr/facebook-a-t-il-donne-trop-de-donnees/ https://www.lesdecryptages.fr/facebook-a-t-il-donne-trop-de-donnees/#respond Wed, 18 Apr 2018 18:37:42 +0000 https://www.lesdecryptages.fr/?p=1260 Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, s’est exprimé devant le Sénat américain le 10 avril dernier afin de répondre aux questions des sénateurs concernant le scandale de la fuite des données de quelque 87 millions d’utilisateurs vers l’entreprise Cambridge Analityca.      En réalité, ce n’est pas Zuckerberg que les sénateurs américains sont venus interroger, […]

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Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, s’est exprimé devant le Sénat américain le 10 avril dernier afin de répondre aux questions des sénateurs concernant le scandale de la fuite des données de quelque 87 millions d’utilisateurs vers l’entreprise Cambridge Analityca

 


 

En réalité, ce n’est pas Zuckerberg que les sénateurs américains sont venus interroger, ni même Facebook. Saisissant l’occasion de ce cas concret, les institutions classiques sont venues accuser l’ensemble des géants du web d’un dysfonctionnement global sur leur mode de fonctionnement vis-à-vis de leurs utilisateurs. Ce scandale a permis de montrer du doigt le fait que le réseau social aux deux milliards d’utilisateurs a pu fournir des données à des organisations extérieures sans le consentement des individus.

Si les peurs parfois fantasques des adeptes de romans d’anticipation peuvent sembler démesurées, force est de reconnaître qu’il existe un réel problème de législation dans le monde virtuel, et même les libéraux du numérique reconnaissent qu’il est désormais temps d’agir.

Qu’est-ce que Cambridge Analytica ?

 Cambridge Analytica est une filiale de l’entreprise Strategic Communication Laboratories, un organisme qui a pour rôle d’influencer les gouvernements et les organismes militaires. Sa filiale remplit la même activité que la maison mère, mais cible spécifiquement le marché américain.

En 2014, l’Université de Cambridge mène des études afin de dresser des portraits psychologiques d’individus à partir des « like » qu’ils laissent sur Facebook. Cambridge Analytica rentre en contact avec les chercheurs afin de leur proposer un partenariat, mais l’université refuse. Toutefois, Aleksandr Kogan (docteur en psychologie) décide de faire bande à part et de continuer les travaux avec la compagnie. Il développe sa propre application : ThisIsYourDigitalLife. Elle permet aux utilisateurs de remplir des tests psychologiques. Les individus complétant ces tests sont rémunérés, et en contrepartie l’application récupère leurs données personnelles sur Facebook.

En soi cela n’est pas illégal tant que cela demeure dans le domaine de la recherche, mais le Professeur Kogan revends ces données à Cambridge Analytica. L’hebdomadaire britannique The Observer parle d’un contrat avoisinant un million d’euros.

Au total, 270 000 personnes on téléchargé l’application en pensant répondre à une étude universitaire. Mais en réalité cela va bien au-delà puisque l’application récolte du même coup les données des amis. Ainsi, Cambridge Analytica  a récolté les données de plus de 50 millions d’utilisateurs entre 2014 et 2015. Il faut attendre avril 2015 pour que Facebook restreigne l’étendue des données auxquelles les développeurs ont accès, coupant ainsi le téléchargement des profils des amis.

Qui a fait appel à Cambridge Analytica ?

Le premier gros client de l’entreprise est un candidat aux primaires républicaines américaines de 2016 : Ted Cruz. Par la suite, l’équipe de campagne de Donald Trump a fait appel aux services de ce développeur afin de mieux cibler les publicités en ligne ainsi que les appels aux dons.

En Grande-Bretagne, la firme a été accusée d’avoir agi durant la campagne du référendum sur le maintien dans l’Union Européenne à la faveur du camp pro-brexit. C’est en tout cas ce qu’affirme l’ancien directeur de recherche de Cambridge Analytica, Christopher Wylie. L’entreprise a formellement démenti ces accusations.

Dans cette affaire, le Docteur Kogan semble le coupable idéal. Il se défend en rejetant sa responsabilité sur le développeur. « Cambridge Analytica m’avait dit que des milliers, voire des dizaines de milliers d’applications faisaient la même chose et que c’était un usage normal des données de Facebook. » Quand au PDG de Cambridge Analytica, Alexender Nix, il a été suspendu de ses fonctions, officiellement pour des raisons indépendantes du scandale.

Et le rôle de Facebook ?

L’explosion du scandale Cambridge Analytica a eu tôt fait de retomber sur le réseau social le plus populaire au monde. Comment expliquer à ses deux milliards d’utilisateurs qu’il était finalement assez aisé de récupérer leurs données personnelles sans leur consentement ? Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, a de nombreuses fois affirmé par le passé que protéger les donnés personnelles de ses utilisateurs était pour son entreprise une priorité.

« Zuck » a été convoqué devant le Sénat américain pour une audition le mercredi 10 avril 2018. Il y a souvent exprimé une vision manichéenne des choses. En définitive, Facebook seraient les « gentils » qui cherchent à connecter le monde pour que l’ensemble des terriens puissent être en lien. Mais ils feraient face à des « méchants » qui pourraient se servir de ces moyens « pour faire le mal. » Zuckerberg a affirmé que « [Facebook] n’a pas pris assez conscience de sa responsabilité et ce fut une grave erreur. » Il assume tout ce qu’il s’est passé : « C’est mon erreur et j’en suis désolé. » Il se présente ainsi en chevalier blanc qui a failli a sa mission et qui s’en repend.

Par ailleurs durant son interrogatoire mené par le Sénat américain, il a pu mener une stratégie d’évitement assez flagrante. Il a répété à de très nombreuses reprises « Je vais demander à mon équipe de revenir vers vous sur ce point. »

Il a notamment usé de cette réplique lorsqu’on lui a demandé le nombre d’entreprises qui ont aspiré des données d’utilisateurs Facebook, les liens entre son entreprise et Cambridge Analityca durant la campagne de Donald Trump ou encore si Facebook récolte des données d’utilisateurs quand l’application est fermée. Dans ce dernier cas, la réponse de Zuckerberg est confuse. Il ressort ici sa réplique fétiche : « Je vais demander à mon équipe de revenir vers vous sur ce point. » mais il se fait accuser de ne pas être au fait sur un élément aussi capital. Il bredouille alors une réponse sur le traçage des utilisateurs par des cookies, en affirmant que ceux-ci sont communs à tous les sites internet et qu’ils n’existent que pour des raisons de sécurité.

Mark Zuckerberg érigé en symbole

Durant ce passage devant le Sénat américain, un sénateur questionnera le PDG de Facebook sur un sujet personnel : « Monsieur Zuckerberg, aimeriez-vous dire à tout le monde dans quel hôtel vous avez dormi hier ? » Un rire gêné émerge de la gorge de l’interlocuteur, puis après quelques secondes de réflexion il lâche un « Non ! » affirmé. Des rires se font entendre dans la salle, le sénateur poursuit son interrogatoire : « Si vous avez contacté des gens cette semaine aimeriez-vous nous donner leur noms ? » La réponse de Zuckerberg se fait plus sûre d’elle : « Sénateur, non. Je choisirai sans doute de ne pas rendre cela public ici. » Le sénateur rétorque : « Pourtant à mon avis c’est de cela qu’il s’agit. Votre droit à la vie privée, les limites de la vie privé, et tout ce que nous abandonnons dans l’Amérique moderne, au nom de la connexion mondiale entre les humains. » Zuckerberg répondra que ce sont les individus qui choisissent ce qu’ils veulent partager, ils sont libres de leur choix et personne ne les forcent à partager des informations personnelles.

Le passage de la sphère privé à la sphère publique est un choix conscient et éclairé selon Zuckerberg. Plus tard durant l’interrogatoire il affirmera que les conditions d’utilisation des réseaux sociaux sont parfois trop longues et techniques, ce qui fait que de nombreux utilisateurs ne les lisent pas en entier et selon lui le souci se situe plutôt là.

Au delà de ça, Facebook est aujourd’hui le maître incontesté des réseaux sociaux, du moins en occident. Des principaux PDG des GAFA [Google, Apple, Facebook, Amazon], Zuckerberg est de loin le plus connu et le plus emblématique. Il a créé Facebook lui même lorsqu’il n’était alors qu’un étudiant à Harvard. Cette sucess story romantique qui fait d’un simple étudiant le patron d’une des plus grosses entreprises du monde, et multi-milliardaire de surcroît, ne peut que passionner l’opinion publique. Mark Zuckerberg est devenu de fait le symbole du monde numérique, le nouveau visage de l’internet. Ce n’était pas le PDG de Facebook qu’interroge mercredi le Sénat américain, mais la personnification même de Facebook, et plus encore.

 

 

Zuckerberg s’est dit prêt à travailler avec le gouvernement américain afin de réguler Facebook. Il salue les mesures européennes qui ont longtemps été perçues comme rétrogrades outre-atlantique. Sur le Vieux Continent, les entreprises seront contraintes d’obtenir le consentement explicite des utilisateurs pour l’exploitation de leurs données sous peine de verser une amende allant jusqu’à 4 % de leur chiffre d’affaire mondial en cas de violation. Cette norme peut elle être étendue à l’ensemble du globe ? Finalement, toute la question est là. Pour que cette mesure soit efficace il faut qu’elle soit appliquée partout dans le monde par les développeurs, sous peine de voir les effets réduits et les règles contournées. Quant à savoir s’il s’agit d’une mesure protectionniste réduisant les possibilités de développement des entreprises, ou une nécessité absolue pour protéger les citoyens, la question demeure.

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La communauté gréco-américaine : naissance et évolutions https://www.lesdecryptages.fr/communaute-greco-americaine/ https://www.lesdecryptages.fr/communaute-greco-americaine/#respond Mon, 16 Apr 2018 17:48:18 +0000 https://www.lesdecryptages.fr/?p=1240 Chaque jour, de nombreux migrants –pour la plupart syriens- rejoignent l’île grecque de Lesbos afin de fuir la guerre civile ravageant leur pays natal. Cette arrivée massive de réfugiés sur le sol grec nous donne l’occasion de nous intéresser à l’une des diasporas les plus connues que fut celle des Grecs. Celle-ci s’est étendue à […]

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Chaque jour, de nombreux migrants –pour la plupart syriens- rejoignent l’île grecque de Lesbos afin de fuir la guerre civile ravageant leur pays natal. Cette arrivée massive de réfugiés sur le sol grec nous donne l’occasion de nous intéresser à l’une des diasporas les plus connues que fut celle des Grecs. Celle-ci s’est étendue à travers les siècles sur l’ensemble de la planète. Lorsqu’on se penche sur les chiffres évoqués dans les statistiques, on peut remarquer que les Etats-Unis représentent la nation où les Grecs ont le plus migré. On peut alors s’interroger sur les raisons qui ont conduit la population grecque à émigrer aux Etats-Unis et sur l’évolution, au fil du temps, de cette diaspora. Mais il ne nous faut pas oublier qu’il s’agit là de la naissance d’une culture tout à fait particulière, savant mélange de traditions et d’adaptations.


L’arrivée grecque en Amérique: pourquoi et comment ?

Au 16ème siècle, les seuls Grecs ayant foulé le sol de ce que l’on nommera plus tard les Etats-Unis étaient des marins, chargés de mission lors d’expéditions. Le premier d’entre eux serait arrivé en 1528 et se nommerait Don Theodoro. Un autre de ces navigateurs, le capitaine Juan de Fuca, parti à la recherche d’une voie maritime afin de relier l’Océan Atlantique à l’océan Pacifique, laissa une empreinte dans la géographie du pays en se noyant dans ce que l’on nomme aujourd’hui le détroit de Juan de Fuca, frontière entre le Canada et les Etats-Unis. L’arrivée des Grecs aux Etats-Unis fut clairsemée. Les ambitions de chacun étaient diverses (marins, marchands de coton, étudiants, etc) et le choix de leur localisation géographique en témoignait. De la deuxième moitié du 19ème siècle juqu’aux années 1920, les migrants grecs arrivant aux Etats-Unis étaient à 90% des hommes. Ces-derniers attendaient d’avoir un capital financier et un patrimoine nécessaires afin que leurs familles puissent les rejoindre.

Les Grecs s’inscrivent eux aussi dans la vague européenne qui déferla sur les Etats-Unis durant cette période afin de quitter la misère et de tenter leur chance dans « le pays de la liberté ». Travaillant tout d’abord majoritairement dans le domaine ouvrier, les domaines professionnels variaient selon la position géographique. Dans l’Ouest des Etats-Unis : 30000 à 40000 travailleurs grecs travaillent comme mineurs fondeurs dans la région des Rocheuses mais aussi parfois en tant qu’ouvriers de chemins de fers dans l’Utah ainsi qu’en Californie. C’est d’ailleurs dans cet état qu’en 1910 la communauté grecque était la plus importante, représentant à elle seule plus de la majorité de la population californienne. A l’est du pays, en Nouvelle– Orléans, on constate aussi une forte communauté grecque. C’est d’ailleurs là que sera fondée en 1864 la première Église orthodoxe américaine de la Sainte trinité. Les années 1920 furent une période d’espoir pour la communauté grecque qui vit apparaître en son sein l’essor d’une classe moyenne bourgeoise, propriétaire de petits commerces.

Cette volonté, propre au peuple grec, de tendre vers la réussite est appelée «Zorba». Cet état d’esprit entraînera un rapide essor économique amenant alors les femmes restées au pays à rejoindre leurs compagnons aux Etats-Unis. En Nouvelle Angleterre et dans le Massachussetts, des usines de textile emploient de nombreux salariés immigrés, Grecs pour la plupart. La ville de Lowell en est un parfait exemple. En 1906, est érigée une église orthodoxe qui témoigne de la forte présence de l’identité hellénique dans la ville qui sur ses 100000 habitants en 1910, en comptabilise 20% d’origine grecque. La ville devient en 1920 la troisième ville états-unienne avec la plus grande communauté grecque.

Le Nord-Est américain voit progressivement s’installer une grande communauté sur son territoire. Dans les villes nord-américaines telles que New York, Chicago ou Boston s’établissent de nombreuses « villes grecques ».

Depuis les années 1920 jusqu’en 1980

De 1920 à 1945, ce sont plus de 30000 Grecs qui rejoindront les Etats-Unis. A la suite de la Guerre italo-grecque -ayant débuté en fin d’octobre 1940- et de la Guerre civile grecque, de nombreux Grecs fuiront leur pays dévasté et viendront s’installer sur le territoire américain, renforçant ainsi davantage l’importance de la communauté gréco-américaine.

A partir des années 1960, une revendication de leurs origines se mit en place au sein de la population gréco-américaine, désormais plus importante. Le développement de cette fierté d’appartenance, que les Grecs nomment « philotimo » accompagne l’essor de cette communauté à la fois sur le plan économique et sur le plan culturel américains.

Que résulte-t-il de ce «mélange de cultures» ?

En 2010, les Gréco-Américains ne représentaient pas moins de 0,4% de la population américaine, soit 1 316 074 citoyens américains d’origine grecque.

L’histoire de l’Atlantis, un média particulier

L’importance du nombre de migrants grecs à la fin du 19ème siècle aux Etats-Unis fut telle qu’elle entraîna la création 1893 par un descendant de la famille noble grecque des Vlatos, d’un journal se destinant tout particulièrement à cette partie de la population. C’est grâce à ces derniers que l’Atlantis put paraître chaque jour en grec sur le territoire américain jusqu’en 1973.

Audiovisuel et littérature

Les traditions plus ou moins anciennes de la civilisation grecque, ont su fusionné à travers la récente culture populaire américaine à travers des séries telles que « Arni » dans les années 1970, « Kojak » mais aussi des films tels que « Mariage à la grecque » ou « L’Exorciste » dans lequel l’un des pères exorcistes est d’origine grecque. Il existe également depuis dix ans un festival du cinéma grec à New York. On note par ailleurs la description du mode de vie gréco-américain par le biais de shows télévisés comme le sketch « The Olympia Cafe» qui était diffusé au début de la célèbre émission « Saturday Night Live ». Le domaine de la littérature laisse aussi des marques laissées par la culture grecque sur celle des Etats-Unis avec le prix Pulitzer remporté par Jeffrey Eugenides en 2003 pour son roman Middlesex évoquant l’histoire d’une famille grecque de Détroit mais aussi dans un autre genre, la création par la maison d’édition de bandes dessinées Marvel d’une héroïne du nom d’Elektra Natchios, fille d’un ambassadeur grec, ayant une grande maîtrise des arts martiaux .

Le domaine associatif

Aux Etats-Unis, de nombreuses associations d’intégration des citoyens américains d’origine grecque se créent. Parmi elles, l’Association Américaine Hellénique Éducationnelle Progressive première association aidant à l’américanisation de la population migrante qui était sollicitée à s’adapter au mode de vie américain face à l’influence du sectarisme du Ku Klux Klan en transmettant aux enfants de migrants grecs les valeurs hellénistiques composant la vie civique américaine telles que la liberté ou la démocratie. On retrouve parmi ces associations le Comité Hellénique Américain de l’Institut des Affaires Publiques se définissant comme une organisation juridique composée d’avocats chargés de défendre les intérêts de la communauté gréco-américaine.

Le marché de l’emploi

 

Dans le domaine du commerce, les Grecs se sont davantage restés fidèles à leur riche héritage culinaire avec la généralisation de boutiques de fabrication et de vente de sucreries puis de restaurants. On compte à environ 600 le nombre de « diners » gérés par des citoyens d’origine grecque créés durant la période de forte expansion économique des Trente Glorieuses sur l’ensemble de l’aire urbaine métropolitaine de New York. Le «Tom’s Restaurant» en est le symbole le plus célèbre. Cependant, sur le marché de l’emploi, on observe une hausse du nombre de diplômés au sein de la communauté gréco-américaine privilégiant les études à la poursuite du commerce familial. On peut établir une corrélation entre le choix des études et les origines de ces étudiants qui se dirigent fréquemment soit vers la rhétorique en étudiant le droit et en devenant avocats, soit vers la médecine, soit vers les lettres ; toutes ces disciplines ayant un ancrage fort dans la culture grecque. De nombreuses universités se sont adaptées à cette demande. Notamment celles situées dans des villes telle que la où la population grecque constitue une part importante, poussent de nombreux étudiants à s’intéresser à leurs racines grecques à travers la présence d’associations universitaires basées sur la recherche de l’histoire grecque et la promotion des liens entre la Grèce et les Etats-Unis.

Quelles places occupent la religion et la femme ?

A partir de la 3ème génération d’immigrants, la condition de la femme a commencé à évoluer. Sa communauté est encore très conservatrice et attend encore d’elle qu’elle occupe dignement sa place de femme au sein du foyer en se mariant de préférence avec quelqu’un de la communauté et en élevant correctement ses enfants. Il reste cependant encore très dur pour une Gréco-américaine de faire concilier harmonieusement ses deux cultures si celle-ci tend à suivre le mode de vie américain progressant du point de vue de la libération de la femme et de l’égalité hommes-femmes.

Les sacrements religieux tels que les baptêmes, les fiançailles, les mariages et les funérailles sont toujours célébrés au sein d’une église grecque orthodoxe (en grec, le « khita ») de manière traditionnelle. L’Eglise orthodoxe demeure ainsi un acteur important dans la vie des Gréco-Américains. C’est d’ailleurs elle qui fut à l’instigation de la création d’associations en charge d’aider les populations grecques sur le sol américain. Désormais ses missions se limitent à l’organisation des événements religieux tenant parfois du folklore afin de préserver l’identité culturelle grecque au sein de la communauté tels que la « Greekfest », fête nord-américaine annuelle de la communauté grecque. La fête de l’Epiphanie, appelée plus communément la « Théophanie », est célébré dans de nombreuses villes ayant une forte propension de personnes ayant des ascendants grecs. Ainsi chaque année, après un jeun d’une journée, de nombreux jeunes garçons gréco-américains, plongent dans l’eau glacée d’un fleuve afin d’y récupérer une croix lancée par l’évêque. A Talmon Springs, ce sont près de  cinquante adolescents âgés de treize à dix-huit qui participent chaque année à l’événement.

La population gréco-américaine aujourd’hui

Depuis l’adhésion à l’Union Européenne de la Grèce en 1981, sept ans après la chute de la dictature des colonels, le nombre de citoyens américains revenus en Grèce composé en majeure partie de Gréco-Américains est estimé à 72 000.

Cependant, depuis peu ,de nombreux citoyens gréco-américains qui étaient revenus en Grèce afin de se rapprocher de leurs sources originelles se sont vus contraints de rejoindre les Etats-Unis, pays dont ils possèdent aussi la nationalité afin de fuir la crise économique qui sévit depuis une dizaine d’années sur l’ensemble du territoire hellénique. Actuellement, nombre de Gréco-Américains reviennent dans le pays qu’ils avaient quitté, en majeure partie pour des raisons économiques. Le phénomène se caractérise particulièrement à New York. C’est ce que démontre l’article du journal Le Monde « Une nouvelle vague d’immigration réanime Little Greece à New York » qui déclarait le 24 mars 2012 –la veille de la fête nationale de l’Indépendance du pays- que l’association de l’Immigration Advocacy Services du quartier grec de la ville, nommé aussi Astoria, y a recensé de 2006 à 2011, le nombre de visiteurs grecs débarquant à l’aéroport JFK avait augmenté de 20%. Les Gréco-Américains étant restés et ayant prospéré sont partis vivre dans des quartiers plus chics de la ville et le tiers d’habitants revenus sur le territoire hellénique ont laissé s’installer une population davantage « métissé[e] et latino », déstabilisant ainsi la nostalgie des migrants hybrides.

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L’interview du président Macron : que retenir ? https://www.lesdecryptages.fr/interview-president-macron-que-retenir/ https://www.lesdecryptages.fr/interview-president-macron-que-retenir/#respond Mon, 16 Apr 2018 12:46:07 +0000 https://www.lesdecryptages.fr/?p=1257 La forme évolue, moins lisse, plus vive aussi, mais le fond, lui, reste le même. Dimanche 15 avril, 20h35, le Président de la République Française est apparu sur la chaîne d’information BFMTV, en association, pour l’occasion, avec RMC et Médiapart. Après une interview controversée sur TF1 jeudi dernier pour la “connivence” reprochée par certains entre […]

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La forme évolue, moins lisse, plus vive aussi, mais le fond, lui, reste le même. Dimanche 15 avril, 20h35, le Président de la République Française est apparu sur la chaîne d’information BFMTV, en association, pour l’occasion, avec RMC et Médiapart. Après une interview controversée sur TF1 jeudi dernier pour la “connivence” reprochée par certains entre Jean-Pierre Pernault et le chef d’Etat, ce dernier a dû se plier à un exercice plus mouvementé de questions-réponses face aux figures emblématiques d’Edwy Plenel et de Jean-Jacques Bourdin. Au-delà des formules-chocs et des échanges électriques, que retenir ?


Une forme en rupture avec l’histoire de la République

 

Sans l’ombre d’un doute, la forme prise par cette intervention télévisée du président rompt nettement avec la déférence médiatique entretenue depuis des décennies par les journalistes à l’égard de la fonction présidentielle. D’abord, par le choix même du lieu pour la réalisation de cette interview. Symbole d’un refus clair de la part d’Edwy Plenel et de Jean-Jacques Bourdin de s’entretenir au sein du palais de l’Elysée, pour des motifs évidents de risque de biaisement de la discussion, la désignation du Théâtre National de Chaillot comme place de l’échange est aussi vecteur d’une autre dimension. En effet, c’est dans cet édifice, place du Trocadéro à Paris, en 1948, qu’a été adopté la Déclaration universelle des droits de l’Homme, genèse du droit international que nous reconnaissons aujourd’hui et qui est au coeur des débats d’actualité depuis les frappes de la coalition occidentale Etats-Unis/Royaume-Uni/France en Syrie.

Plus encore, c’est la nature des questions et de leurs formulations qui semblent marquer un tournant dans la manière dont un chef d’Etat est interviewé. Aux oubliettes la révérence passée où l’on avertissait par avance des interrogations posées, les modifiant à la marge selon le bon vouloir de l’homme politique, cherchant surtout à ne jamais le contrarier. Voici venir le temps des questions véritablement critiques, de journalistes tentant de se mettre à la place de leurs concitoyens et de la volonté de mettre un terme à la collusion entre médias et pouvoir. En témoigne la manière dont les deux journalistes ont interpellé le chef d’Etat : au risque de choquer certains, Plenel comme Bourdin ont pris le parti d’appeler le président directement par son nom et prénom, faisant ainsi fi de son statut de dirigeant de la nation. Un signe fort qui a d’ailleurs marqué bon nombre de journaux, les unes et autres articles se concentrant davantage sur l’originalité de la forme que sur les propos du président. Si l’on peut effectivement regretter les invectives inutiles et les bousculades dramatiques à la manière de la question de Jean-Jacques Bourdin qui, au lieu d’élever l’échange en le rendant plus objectif, le rabaisse, on peut au moins se féliciter de voir qu’un entretien honnête, dénué de tout rapport de force, peut encore exister dans notre République :

“Est-ce que vous n’êtes pas dans une illusion puérile de toute-puissance?”

Pourtant, un paradoxe subsiste : c’est l’Elysée elle-même qui a commandé cette entretien et qui, par la voix du Président Macron, a repris le même rendez-vous pour dans un an. La posture de défiance dans laquelle se sont placés les deux interviewers était pourtant prévisible. Aucun de ces deux intervenants n’est connu pour leur douceur à l’égard des politiques leur faisant face. Alors, la question n’appelle pas de suspense : pourquoi ?  Pourquoi avoir choisi deux journalistes susceptibles de mettre le Président en difficulté alors même que M. Macron a pour habitude de trier sur le volet ses interlocuteurs, souhaitant régner en maître absolu sur sa communication ? De deux choses l’une.

D’abord parce que Emmanuel Macron avait pris l’engagement de se confronter de nouveau à la rédaction de Médiapart, promesse tenue par l’intermédiaire de la présence d’Edwy Plenel, président et cofondateur du média. Si le format varie par rapport au précédent, il n’en demeure pas moins que l’engagement a été respecté. Mais c’est surtout par goût du président pour ces joutes verbales qui lui permettent à la fois de toucher un électorat différent, le public de Jean-Jacques Bourdin étant traditionnellement une cible “populaire” avec laquelle le chef d’Etat a grande peine à rentrer en connexion, tout en s’adressant à ses propres partisans en démontrant sa force de conviction et sa “constance” permanente. Une double-opération donc, non loin du “en même temps” si cher à notre président.

D’autant plus que l’entretien ne s’est en rien résumé à de simples questionnements quant à la vision de l’action publique que souhaite continuer à défendre Emmanuel Macron, un an après son élection. Il a en effet eu aussi le mérite de poser distinctement les doutes entretenus par une partie des Français à l’égard de la politique menée depuis son accession au pouvoir en permettant, dans le même temps, au président d’exprimer sa position face à ces hésitations. C’est donc sous la forme d’une “évaluation” nuancée et débattue que s’est établie cette interview.

 

Un fond inchangé, si ce n’est moins précis

 

Si la forme incarne une certaine évolution par rapport au passé, le président ayant été cette fois-ci poussé dans ses retranchements, sur le fond, le message reste le même. Ainsi, bien que le chef d’Etat “entend les colères de ce pays”, il se refuse à croire qu’une convergence des luttes est en marche et entend bien mener ses réformes à leur terme. Les Décryptages vous présentent les trois thèmes centraux de l’émission, les autres ayant déjà été abordés au cours de l’entretien de jeudi :

 

Sur la question syrienne :

La France et ses alliés n’ont pas déclaré la guerre à Bachar Al-Assad”. Comme attendu, le Président de la République a justifié l’intervention militaire en Syrie ayant conduit à des frappes lourdes de la nuit du 13 au 14 avril sur des lieux de production et/ou d’utilisation d’armes chimiques.

“Cette décision, la France l’a prise sur le principe dès dimanche dernier, 48 heures après les premières traces d’utilisation d’armes chimiques dans la Ghouta orientale. Elle est conforme aux engagements que nous avons pris.”


Pour le chef d’Etat, elle s’inscrit dans “le cadre strict d’une légitimité internationale” et ne correspond en rien à un “acte de guerre” selon les termes de Plenel mais seulement à un “acte de représailles” nécessaire au vu des circonstances. Néanmoins, Emmanuel Macron a tenu à nuancer ses propos en affirmant comprendre “qu’on n’obtient pas la paix en faisant des bombardements”

 

Fiscalité: fraude, verrou de Bercy et ISF

Deuxième temps fort de l’interview, le président de la République a également dû répondre sur sa vision de la fiscalité à court et à long-terme. Premièrement, sur la question de l’optimisation fiscale, les deux interviewers, avec des exemples concrets en renfort, ont questionné Emmanuel Macron sur la frontière de plus en plus tenue entre les modalités de cette “optimisation” et ce qui relève directement de la fraude fiscale. Spécialiste de la question, ayant occupé le ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique de 2014 à 2016, l’homme d’Etat a affirmé “Ce que vous qualifiez de fraude fiscale, ce n’est pas pénalement puni par la loi”. Il a par ailleurs rappelé sa volonté de faire converger les normes fiscales européennes, potentiel vecteur d’une consolidation de la solidarité entre les pays membres de l’Union et de la fin de la compétition sans relâche au moins-disant social entre ces derniers.

Ensuite, le président de la République, face aux critiques lancées par Plenel sur ce système “qu’on ne comprend pas”, a choisi de défendre le statu quo sur le verrou de Bercy, laissant la prérogative des poursuites fiscales au gouvernement, charge relevant pour les autres délits du ressort d’un procureur, considérant que “le président de la République ne donne aucune instruction en matière de contrôle fiscal”. Il s’engage toutefois à demeurer “intraitable en matière de fraude fiscale”.

Enfin, relativement à la question de l’ISF, Emmanuel Macron a choisi d’assurer qu’il n’avait “pas fait de cadeau”, ne croyant d’ailleurs pas à la théorie du ruissellement (théorie économique selon laquelle favoriser les plus riches ménages génèrerait, par ruissellement, également des bénéfices pour les classes moyennes et pour les plus modestes du fait des investissements réalisés dans l’économie et des emplois créés).

“J’assume totalement les gestes fiscaux faits sur l’ISF. Le but, c’est quoi ? De garder les talents, de les attirer et de permettre de réinvestir dans notre économie.”

 

Santé : dépendance et création d’un “cinquième risque”

Point important car il revêt une nouveauté dans le discours du président : la prise en charge de de la perte d’autonomie des personnes âgées par le système de protection sociale est désormais une piste envisagée par le gouvernement.

Bien que cette proposition n’apporte rien de novateur dans le débat public, Nicolas Sarkozy l’ayant déjà appelé de ses voeux dès 2007, puis ayant étant reprise par le gouvernement Ayrault à travers la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement, sa mise en oeuvre n’a toujours été que partielle et jugée hautement insuffisante par les acteurs de la lutte contre les risques de la dépendance.

“On vit de plus en plus longtemps en bonne santé. Mais se crée sous nos yeux un âge de la dépendance, où on retombe dans une forme de vulnérabilité. Au début comme à la fin de la vie, c’est la collectivité nationale qui va devoir le prendre en charge. C’est un nouveau risque [pour la Sécurité Sociale] qu’il va falloir construire”

Or, une vingtaine de députés de la République en Marche ont déjà déposé en mars dernier, avant même les pistes avancées par le gouvernement, une proposition de loi en ce sens, se fondant sur deux enjeux majeurs rappelés par le président dimanche : l’augmentation du nombre de personnes âgées de plus de 85 ans et l’explosion des dépenses de prise en charge de ces personnes.

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Frappes en Syrie : « La guerre est la continuation de la politique» https://www.lesdecryptages.fr/frappes-syrie-guerre-politique/ https://www.lesdecryptages.fr/frappes-syrie-guerre-politique/#respond Sat, 14 Apr 2018 18:15:49 +0000 https://www.lesdecryptages.fr/?p=1249 Cette fois, les bornes sont franchies. Et, comme on sait, lorsqu’elles le sont il n’y a plus de limites. Dans la nuit du 14 avril, à 03h00 (heure de Paris), une intervention conjointe des armées américaine, britannique et française a eu lieu en Syrie pour frapper des sites liés à l’arsenal chimique syrien. Des missiles […]

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Cette fois, les bornes sont franchies. Et, comme on sait, lorsqu’elles le sont il n’y a plus de limites. Dans la nuit du 14 avril, à 03h00 (heure de Paris), une intervention conjointe des armées américaine, britannique et française a eu lieu en Syrie pour frapper des sites liés à l’arsenal chimique syrien. Des missiles de croisière tirés depuis des navires, des sous-marins et des chasseurs ont pris pour cible des centres de recherche, de production et des sites militaires liés à l’attaque chimique qui a eu lieu le 7 avril dernier à Douma. La « ligne rouge » fixée par le Président de la République dès son élection, en mai 2017, a été franchie. La promesse de conséquences a, cette fois-ci, été tenue.


Cette attaque chimique du 7 avril a causé, selon des sources médicales locales, 45 morts et des centaines de blessés, civils, hommes, femmes et enfants. Les images qui nous sont parvenues sont glaçantes. En violation flagrante du droit international, de celui de la guerre, par le biais de conventions interdisant l’usage d’armes chimiques, du chlore et probablement du gaz sarin ont été utilisés dans une banlieue de Damas pour frapper l’une des dernières poches de rébellion. Depuis 1925, le Protocole de Genève interdit l’usage des armes chimiques et bactériologiques, protocole signé par la République arabe syrienne en décembre 1968, alors que le père de Bachar el-Assad était ministre de la Défense. En 1993, la Convention sur l’interdiction des armes chimiques interdit depuis la production jusqu’à l’usage, en passant par la détention et le stockage, convention ratifiée par la Syrie en octobre 2013.

Ce dernier épisode mérite que l’on s’y arrête: en août 2013, alors en plein coeur de la guerre civile syrienne, émanation du « Printemps arabe » de 2011, le régime de Damas fait usage d’armes chimiques dans la Ghouta orientale contre des populations civiles. Ce n’était ni la première, ni la dernière mais, là encore, les limites étaient franchies. Après un feuilleton diplomatique estival et les déclarations martiales des puissances occidentales (Etats-Unis et France en tête, déjà!), la Russie bloquait le jeu. Elle sortait la carte du démantèlement des armes chimiques syriennes et mettait fin à l’hypothèse d’intervention armée occidentale, déjà fortement décrédibilisée par les Occidentaux eux-mêmes après le recul du président américain d’alors, Barack Obama, précédé par les Britanniques, suivi par les Français. On a les dirigeants que l’on mérite, les moyens militaires que l’on peut se payer et, surtout, un contexte politique interne qu’il faut toujours prendre en compte avant de se lancer dans une quelconque aventure militaire, fusse t-elle légitime et ponctuelle. On avait donc, à l’époque, replié tout notre petit matériel, passé un coup de balai avant d’éteindre la lumière des postes de commandement, trouvé un accord avec les Russes sous la forme d’une résolution de l’ONU (résolution 2118) qui prévoyait le démantèlement total de l’arsenal chimique syrien, sous contrôle international.

Fort de cette victoire diplomatique, d’avoir à la fois contraint au recul les Occidentaux et dans le même temps sauvé l’allié syrien, Vladimir Poutine a renforcé l’implantation russe en Syrie et a bien saisi que son homologue américain (sans parler des Européens) était contraint à l’immobilisme. Il s’en souviendra moins de 6 mois plus tard, l’Ukraine vous l’expliquera mieux que moi. Je pourrais vous parler ici du mémorandum du Budapest en décembre 1994, garantissant pour les Ukrainiens le respect de leur sécurité et de leur intégrité territoriale par la Russie contre le retour des 1900 têtes nucléaires héritées de l’Union soviétique, traité garanti par les Etats-Unis et les Britanniques, mais cela nous amènerait très loin, sur le sujet de la possession d’un arsenal nucléaire comme garantie de la sécurité d’un Etat comme l’Iran ou la Corée du Nord (des exemples pris au hasard), c’est-à-dire très loin des chemins de Damas….

Depuis lors, après une pause de quelques mois, le régime souvent, les rebelles parfois, Daesh probablement aussi, ont utilisé avec « parcimonie » et « retenue », quelques armes chimiques, en prenant soin de brouiller les pistes et de montrer du doigt leurs adversaires. « Le tact dans l’audace est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin » disait Jean Cocteau. De telle sorte que, les Occidentaux ont choisi de tourner le regard, de se réfugier derrière un courage politique n’ayant d’égal que la flexibilité du président russe et l’incapacité de l’OIAC, agence internationale chargée de faire appliquer le droit international en matière d’armes chimiques, de déterminer sans le moindre doute l’auteur de ces attaques. Le contexte politique aidant, période électorale aux Etats-Unis en 2016, en France en 2017, campagne puis procédure de mise en oeuvre du Brexit depuis 2016 au Royaume-Uni, la population syrienne a pu subir les pires horreurs sans que les protestations ne dépassent le stade de la déclaration diplomatique en bonne et due forme. Au diable les enfants d’Alep: « Les morts se souviennent de notre indifférence, les morts se souviennent de notre silence » dit un poème polonais.

« Le tact dans l’audace est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin » disait Jean Cocteau.

 

Un nouveau contexte

 

Mais cette fois-ci, la donne a changé. Paris comme Washington ont changé de leader. En bien, en mal, chacun jugera. Daesh est vaincue, ou sur le point de l’être et Bachar al-Assad, avec le soutien des Russes et de leurs alliés iraniens, est sur le point de gagner la guerre.

A ceux qui défendent le régime de Damas comme « rempart contre le terrorisme » : je les invite à expliquer en quoi la barbarie des hommes de Bachar est préférable à celle de Daesh (et inversement), en quoi le siège d’Alep est plus humain que les tribunaux de Raqqa; je les invite aussi à reprendre le fil de l’histoire de la Syrie depuis les années 60 et leur soutien aux terroristes de tous poils, en particulier à leur soutien aux rebelles irakiens qui fondèrent plus tard l’Etat islamique; je les invite enfin à se documenter sur le fait que l’armée du régime a bien plus fait de victimes que les djihadistes, car oui les régimes laïcs du Maghreb, du Machrek, du Proche ou du Moyen-Orient ont plus tué que les terroristes desquels ils prétendaient être les remparts. On peut demander aux victimes syriennes si elles préfèrent être tuées par un régime laïc que par des islamistes fous, je ne doute pas qu’elles nous répondront.

En mai 2017, le Président Macron nouvellement élu déclarait que l’utilisation d’armes chimiques en Syrie constituait une ligne rouge qui, si elle devait être franchie entraînerait « des représailles et une riposte immédiates ». En cela, parce qu’après tout, c’est aussi de la politique, il souhaitait se distinguer de son prédécesseur qui, comme sur bon nombre de dossiers, avait décidé de ne pas décider, jusqu’à finir par reculer. De même, le président Trump, qui avait déjà frappé en Syrie il y a tout juste un an, trouvait là un allié et, surtout, encore une bonne occasion de fustiger l’inaction du président Obama et, qu’avec lui, on allait voir ce qu’on allait voir.

On s’est donc un peu plus penché sur le sujet, on a davantage mis en oeuvre des moyens pour rassembler des preuves sur l’implication du régime dans cette attaque et démontré que le régime syrien était à l’oeuvre. On a ressorti les cartes, rallumé la lumière dans les postes de commandement et monté cette opération pour cibler l’arsenal chimique syrien. Cet arsenal ayant été constitué avec notamment l’assistance de la France et de l’Allemagne dans les années 1970, il n’était pas compliqué de retrouver les bâtiments du centre de recherche détruit la nuit dernière. Par cette intervention, la France, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne marquaient la ligne rouge et passaient trois messages.

Multiplier les messages et marquer les esprits

 

Le premier message est clair. Il a été martelé par les Présidents Macron et Trump, par le Premier Ministre britannique Theresa May, par la Ministre des Armées Florence Parly et le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian (par ailleurs Ministre de la Défense en 2013): les lignes rouges ont été franchies, les responsabilités de chacun sont engagées, la parole sera donc respectée. La résolution 2118 prévoyait le recours au chapitre VII de la Charte des Nations-Unies en cas de récidive, c’est le cas, le droit international est respecté. L’action militaire engagée cette nuit est donc « légitime », « proportionnée », « ciblée » et « circonscrite » aux moyens chimiques du régime pour punir de leur usage, dissuader et empêcher que cela ne se reproduise. Voilà le message officiel, net, précis et sans appel destiné à l’opinion publique internationale (et au régime de Damas).

Le second message est un peu plus caché mais facilement lisible. Il vise à expliciter la volonté politique des leaders à l’opposé de leurs prédécesseurs. Une ligne rouge a été franchie, des représailles ont eu lieu. « J’ai dit ce que je vais faire, je fais ce que j’ai dit, je dis ce que j’ai fait », principe qui n’est pas l’apanage de l’action militaire pour ces présidents adeptes de la formule: « Engagement pris, promesse tenue ».

Il s’agit aussi de marquer le coup. Nul ne peut s’imaginer que l’on a porté un coup sévère au régime par la destruction de moyens militaires conséquents et que celui-ci est désormais à genoux. C’est un message, encore une fois politique, qui est passé: « Nous avons les moyens de vous frapper, nous vous le démontrons. ». Mais ce message est aussi destiné à l’opinion publique et, à fortiori, en France. L’armée française est en capacité de mener des opérations de cette envergure. La récente Loi de Programmation Militaire examinée au Parlement le mois dernier, pour la période 2019-2025 consacre une hausse des crédits alloués à nos armées sur la période. Il s’agit là de montrer que notre armée joue toujours dans la cour des grands: quelles armées sont en mesure aujourd’hui de mener une opération aussi complexe? Qui est encore capable d’effectuer un raid contre un pays à plusieurs milliers de kilomètres de son territoire, impliquant des appareils et des armements modernes, du ravitaillement en vol, du renseignement et un professionnalisme de ses soldats qui en imposent? Qui, enfin, est capable de tirer des missiles de croisière depuis une plateforme navale et de frapper, avec une précision métrique, des cibles situées à un millier de kilomètres de là? La réponse, vous l’avez eue cette nuit. La frégate Aquitaine, admise au service actif en décembre 2015, armée de missiles de croisière navals déployés la même année, est opérationnelle. Les Rafale et Mirage, partis de Saint-Dizier, sans doute également de Luxeuil, ont pu décoller de France, délivrer leur armement et repartir sans encombre, tout en se faisant ravitailler en vol et de nuit, à l’aller comme au retour. Les déclinistes en seront pour leurs frais. La vérité est sans doute plus contrastée, une opération de telle ampleur n’aurait pas pu se faire sans l’aide de nos alliés (notamment en matière de renseignement et de ravitaillement en vol, nos ravitailleurs, encore en service, ayant été commandés dans les années 60 par le Général de Gaulle!).

Le troisième message est à destination de Moscou. Il n’est plus à démontrer que le phénomène de « guerre froide » est désormais de retour. La Russie a décidé de ne plus se laisser traiter comme une puissance régionale, elle n’est pas la seule d’ailleurs. Fort car nous sommes faibles, Vladimir Poutine a repris du terrain et nous l’a démontré.
En 2013, une intervention aurait rebattu les cartes. Le régime de Bachar était moribond, les rebelles étaient aux portes du Palais, l’armée loyaliste en déroute. S’en sont suivis les évènements rappelés plus haut et la Russie a repris la main. On se rappelle des bombardements russes, du renforcement de la base navale de Tartous, de la mise en place de batteries de missiles anti-aériens sur l’ensemble du territoire syrien. De l’arrivée également de combattants d’élite iraniens (sautant sur l’occasion de se rapprocher du territoire israélien et de faire la jonction avec leurs alliés du Hezbollah libanais).

On se souviendra de la libération de Palmyre en mai 2016 avec récital de l’orchestre symphonique de Saint-Petersbourg venu pour l’occasion, intitulé Prière pour Palmyre, retransmis en direct à la télévision russe, dans le théâtre romain et intervention par vidéo- conférence de Vladimir Poutine. Rappelons-nous sa déclaration d’alors:

« Je le considère comme un signe de reconnaissance, d’hommage et d’espoir. La reconnaissance à tous ceux qui luttent contre le terrorisme sans ménager leur vie même, l’hommage à toutes les victimes du terrorisme (…) et, bien sûr, l’espoir non seulement pour la renaissance de Palmyre, mais aussi pour la libération de la civilisation moderne de ce mal terrible, le terrorisme international ».

Le chef du Kremlin pouvait exalter: il incarnait désormais la lutte contre le terrorisme et le sauveur de la part d’humanité que constitue la cité antique de Palmyre. On oubliera cependant que la Russie était sans doute trop occupée à détruire les hôpitaux d’Alep ou à compter ses avions tombés à la mer pour aller effectivement en découdre avec les combattants de Daesh et pouvoir s’arroger le titre de premier combattant du terrorisme islamiste. Depuis donc, Bachar protégé par ses alliés a repris du terrain, la coalition internationale menée par les Etats-Unis se concentrant sur Daesh, les Russes sur les rebelles syriens (et les Turcs sur les Kurdes). Tout était bouclé, la guerre se termine, Bachar a gagné ou presque. Il convient maintenant d’en finir, et vite. D’où l’usage d’armes chimiques.

On peut nier l’évidence et dire, comme l’ont fait les Russes, qu’il n’y a pas eu d’usage d’armes chimiques le 7 avril dernier. On peut aussi, comme ils l’ont fait à l’époque, nier que les soldats russes ont envahi l’Ukraine, d’aucuns affirment même que la terre est plate mais c’est une autre histoire. On peut nier que le régime soit à l’origine de cette attaque mais, en matière d’armement, il faut avoir les munitions et les vecteurs. Et ne déclenche pas d’attaque chimique qui veut. S’il est absolument certain que les stocks d’armes chimiques de la Syrie ont, durant la guerre civile, été éparpillés et dans les mains de quasiment tous les belligérants, des gaz toxiques ne se stockent pas comme des obus conventionnels. A Douma, le 7 avril dernier, seul le régime avait les moyens de tirer ces munitions, seul le régime avait un hélicoptère au-dessus de la zone, seul le régime a lancé des barils explosifs, comme il le fait depuis 2011 sur sa propre population. Tant qu’à croire le Kremlin lorsqu’il nie l’évidence, autant valider le caractère démocratique, équitable et pluraliste de l’élection présidentielle russe du mois dernier et de prétendre que la Russie est notre alliée, partenaire et amie. On en trouve déjà. Il faudra leur rappeler quelques (nombreuses) pages de l’histoire de France qui tendent à montrer que non, définitivement non, la Russie n’a jamais été notre alliée (des guerres de l’Empire à l’expédition de Crimée au XIXème siècle, de Brest-Litovsk au pacte Ribbentrop- Molotov, de l’occupation de l’Europe orientale en 1945 au soutien à tous les mouvements anti-colonialistes qui combattaient la France). Quoi qu’on puisse en penser, la Russie n’a jamais été une alliée de la France.

Des équilibres qui perdurent

 

Les Russes ne sont pas des idiots. Ils savent que Bachar a franchi la ligne. Mais ils ne peuvent donner les mains libres aux Américains contre un allié. Ils ne peuvent pas non plus parce que les Américains ne sont pas dignes de confiance. Ils se souviennent de la résolution 1244 qui, sous couvert de protection de la population de la province du Kosovo, a abouti à une déclaration d’indépendance, soutenue par une grande partie de la communauté internationale, contre l’avis de la Serbie, alliée de Moscou. Ils se souviennent aussi de la résolution 1973 qui, sous couvert de protection des populations civiles en Libye, a en réalité servi à détruire le régime de Tripoli et, par la même occasion, permis l’assassinat de Muammar Khadafi. Enfin, ils ont le beau rôle les Russes parce qu’ils se souviennent de cette année 2003 où, après des semaines de discussions au sein du Conseil de Sécurité des Nations-Unies et sous couvert de lutte contre le terrorisme et la prolifération d’armes chimiques (déjà), les Etats-Unis d’Amérique étaient intervenus avec finesse et hauteur de vue en Irak. 5 ans après, un nouveau président était élu avec comme mission de sortir les 140 000 soldats américains du bourbier irakien, ayant échoué à instaurer la paix, la stabilité et la démocratie au Moyen-Orient.

C’est ce même président qui, 5 ans plus tard, se remémorera qu’une nouvelle intervention militaire dans la région pouvait entraîner quelques complications et décidait, finalement, de se dédire. 10 ans après l’aventure irakienne, il était un peu osé, pour les Américains, mais aussi pour les Britanniques ou les Polonais, de s’insurger contre l’intervention russe en Ukraine, « contraire au droit international, sans mandat de l’ONU », on connaît la chanson. A ce jeu, tout le monde joue. Les perdants sont le droit international, la crédibilité de l’ONU et, surtout et toujours, les populations civiles.

Alors cette fois-ci, il a fallu négocier. Entre le 7 et le 14 avril, ce type de raid aurait pu être mené dix fois. Des pays qui s’entraînent ensemble plusieurs fois par année, dans le cadre d’exercices bilatéraux ou de l’OTAN, en combinant projection de forces, manoeuvres aériennes et navales, ne peuvent pas mettre 7 jours à mettre sur pied une telle opération. Ces 7 jours ont été le temps nécessaire pour se mettre d’accord. Il a fallu dire aux Russes que nous allions frapper, quoiqu’il arrive et que cela, pour des raisons de crédibilité vis-à-vis de l’opinion publique, n’était pas négociable. Il a sans doute fallu négocier le renforcement de ce que l’on appelle les mesures de déconfliction (elles sont déjà en place en Syrie afin d’éviter que la coalition internationale menée par les Etats-Unis et la coalition menée par la Russie ne se télescopent voire pire, qu’elles ne se prennent mutuellement pour cible). Chacun devait y gagner sans trop y perdre et, surtout pas, de pertes humaines.

Les frappes ont eu lieu, les avions russes n’ont pas décollé, les missiles anti-aérien russes sont restés inactifs, les vecteurs occidentaux sont rentrés en toute tranquillité à la maison. L’armée syrienne dit avoir intercepté « près de 70 » missiles de croisière, elle qui a été systématiquement humiliée par Israël ces dernières décennies, qui n’a jamais été capable d’abattre quelque appareil que ce soit et dont l’espace aérien, depuis plusieurs années, ressemble à la zone d’approche de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle. C’est possible mais le chiffre semble peu probable, pour ne pas dire fantasmé. Les objectifs ont été atteints, les équilibres n’ont pas changé, chacun peut délivrer son message.

Les Russes celui que les Occidentaux ont violé le droit international, déstabilisé le Proche-Orient et fait le lit du terrorisme, prévisible.

Les Syriens diront que l’impérialisme américain et ses « laquais » en veulent encore au monde arabo-musulman, qu’ils continuent de soutenir Daesh et de déstabiliser le régime démocratique syrien (ne parle t-on pas de République arabe syrienne?), habituel.

Les Iraniens reprendront ces arguments en ajoutant les mots « diable », « sionisme », « Israël », traditionnel.

Nous, Français, Européens, Américains, pourront dire que nous avons respecté notre parole et que, nos valeurs se sont traduites (pour une fois) dans les faits et que nous sommes capables d’imposer par la force le respect du droit international, logique.

Les Saoudiens, eux, salueront cette intervention, qui porte un coup à l’axe Hezbollah-Damas-Téhéran. Ils n’oublieront pas de saluer le respect des résolutions de l’ONU qui fondent le droit international et qui empêche quiconque de massacrer impunément un peuple. Comique.

 

Si la guerre est une continuation de la politique, mais par d’autres moyens, il ne faut pas oublier qu’avant, pendant et après la guerre, tout ça ne reste que de la politique.

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L’émigration climatique : l’enjeu du XXIe siècle ? https://www.lesdecryptages.fr/lemigration-climatique-enjeu/ https://www.lesdecryptages.fr/lemigration-climatique-enjeu/#respond Wed, 11 Apr 2018 18:24:41 +0000 https://www.lesdecryptages.fr/?p=1226 En 2017, selon un rapport de l’ONU, plus de 40 millions de déplacés furent comptés. Soit quatre fois plus que les populations touchées par les conflits armés. Et d’ici 2050, ce seront près de 250 millions de personnes qui seront forcées de s’exiler. La montée des eaux en est la cause première. Elle oblige chaque […]

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En 2017, selon un rapport de l’ONU, plus de 40 millions de déplacés furent comptés. Soit quatre fois plus que les populations touchées par les conflits armés. Et d’ici 2050, ce seront près de 250 millions de personnes qui seront forcées de s’exiler. La montée des eaux en est la cause première. Elle oblige chaque habitant touché à se déplacer vers les pays et territoires limitrophes. Ces destructions géographiques provoquées par les changements climatiques provoquent une désillusion paradoxale envers ces territoires, très souvent lieux de vacances et présentés comme paradisiaques. Les Décryptages vous offrent la possibilité de découvrir les enjeux majeurs de ce combat à portée internationale.


Habitants du monde, martyrs des dégradations climatiques

Il nous est possible actuellement, au vu du colossal accroissement d’émigration, d’observer quels sont les principaux pays émetteurs de ces flux de déplacements.

Selon l’IMC, International Displacement Monitoring Center, le Centre International du Contrôle de Déplacement, sont actuellement concernées les îles Marshall, la Polynésie, les îles des Maldives, la Malaisie, soit plus de 27 millions d’habitants. A cela s’ajoutent sept mille petites îles des Philippines et leurs 100 millions d’habitants. En dépit du fait que l’on observe un si grand nombre de potentielles victimes, il nous faut aussi prendre en compte les pays les plus vulnérables que sont la Chine, le Népal et la Birmanie; victimes principales face aux séismes.

L’hebdomadaire français “Le Un” annonce que ce sont chaque année 26.4 millions de personnes qui se voient dans l’obligation de quitter leurs habitations. Sachant que les îles sont les territoires les plus vulnérables face à la fois aux ouragans et tempêtes démesurées, ainsi que séismes et montée des eaux ; leurs habitants se retrouvent être dans des lieux centres de catastrophes naturelles.

D’autre part, le détraquement du climat qui s’aggrave constamment provoque aussi une hausse non-négligeable des saisons des moussons créant des inondations des villes et campagnes de l’Asie du Sud et du Sud-Est, ces zones étant les plus exposées du globe face aux typhons et autres tempêtes. Cela crée un nombre croissant de départs pour les pays les plus proches.

Ainsi, l’Inde, pays limitrophe Bangladesh, a installé 3300 kilomètres de barbelés surplombés de miradors sur les frontières de ces deux pays. Ces barrières, hautement sécurisées par l’appui de l’armée, dissuadent les personnes victimes des déchaînements de l’environnement de tenter la traversée.

Le Bangladesh, qui fait face à un important afflux d’immigration, se voit traversé par d’importants flux de migration en raison de la montée des températures dans les pays. Ce pays va, dans les temps à venir, subir un climat quasiment invivable pour ses habitants. Selon le Journal international et son article Au Bangladesh, l’eau coule sur la pauvreté, « la capitale, Dacca, a vu sa superficie augmenter de 40% en l’espace de 20ans sous l’effet des migrations internes. ». Car selon l’OMM, l’Organisation de Météorologie Mondiale, 2017 fut l’année la plus chaude jamais enregistrée. Et cela ne fera qu’aggraver dans les décennies à venir.

Il est aussi à prendre en compte le fait que des dégradations et sécheresses des sols sont générées, du fait des passages constants et réguliers des personnes qui s’exilent de leurs lieux de vie. Celles-ci traversant souvent champs et terres agricoles pour parvenir à trouver un lieu d’habitation temporaire. Par conséquent, nombreuses sont les initiatives prises à l’égard de ces phénomènes, mais seules quelques-unes ont une réelle capacité d’impacter la situation actuelle.

 

Une entente internationale complexe

Certains Etats cependant, comme l’Inde ou bien les Etats-Unis, se sont positionnés de manière à empêcher l’application de ces mesures. Le président Donald Trump a retiré les Etats-Unis de l’accord de Paris, provoquant une révision complète du budget réservé à la lutte contre le réchauffement climatique et ses conséquences. Il a aussi retiré le changement climatique de la liste des menaces prioritaires pour les USA. Or ce pays est actuellement et depuis des décennies le plus apte à financer ce type de projet.

Cependant, parmi les résolutions prises, nous retrouvons l’Initiative Nansen. C’est en juin 2011 qu’a lieu la conférence Nansen, à Oslo, sur le sujet du changement climatique et des déplacements des populations. Puis suite à celle-ci, la Norvège et la Suisse ont en octobre 2012, créé ce qu’ils appellent l’ « Initiative Nansen ». Elle s’attache non-seulement à la protection des personnes touchées et d’assurer leurs droits élémentaires, mais s’inscrit aussi dans l’optique de renforcer la solidarité internationale.

En octobre 2015, 110 pays signent ce projet, et l’insèrent dans l’agenda pour la protection de l’environnement. Le phénomène étant un enjeu majeur de la COP21.

Ainsi se pose actuellement la difficulté de définir un statut juridique de ces populations. Cela a son importance, car selon le statut qui leur sera donné, des moyens d’aide diverses et variés leur seront attribués. C’est pourquoi il est dès lors très délicat de déterminer la qualité légale de ces personnes.

Sachant que le pacte de l’ONU relatif aux droits civils et politiques n’y fait aucune référence, l’organisation donne en 1985 une définition qui ne fait pas l’unanimité. Il n’existe ainsi, à ce jour, aucun terme juridique précis. Cela est d’autant plus important concernant les habitants des pays amenés à disparaître, engloutis sous le niveau de la mer.

Dans ces circonstances, il est présentement très ardu d’assurer les droits de ces hommes et femmes convenablement, car tant que l’on ne sait comment les qualifier, il est difficile de les intégrer dans un habitat correct et de leur venir en aide de manière stable et continue.

 

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Le Mouvement 5 étoiles : nouvelle expression du macronisme ? https://www.lesdecryptages.fr/mouvement-5-etoiles-macronisme/ https://www.lesdecryptages.fr/mouvement-5-etoiles-macronisme/#respond Mon, 09 Apr 2018 17:57:44 +0000 https://www.lesdecryptages.fr/?p=1218 Vainqueur des élections législatives italiennes le 4 mars dernier, le Mouvement 5 étoiles (M5S en italien) incarne désormais la première force politique de la péninsule, ayant largement supplanté l’ensemble des grands partis traditionnels. Fondé sur une ligne vivement critique à l’égard des élites et de la corruption, le M5S, aux portes du pouvoir, va devoir […]

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Vainqueur des élections législatives italiennes le 4 mars dernier, le Mouvement 5 étoiles (M5S en italien) incarne désormais la première force politique de la péninsule, ayant largement supplanté l’ensemble des grands partis traditionnels. Fondé sur une ligne vivement critique à l’égard des élites et de la corruption, le M5S, aux portes du pouvoir, va devoir se réorganiser s’il veut parvenir à gouverner. D’ailleurs, sa déportation vers le centre de l’échiquier politique est déjà en marche.


Et si le Mouvement 5 étoiles brillait par sa similarité avec la LRM française ? Même éclatement du paysage politique, morcelé par des partis défrayant tout sur leur passage, ne laissant que le vide ou l’adhésion en reste. Même discours anti-système, en Italie contre le manque de démocratie, confisquée par des “élites malhonnêtes et cupides”, en France contre les cumulards, cette classe de politiciens fantômes d’un ancien monde. Et surtout une même jeunesse en termes d’existence politique. Le MS5 compte moins de dix ans à son actif de mobilisation électorale quand LRM a soufflé sa deuxième bougie il y a deux jours. Ce qui n’a pas empêché les deux formations de s’installer durablement et d’imposer leurs idées dans le débat public.

De gauche et de droite, sans être ni l’un ni l’autre

La particularité de ce mouvement réside dans sa capacité, à la manière du parti de gouvernement français, d’allier des propositions tantôt plutôt classées à gauche, tantôt à droite, tantôt du centre mais de ne jamais se revendiquer d’un de ces trois courants, ce qui reviendrait quelque part à revenir à l’ère des idéologies alors que ces formations se vantent de les dépasser pour tendre vers un idéal de pragmatisme. Le M5S a d’ailleurs clairement affiché sa volonté de n’être affilié à aucune tendance politique. Il ne reste alors plus qu’un seul qualificatif possiblement employable : populiste.

Sans attacher à ce terme une quelconque positivité ou négativité, le Mouvement 5 étoiles est sans conteste un parti populiste. Soucieux de redonner davantage de pouvoir aux citoyens, estimant que celui-ci leur a été dérobé par tout le “système” qu’il convient dès lors de rejeter, le M5S bâtit une large partie de ses propositions sur une démocratisation de la vie politique. L’ensemble des projets de loi qu’il avance provient du vote électronique des militants, à travers le portail “Rousseau”, de même que la désignation de ses candidats. Une véritable démocratie directe qui, bien que contestée par certains en raison de son opacité, cherche, avec l’accession au pouvoir du mouvement, à s’appliquer également à tous les citoyens italiens. C’est ainsi que sont mises en avant des propositions telles que la limitation du nombre de mandats et l’interdiction de leur cumul, la fin des privilèges parlementaires, l’inéligibilité stricte pour tout individu condamné et la possibilité donnée à tous d’assister, via Internet, à toutes les réunions publiques… Ou comme un relent de la loi de la moralisation de la vie publique promulguée le 15 septembre 2017 par le président Macron, certes plus prononcé mais néanmoins comparable.

Tout en pragmatisme

Après avoir dénoncé pendant des années la culture d’une croissance sans frein, pillant les ressources naturelles et faisant ainsi fi des enjeux environnementaux d’aujourd’hui et de demain, ainsi que la financiarisation de l’économie mondiale au détriment des peuples, le mouvement semble avoir pris de l’épaisseur et recherché des solutions. De sorte à montrer qu’il ne se contente pas seulement de soulever des problèmes. C’est ainsi qu’est réapparue la doctrine d’une “3ème révolution industrielle”, construite sur un développement toujours plus important des nouvelles technologies et le recours aux énergies renouvelables, et ce, dans l’optique d’un monde toujours plus soutenable… D’où un programme qui vise au respect des exigences du Protocole de Kyoto (réduction collective de la production de gaz à effet de serre), à l’essor des réseaux de communication vers davantage de connectivité et à la déconcentration des médias afin d’éviter tous conflits d’intérêts, nuisibles à la liberté de la presse.

Le paradigme du M5S sur les autres plans de l’action publique s’inscrit dans la même continuité. Sur l’Europe, la vision du parti s’est grandement adoucie : d’un discours nettement anti-européen, le mouvement revendique aujourd’hui une simple révision de ses principes, pensant même qu’avec le Brexit, l’Italie peut et doit dès à présent jouer un rôle majeur au sein de l’UE, rôle qu’il se propose d’impulser. Le fondateur du parti, Luigi di Maio, rejoint ainsi la position europhile d’Emmanuel Macron, signe d’une similarité supplémentaire entre les deux formations. Relativement aux questions économiques, le M5S tend davantage vers la “sécurité” que vers la “flexibilité”. Opposé à la financiarisation à tout va, désirant oblitérer les stock-options et renégocier la dette italienne (parmi les plus importantes d’Europe), le mouvement semble largement inspirée du néo-keynésiannisme, courant économique orthodoxe consistant à accroître la place de l’Etat dans l’économie nationale. Celle-ci est d’ailleurs au centre de l’attention du programme du Mouvement 5 étoiles puisque ce dernier appelle les pouvoirs publics à soutenir les productions locales, associées à l’ESS (Economie Sociale et Solidaire), et les petits artisans et entreprises, porteuses d’emplois et de croissance. Une politique en rupture affirmée et revendiquée avec le précédent gouvernement.

Enfin, c’est sur le thème des migrations que le parti dévoile au mieux son ambivalence latente. Partisan d’une attitude ferme vis-à-vis de l’accueil des migrants – maintien de l’interdiction du droit du sol pour les enfants d’immigrés, retenue des flux de populations sur les côtes libyennes, accélération du traitement des demandes d’asile – le parti s’oppose ainsi à une mouvance en phase avec les principes de la gauche et séduit par la même occasion un certain électorat de la droite. Pourtant, il ne s’agit pas seulement de rejeter les migrants mais avant tout d’adopter un mode d’action visant à enrayer les migrations à leur source même. C’est pourquoi le mouvement prône également une hausse considérable de l’aide au développement et une coopération internationale ayant pour but de stabiliser les régions d’émigration, dans l’objectif clair de limiter l’immigration en agissant directement sur les causes de celle-ci. Ne retrouve t-on pas ici un certain écho avec la politique actuelle du président Macron ? Le chef d’Etat ne s’inscrit-il pas dans la même optique avec l’expulsion des déboutés du droit d’asile et le recensement des migrants dans les centres d’hébergements d’urgence ?

 

Si les extrémismes n’ont de cesse de poindre aux quatre coins de l’Europe, y compris au sein des gouvernements actuellement en place, la vague des “anti-partis” libéraux centristes fait également raz-de-marée. A tel point que le paysage politique traverse aujourd’hui une de ses plus grandes transformations. Le tableau d’une confrontation entre extrêmes et modérés, europhiles et europhobes, nationalistes et mondialistes se dessine de façon toujours plus nette et précise à l’échelle européenne, remplaçant les partis traditionnels et les dogmatismes du passé. Et si le Mouvement 5 étoiles n’était finalement qu’une nouvelle confirmation de l’émergence d’un tel système ?

Image d’en-tête : Crédits – Reuters

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