Étiquette dans Afrique du Sud

Tempête politique en Afrique du Sud

Depuis plus d’une semaine, plusieurs milliers de sud Africains manifestent dans les villes principales du pays. Leur réclamation : le départ du président Jacob Zuma. Ce dernier, déjà empêtré dans plusieurs scandales, a déclenché une vague de protestations à la suite d’un remaniement ministériel très controversé.

Retour sur les événements qui secouent l’Afrique du Sud.

Qui est Jacob Zuma ?

 Jacob Zuma devient membre du Congrès National Africain (ANC) en 1959 et devient une figure de la lutte contre l’apartheid. Ses actions politiques anti-apartheid lui valent l’incarcération et l’exil pendant plusieurs années.

De retour en Afrique du Sud en 1990, il est nommé vice secrétaire général de l’ANC à la demande de Nelson Mandela. Ses investissements en faveur du retour des exilés et de la paix au Natal (région d’Afrique du Sud marquée par les conflits politiques) en font un homme politique populaire en Afrique du Sud. Il devient une figure importante de l’ANC, et en 1997, il en devient le vice-président.

En 1999, Jacob Zuma accède à la vice-présidence de l’Afrique du Sud lorsque Thabo Mbeki, de l’ANC, devient président. Mbeki et Zuma sont réélus pour la présidence en 2004.

En 2007, Jacob Zuma est élu président de l’ANC et devient le candidat du parti pour l’élection de 2009, qu’il remporte. En 2014, il est élu pour un second mandat.

Un président qui fait scandale

 Très vite, Jacob Zuma se retrouve empêtré dans de nombreux scandales.

En 2005, il est impliqué dans l’affaire Thint-Thales. Zuma est accusé d’avoir été financé par l’entreprise d’armement Thales en échange d’une protection lors des enquêtes sur les contrats d’armement. Son homme d’affaire et conseiller, Schabir Shaik, à l’origine des négociations, est condamné à quinze ans de prison ferme. Ce scandale coûte à Zuma sa fonction de vice-président : Mbeki décide en effet de le limoger en juin 2005.

De plus, le procès de Zuma met à mal la coalition de l’ANC : au sein du parti s’élèvent des critiques concernant l’acharnement de la justice et le limogeage de Zuma par Mbeki. Finalement, en septembre 2006, un tribunal sud-africain ordonne l’abandon des accusations de corruption en raison d’un vice de procédure avancé par les avocats de Zuma. Mais Zuma reste lié à des affaires de corruption concernant le groupe d’armement pendant plusieurs années. Sa popularité est affectée.

Surtout, la même année, Zuma est impliqué dans une affaire de viol. Bien qu’ayant reconnu les faits, il est finalement acquitté tout en étant réprimandé pour ses comportements sexuels « inacceptables ».

En 2014, on découvre que, depuis 2009, Zuma a dépensé entre 15 et 20 millions de dollars d’argent public pour des aménagements personnels (piscine, amphithéâtre…) qu’il avait fait passé pour des travaux de sécurité. Lorsque l’affaire est dévoilée, des protestations réclamant sa démission éclatent dans le pays, comme le mouvement « Zuma must fall » ; et les manifestations sont d’autant plus fortes que le pays est marqué par la crise économique et un chômage de masse.

L’ANC essaie de défendre Jacob Zuma, surtout que cette affaire éclate à quelques mois des élections et que Zuma brigue un second mandat. Finalement, sous la pression de la justice et du peuple sud Africain, Jacob Zuma accepte de rembourser une partie de la somme, mais il refuse de démissionner. Son mandat est finalement reconduit par l’Assemblée mais sa popularité continue de chuter.

En 2016, Jacob Zuma est encore une fois impliqué dans des affaires de corruption. Cette fois-ci, elle implique la richissime famille Gupta, qui aurait exercé une influence sur la politique nationale grâce à une proximité avec Zuma. Les révélations sur la relation entre Zuma et la famille Gupta valent à Jacob Zuma d’être rappelé à l’ordre par le Parlement.  Face aux protestations populaires et politiques, Zuma est sur le point de devoir démissionner. Mais les Gupta quittent l’Afrique du Sud et Zuma parvient encore une fois à se maintenir au pouvoir.

Le feu aux poudres : un remaniement controversé

 Le dernier événement en date, déclencheur des manifestations récentes en Afrique du Sud, c’est un remaniement ministériel très controversé. Dans la nuit du 30 au 31 mars, le président sud Africain a limogé le ministre des finances, Pravin Gordhan, très populaire et réputé pour sa probité. Il avait été placé au ministère des finances par des tendances opposées à Zuma au sein de l’ANC, dans le but de limiter la corruption.

Le vice-ministre Mcebisi Jonas a dû lui aussi quitter le gouvernement, alors même qu’il était reconnu pour ses compétences et sa volonté de toujours agir en faveur du pays et de sa population. Sept autres ministres ont subi le même sort, et ont été remplacés par des proches de Jacob Zuma.

Ce remaniement a provoqué une véritable secousse en Afrique du Sud. Le 7 avril, des milliers de sud Africains se sont rassemblés dans les principales villes du pays pour réclamer le départ de Jacob Zuma et pour dénoncer la corruption. A Johannesburg, l’Alliance Démocratique, principal parti d’opposition, a appelé à manifester. A Pretoria, c’est le Parti communiste, pourtant allié historique de l’ANC, qui a organisé les protestations. Il a été rejoint par des organisations de la société civile.

Le 12 avril, presque tous les partis politiques ont manifesté contre le président Jacob Zuma. C’est Julius Malema, le leader populiste du parti Les combattants de la liberté économique (EFF), qui a pris la tête de cette journée d’action nationale, à l’ampleur encore plus grande que celle du 7 avril.

Quelles conséquences ?

Une procédure de destitution a été lancée par Julius Malema. Le vote de défiance, dont l’issue décidera ou non de la démission de Jacob Zuma, aura lieu au Parlement le 18 avril.

Les scandales auxquels Zuma est lié ont d’importantes conséquences sur son parti, puisqu’ils provoquent à chaque fois des divisions. Celles-ci ont été accrues par le remaniement du 31 mars, notamment entre ceux désirant que l’ANC se montre opposé à la destitution de Zuma, et ceux qui souhaitent que le parti lui retire son soutien. Finalement, le 5 avril, l’ANC a annoncé son soutien à Zuma et a appelé à voter contre sa destitution. Du fait de l’importante majorité détenue par l’ANC (249 députés sur 400), la destitution de Zuma semble donc assez peu probable. Le « zexit » si souvent réclamé pourrait bien ne pas se produire.

Le calendrier du parti reste donc le même : le candidat de l’ANC pour les élections de 2019 sera choisi en décembre. La désignation du candidat fait écho aux divisions liées à l’affaire Zuma : les pro-Zuma soutiennent l’ex-épouse du chef de l’Etat, Nkosazana Dlamini-Zuma tandis que les frondeurs manifestent leur soutien au vice-président Cyril Ramaphosa.