L’interview du président Macron : que retenir ?

Macron

La forme évolue, moins lisse, plus vive aussi, mais le fond, lui, reste le même. Dimanche 15 avril, 20h35, le Président de la République Française est apparu sur la chaîne d’information BFMTV, en association, pour l’occasion, avec RMC et Médiapart. Après une interview controversée sur TF1 jeudi dernier pour la “connivence” reprochée par certains entre Jean-Pierre Pernault et le chef d’Etat, ce dernier a dû se plier à un exercice plus mouvementé de questions-réponses face aux figures emblématiques d’Edwy Plenel et de Jean-Jacques Bourdin. Au-delà des formules-chocs et des échanges électriques, que retenir ?


Lire la suite

Le Mouvement 5 étoiles : nouvelle expression du macronisme ?

Mouvement 5 étoiles

Vainqueur des élections législatives italiennes le 4 mars dernier, le Mouvement 5 étoiles (M5S en italien) incarne désormais la première force politique de la péninsule, ayant largement supplanté l’ensemble des grands partis traditionnels. Fondé sur une ligne vivement critique à l’égard des élites et de la corruption, le M5S, aux portes du pouvoir, va devoir se réorganiser s’il veut parvenir à gouverner. D’ailleurs, sa déportation vers le centre de l’échiquier politique est déjà en marche.

Lire la suite

3 minutes pour comprendre la “macron-économie”

“De droite et de gauche”. C’est avec une certaine aisance qu’Emmanuel Macron parvient à conforter le mythe : son programme économique est d’un nouveau genre. Présenté en deux temps (une première partie de celui-ci ayant d’abord été annoncée ici, puis le reste ), le programme de celui qui se définissait comme le “candidat du travail” et “des classes moyennes et populaires” peut se résumer en quatre idées-phares.


Prenons ensemble le temps de comprendre ce que sera, si mesures appliquées, la France économique d’Emmanuel Macron.

> Réduire à 7% le chômage d’ici 2022.

Touchant actuellement environ 10% des actifs français, la baisse du chômage est au cœur de la “macron-économie”. Pour ce faire, le fondateur d’En Marche! propose :

  • Un vaste plan de formation qui permettra aux demandeurs d’emploi d’acquérir de nouvelles compétences, de sorte à répondre aux nouvelles attentes des entreprises.
    Une fois formés, ces derniers pourraient voir leurs allocations chômages suspendues s’ils refusent consécutivement deux offres d’emplois dont la rémunération n’est pas inférieure à 25% de celle de l’emploi anciennement occupé.
  • Une prime de 15 000€ pour toute entreprise embauchant l’un des habitants de l’un des “200 quartiers prioritaires” de la politique de la ville.
  • L’ouverture des allocations chômages aux travailleurs indépendants et aux salariés qui démissionnent (dans la limite d’une fois tous les cinq ans).
  • L’augmentation de la prime d’activité (aide financière qui vise à encourager l’activité et à soutenir le pouvoir d’achat des travailleurs aux ressources modestes) de 50%.


> Économiser 60 milliards d’euros, et en investir 50 milliards.

 Le candidat prévoit 60 milliards d’euros d’économies sur son quinquennat :

  • 25 milliards dans la sphère sociale,
  • 10 milliards dans les dépenses des collectivités locales,
  • 25 milliards grâce à “un mode de gouvernance totalement nouveau”.

Pro-européen, il a indiqué qu’il respectera l’engagement limitant à 3% du PIB les déficits publics, et la dette publique à 60% du PIB.

 Parallèlement à ces économies, Emmanuel Macron souhaite investir quelques 50 milliards d’euros dans l’économie française :

  • 15 milliards seraient consacrés à la formation des jeunes et des chômeurs (le fameux “vaste plan de formation” dont nous parlions dans le premier point),
  • 15 milliards seraient consacrés à la transition écologique et énergétique,
  • Les 20 milliards restant devraient financer ses autres priorités : agriculture, transports, numérique, santé, …

  

> Réduire le nombre de fonctionnaires, mais renforcer les effectifs de police et le corps enseignant.

Selon l’ex-banquier d’affaires, il sera “possible de ne pas renouveler 120 000 postes de fonctionnaires” d’ici à 2022.
Parmi les postes concernés, 70 000 venant des collectivités (grâce, entre autres, à la récente réforme des régions) et 50 000 de l’Etat.

En dépit de cette baisse drastique des effectifs de l’Etat, Emmanuel Macron prévoit la création de 10 000 postes de policiers et gendarmes ainsi que le recrutement d’environ 5 000 professeurs.
Notons par ailleurs que les enseignants en REP (“Réseaux d’Education Prioritaire”, anciennement ZEP) bénéficieront d’une prime annuelle de 3 000€.


> Alléger les impôts de 20 milliards.

Répartie équitablement entre les ménages et les entreprises, la politique fiscale du candidat Macron se fixe l’objectif d’une baisse des prélèvements obligatoires (impôts, taxes et cotisations) de 20 milliards d’euros.
Pour ce faire, il prévoit :

  • La suppression des cotisations sociales liées aux heures supplémentaires,
  • La suppression de la totalité des charges pesant sur le SMIC,
  • La suppression des cotisations chômage et maladie payées par les salariés. Cette mesure sera compensée par une hausse de la CSG (impôt sur l’ensemble des revenus des personnes résidant en France) de 1,7%,
  • La transformation du CICE (“Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi” – avantage fiscal qui équivaut à une baisse des cotisations sociales des entreprises employant des salariés), de sorte à ce qu’il soit étendu aux petites entreprises, aux indépendants et aux sociétés de l’économie sociale et solidaire
  • L’exonération de 80% des ménages de la taxe d’habitation,
  • Le réalignement du taux d’impôt sur les sociétés sur la moyenne européenne de 25%. (contre 33,3% aujourd’hui).
  • Une réforme de l’ISF (Impôt Sur la Fortune), pour que celui-ci devienne un impôt sur la rente immobilière.
 L’ensemble des propositions analysées sont extraites du programme officiel du candidat, à retrouver ici : https://en-marche.fr/emmanuel-macro...

Vent en poupe dans les sondages nationaux, le “phénomène” Macron s’exporte.
En Allemagne par exemple, les propositions de Macron séduisent : le quotidien Die Welt estime que : 
son discours rappelle celui de Schröder qui, en tant que chancelier, ne voulait plus faire de différence entre politique économique de droite et de gauche, mais entre la bonne et la mauvaise

Plus que de n’être “ni de gauche, ni de droite”, Emmanuel Macron est “un peu de gauche, un peu du centre et un peu de droite”.
Un drôle de mélange, que certains n’hésitent pas à qualifier de délirant, tandis que d’autres le perçoivent comme une bonne et sérieuse alchimie.
Libre à chacun de se faire un avis sur la question.

Si toutefois vous voulez en savoir plus sur les quelques zones d’ombre du programme, je vous invite à lire ce thread twitter de Thomas Porcher, docteur en économie et professeur à la Paris School of Business : https://goo.gl/jUvCWP


Pour approfondir le sujet :

 > Dette et déficit publics : https://www.insee.fr/fr/statistiques/1906709?sommaire=1906743

 > Réforme de l’ISF : https://www.lesechos.fr/elections/emmanuel-macron/0211757368006-macron-veut-faire-de-lisf-un-impot-sur-la-rente-immobiliere-2061839.php

 > “Des économistes jugent l’équilibre du projet d’Emmanuel Macron”: http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/02/24/les-economistes-soulignent-l-equilibre-du-projet-d-emmanuel-macron_5084920_4854003.html

 > Lire l’ensemble des liens hypertextes de l’article.