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Parcoursup : entre réussites et limites, quel bilan ?

Parcoursup
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Mardi 26 juin, au lendemain de la fin des épreuves du baccalauréat, la phase complémentaire de la procédure d’affectation dans le supérieur Parcoursup débutera. Elle permettra à des lycéens n’ayant pas reçu de propositions d’admission de formuler de nouveaux voeux. En parallèle, une commission d’accès à l’enseignement supérieur étudiera l’ensemble des dossiers des élèves ainsi que leurs souhaits pour leur offrir de nouvelles possibilités en termes de formations. Près d’un mois après les premiers résultats, Parcoursup suscite néanmoins quelques remous : sélection arbitraire, injustices, inefficacité, les critiques à l’encontre de ce système se sont amoncelées au gré des listes d’attente interminables et des déceptions des élèves autant que des parents. Quelle réalité ces reproches rejoignent-ils ? Alors que près de 80% des candidats ont déjà obtenu au moins une proposition d’accès, l’heure est au bilan. Décryptages.


 

Au vu des différentes fake news s’étant développées depuis la mise en place de cette procédure et de la confusion créée par ce système novateur, rappeler le fonctionnement et le but de Parcoursup est nécessaire.

Parcoursup, c’est quoi ?

 

Il s’agit de la nouvelle procédure d’admission en première année du supérieur, remplaçant de facto APB (Admission Post-Bac). Elle permet à tous les lycéens professionnels, technologiques et généraux de formuler des voeux, non-classés selon leur priorité, dans les différentes filières proposées par les établissements du supérieur : Licences, STS, IUT, CPGE, écoles d’ingénieurs, etc.

Inutile de rentrer dans les détails du système, ni dans son calendrier puisque la seule phase restante désormais est la phase complémentaire explicitée ci-dessus. Néanmoins, souligner que, contrairement à APB, cette procédure ne classe les lycéens qu’en fonction des notes obtenues au cours des années de Première et de Terminale, ainsi que de leur projet de formation motivé (en guise de lettre de motivation), leurs appréciations et leur investissement dans la vie lycéenne, et non plus selon la position du voeu dans la liste des souhaits des élèves apparaît nécessaire pour souligner l’objectif essentiel de Parcoursup : résoudre la crise générée par le système précédent.

En effet, Parcoursup a le mérite de briser cette injustice de l’affection en fonction du classement du voeu. Comme l’indiquait Julien Grenet, chercheur au CNRS :

« Auparavant le second algorithme centralisé d’APB classait les étudiants selon le classement de leurs voeux. C’était très injuste puisque ceux qui avaient classé leurs voeux stratégiquement étaient avantagés »

L’introduction de la nouvelle procédure a également permis de mettre fin à la mise en place du tirage au sort dans les filières sous tension (soit les filières qui, du fait du faible nombre de places dont elles disposent face à la demande d’une masse croissante d’élèves, n’ont pas d’autre choix que de recourir à la sélection), jugé “ni efficace, ni juste” par l’actuelle ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

Enfin, autre progrès mis en avant, Parcoursup crée à présent un suivi plus individualisé des élèves, destiné à prodiguer une meilleure information pour tous et à susciter moins de stress chez les parents et leurs enfants. Ont ainsi été mis en place deux semaines spéciales réservées à l’orientation, quand aucun créneau n’était réservé officiellement auparavant, deux professeurs principaux, au lieu d’un seul et surtout, le déconditionnement de l’obtention de l’affectation à la filière d’origine. Ainsi, un excellent élève de Terminale Economique et Sociale, présentant de bonnes notes dans les matières scientifiques, aura davantage de chances qu’auparavant de rejoindre une faculté de Physique ou de SVT, de même qu’un très bon élève de Terminale Scientifique pourra, de façon facilitée, rejoindre une faculté de Lettres. Il est en effet question “d’attendus” à présent et les élèves démontrant une motivation certaine pour rejoindre une formation sans avoir la totalité des prérequis nécessaires auront la possibilité suivre une “mise à niveau”, constituant en des heures supplémentaires par semaine ou par une licence en quatre ans.

Les dysfonctionnements d’un système conçu dans la précipitation

 

Ne tombons cependant dans l’adulation sans distance critique. Si Parcoursup rompt effectivement avec le tirage au sort, seuls 3 000 lycéens, en 2017, avaient été pénalisés en raison de ce système, chiffre largement restreint qui ne permet pas de considérer le nouveau système comme le “pourfendeur des injustices”. D’autant qu’un certain nombre d’incohérences, d’incompréhensions, voire même des injustices d’un autre genre sont venus noircir le tableau.

Le 24 mai, lors de la sortie des résultats, 29 000 candidats ont vu l’ensemble de leurs voeux refusés net. La commission d’accès à l’enseignement supérieur parviendra t-elle à proposer à tous ceux-là une formation appropriée à leur projet professionnel ? Que dire également des lycéens coincés sur des listes d’attente sans fin, et ce parfois avec une non-compréhension latente, lorsqu’ils voient que des camarades aux notes similaires si ce n’est moins bonnes, se retrouvent dans une meilleure position qu’eux-mêmes ? Les inégalités selon les lycées sont également palpables. Les jeunes issus de ZEP et ZEP+ ont, toutes choses égales par ailleurs, des chances d’intégrer l’établissement souhaité bien inférieures à celles de lycées plus côtés, dévoilant au grand jour la fracture territoriale que ne parvient pas à outrepasser Parcoursup.

Par ailleurs, il est évident qu’aborder la question sous l’unique angle de la statistique ne permet en rien de saisir la complexité du problème : qui peut affirmer que parmi les 80% d’élèves admis au sein d’au moins une formation, la proposition d’admission correspond pour tous à un choix parfaitement désiré ? L’opacité des critères de sélection – les algorithmes d’affiliation n’ayant été diffusés que tardivement –  a conduit les élèves à multiplier les choix, quitte à formuler des souhaits plutôt éloignés de leurs véritables aspirations et c’est parfois de ces derniers que les lycéens devront se contenter. Néanmoins, ce procédé a, en parallèle, permis à des élèves de bénéficier de plusieurs propositions différentes, contrairement à APB qui n’en offrait qu’une aux heureux élus.

 

Le déroulement de la phase complémentaire s’avérera donc décisif pour déterminer si nous devrions regretter APB. Ce qui est certain, c’est que les lycéens semblent avoir adopté une double-posture, paradoxale par essence, située entre la résignation face à une procédure qui n’en est qu’à sa première année et une volonté de fragiliser le gouvernement sur la question comme en témoignent les récentes luttes contre la loi ORE dans les universités ou au sein même des lycées. Parviendront-ils à faire infléchir la position du gouvernement ? La détermination de la dyarchie Blanquer-Vidal ne paraît pas aller dans cette direction, ceux-ci assurant qu’une place “pour tous” sera assurée. Rendez-vous le 21 septembre pour le savoir.