La réforme APB, ou la tentative d’une éducation au mérite

La réforme APB, ou la tentative d’une éducation au mériteTemps de lecture estimé : 4 min

Un « Projet de loi relatif à l’orientation et la réussite des étudiants » a été présenté par Madame Frédérique Vidal (Ministre de l’enseignement supérieur, recherche et innovation) le 22 novembre 2017 en conseil des ministres. Ce projet de réforme d’accès à la première année post-bac instaure un nouveau dispositif appelé « ParcourSup » en remplacement de la plate-forme APB.

La responsabilisation de l’élève dans son choix d’orientation

Le gouvernement débute son « grand chantier de l’éducation » par une réforme d’accès au supérieur qui permettrait aux élèves de mieux axer leurs choix d’orientation et de diminuer les échecs étudiants en première année. En effet, l’échec en L1 a considérablement augmenté (42,6 % en 2013 pour  60 % en 2016), tout en sachant que le coût annuel d’un étudiant pour l’Etat varie entre 10220 et 14850 euros.

Porté par ce double enjeu de réduction des dépenses et de production d’un savoir de qualité, le  gouvernement tente d’inciter les étudiants à faire des choix d’orientation en adéquation avec leurs capacités et leurs aspirations. Une fois ce travail de fond réalisé, l’étudiant pourra formuler dix vœux (et non plus vingt-quatre), non ordonnés, du 30 janvier au 31 mars. Il disposera ensuite de 10 jours pour choisir la formation qu’il désire effectuer parmi ses diverses affectations. Le grand changement réside dans le choix final désormais attribué à l’étudiant, qui évite ainsi les failles du tirage au sort et obtient une formation au mérite.

L’instauration de pré-requis à l’université : un changement historique

L’université est l’un des symboles d’attachement français à l’éducation démocratique et au libre accès des études supérieures. Or, cette loi entend bouleverser les codes en prévoyant la mise en place d’une liste d’ « attendus » propres à chaque licence, auxquels les lycéens devront répondre pour intégrer l’université. Pour rejoindre une licence de droit, il devient alors indispensable d’avoir des aptitudes à la logique et au raisonnement, quand la licence d’Histoire requière un intérêt pour la démarche scientifique et une aisance dans au moins une langue étrangère.

Ces éléments de « cadrage national » sont volontairement très vagues pour laisser à chaque université la possibilité de définir plus spécifiquement les critères que doivent remplir les étudiants pour intégrer leur enseigne. Cette liberté inquiète car elle donne l’opportunité aux universités de refuser l’accès à la licence à de nombres lycéens. De vives contestations se sont alors faites entendre, surtout par le biais de syndicats comme l’UNEF et sa présidente Lilâ Le Bas, qualifiant le projet de « dangereux car il remet en cause le libre accès à l’enseignement supérieur. ».

Les partisans de la sélection rétorquent cependant que cette loi n’est autre que le résultat d’un processus d’homogénéisation scolaire où le but est d’emmener tout le monde vers un bac général puis vers l’université, qui aujourd’hui, n’a plus les capacités d’accueil suffisantes. Ainsi, ces enseignes surchargées se plaignent d’un manque de moyens et de mauvaises conditions (par exemple des amphithéâtres surchargés) et pratiquent déjà une sélection déguisée (« bi-licence », « grands établissements » comme Dauphine, médecine..). De plus, la sélection motiverait selon eux les élèves et permettrait de stimuler le niveau de l’éducation nationale, tout en maîtrisant ses dépenses.

Une réussite par l’amélioration des conditions étudiantes

Le gouvernement met également en avant son rôle de garant de la mixité sociale et d’acteur dans le bien-être des étudiants. Il promet alors un investissement de 500 millions d’euros sur 5 ans pour augmenter la capacité des filières en tension et se réserve de plus le droit de fixer le pourcentage minimum de boursiers dans chaque formation.

Mais le grand volet de l’aspect social de cette réforme se concentre dans l’accès aux soins et le pouvoir d’achat des étudiants. Ces derniers seront désormais rattachés au régime général de sécurité sociale afin d’unifier la qualité d’accès à la santé. De même, la suppression de la cotisation sociale étudiante (217 euros) et la fusion de toutes les cotisations existantes en une cotisation unique (non payée par les boursiers), devrait alors représenter un gain global de pouvoir d’achat étudiant de 100 millions d’euros dès la rentrée 2018.

Une réelle volonté d’améliorer les conditions de vie étudiante et plus largement le système éducatif français instaure un climat général de réforme. Mais même si les français réclament aujourd’hui une rénovation de l’éducation nationale qu’ils jugent trop peu efficace et parfois discriminante, cette volonté initiale de créer une éducation performante et méritée risque cependant en pratique, creuser les écarts d’un système éducatif à deux vitesses.

Emma Rambaud