Le Mouvement 5 étoiles : nouvelle expression du macronisme ?

Le Mouvement 5 étoiles : nouvelle expression du macronisme ?Temps de lecture estimé : 6 min

Mouvement 5 étoiles

Vainqueur des élections législatives italiennes le 4 mars dernier, le Mouvement 5 étoiles (M5S en italien) incarne désormais la première force politique de la péninsule, ayant largement supplanté l’ensemble des grands partis traditionnels. Fondé sur une ligne vivement critique à l’égard des élites et de la corruption, le M5S, aux portes du pouvoir, va devoir se réorganiser s’il veut parvenir à gouverner. D’ailleurs, sa déportation vers le centre de l’échiquier politique est déjà en marche.


Et si le Mouvement 5 étoiles brillait par sa similarité avec la LRM française ? Même éclatement du paysage politique, morcelé par des partis défrayant tout sur leur passage, ne laissant que le vide ou l’adhésion en reste. Même discours anti-système, en Italie contre le manque de démocratie, confisquée par des “élites malhonnêtes et cupides”, en France contre les cumulards, cette classe de politiciens fantômes d’un ancien monde. Et surtout une même jeunesse en termes d’existence politique. Le MS5 compte moins de dix ans à son actif de mobilisation électorale quand LRM a soufflé sa deuxième bougie il y a deux jours. Ce qui n’a pas empêché les deux formations de s’installer durablement et d’imposer leurs idées dans le débat public.

De gauche et de droite, sans être ni l’un ni l’autre

La particularité de ce mouvement réside dans sa capacité, à la manière du parti de gouvernement français, d’allier des propositions tantôt plutôt classées à gauche, tantôt à droite, tantôt du centre mais de ne jamais se revendiquer d’un de ces trois courants, ce qui reviendrait quelque part à revenir à l’ère des idéologies alors que ces formations se vantent de les dépasser pour tendre vers un idéal de pragmatisme. Le M5S a d’ailleurs clairement affiché sa volonté de n’être affilié à aucune tendance politique. Il ne reste alors plus qu’un seul qualificatif possiblement employable : populiste.

Sans attacher à ce terme une quelconque positivité ou négativité, le Mouvement 5 étoiles est sans conteste un parti populiste. Soucieux de redonner davantage de pouvoir aux citoyens, estimant que celui-ci leur a été dérobé par tout le “système” qu’il convient dès lors de rejeter, le M5S bâtit une large partie de ses propositions sur une démocratisation de la vie politique. L’ensemble des projets de loi qu’il avance provient du vote électronique des militants, à travers le portail “Rousseau”, de même que la désignation de ses candidats. Une véritable démocratie directe qui, bien que contestée par certains en raison de son opacité, cherche, avec l’accession au pouvoir du mouvement, à s’appliquer également à tous les citoyens italiens. C’est ainsi que sont mises en avant des propositions telles que la limitation du nombre de mandats et l’interdiction de leur cumul, la fin des privilèges parlementaires, l’inéligibilité stricte pour tout individu condamné et la possibilité donnée à tous d’assister, via Internet, à toutes les réunions publiques… Ou comme un relent de la loi de la moralisation de la vie publique promulguée le 15 septembre 2017 par le président Macron, certes plus prononcé mais néanmoins comparable.

Tout en pragmatisme

Après avoir dénoncé pendant des années la culture d’une croissance sans frein, pillant les ressources naturelles et faisant ainsi fi des enjeux environnementaux d’aujourd’hui et de demain, ainsi que la financiarisation de l’économie mondiale au détriment des peuples, le mouvement semble avoir pris de l’épaisseur et recherché des solutions. De sorte à montrer qu’il ne se contente pas seulement de soulever des problèmes. C’est ainsi qu’est réapparue la doctrine d’une “3ème révolution industrielle”, construite sur un développement toujours plus important des nouvelles technologies et le recours aux énergies renouvelables, et ce, dans l’optique d’un monde toujours plus soutenable… D’où un programme qui vise au respect des exigences du Protocole de Kyoto (réduction collective de la production de gaz à effet de serre), à l’essor des réseaux de communication vers davantage de connectivité et à la déconcentration des médias afin d’éviter tous conflits d’intérêts, nuisibles à la liberté de la presse.

Le paradigme du M5S sur les autres plans de l’action publique s’inscrit dans la même continuité. Sur l’Europe, la vision du parti s’est grandement adoucie : d’un discours nettement anti-européen, le mouvement revendique aujourd’hui une simple révision de ses principes, pensant même qu’avec le Brexit, l’Italie peut et doit dès à présent jouer un rôle majeur au sein de l’UE, rôle qu’il se propose d’impulser. Le fondateur du parti, Luigi di Maio, rejoint ainsi la position europhile d’Emmanuel Macron, signe d’une similarité supplémentaire entre les deux formations. Relativement aux questions économiques, le M5S tend davantage vers la “sécurité” que vers la “flexibilité”. Opposé à la financiarisation à tout va, désirant oblitérer les stock-options et renégocier la dette italienne (parmi les plus importantes d’Europe), le mouvement semble largement inspirée du néo-keynésiannisme, courant économique orthodoxe consistant à accroître la place de l’Etat dans l’économie nationale. Celle-ci est d’ailleurs au centre de l’attention du programme du Mouvement 5 étoiles puisque ce dernier appelle les pouvoirs publics à soutenir les productions locales, associées à l’ESS (Economie Sociale et Solidaire), et les petits artisans et entreprises, porteuses d’emplois et de croissance. Une politique en rupture affirmée et revendiquée avec le précédent gouvernement.

Enfin, c’est sur le thème des migrations que le parti dévoile au mieux son ambivalence latente. Partisan d’une attitude ferme vis-à-vis de l’accueil des migrants – maintien de l’interdiction du droit du sol pour les enfants d’immigrés, retenue des flux de populations sur les côtes libyennes, accélération du traitement des demandes d’asile – le parti s’oppose ainsi à une mouvance en phase avec les principes de la gauche et séduit par la même occasion un certain électorat de la droite. Pourtant, il ne s’agit pas seulement de rejeter les migrants mais avant tout d’adopter un mode d’action visant à enrayer les migrations à leur source même. C’est pourquoi le mouvement prône également une hausse considérable de l’aide au développement et une coopération internationale ayant pour but de stabiliser les régions d’émigration, dans l’objectif clair de limiter l’immigration en agissant directement sur les causes de celle-ci. Ne retrouve t-on pas ici un certain écho avec la politique actuelle du président Macron ? Le chef d’Etat ne s’inscrit-il pas dans la même optique avec l’expulsion des déboutés du droit d’asile et le recensement des migrants dans les centres d’hébergements d’urgence ?

 

Si les extrémismes n’ont de cesse de poindre aux quatre coins de l’Europe, y compris au sein des gouvernements actuellement en place, la vague des “anti-partis” libéraux centristes fait également raz-de-marée. A tel point que le paysage politique traverse aujourd’hui une de ses plus grandes transformations. Le tableau d’une confrontation entre extrêmes et modérés, europhiles et europhobes, nationalistes et mondialistes se dessine de façon toujours plus nette et précise à l’échelle européenne, remplaçant les partis traditionnels et les dogmatismes du passé. Et si le Mouvement 5 étoiles n’était finalement qu’une nouvelle confirmation de l’émergence d’un tel système ?

Image d’en-tête : Crédits – Reuters
Dorian Burnod

Lycéen en Terminale ES, engagé pour une actualité profonde et objective, et passionné d'économie, de musique et de littérature.