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MOOC un jour, MOOC toujours

MOOC
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Imaginez le temps d’un instant que la totalité de votre vie d’étudiant à l’université soit transformée par une formation en ligne ! Génial, pratique, effrayant peut-être. A l’heure où le XXIème siècle est déjà entré dans l’Histoire comme celui du tout numérique, rien ne laisse présager que cette possibilité de remplacer un professeur de fac par un ordinateur va régresser. Derrière cette idée, un mot; «MOOC» alias Massive Open Online Course. Lancées en 2008, ces formations en ligne extrêmement populaires en Amérique mais encore relativement peu connues en Europe ne cessent de prendre de l’ampleur et de révolutionner l’apprentissage de par le monde. Mais avec quelle efficacité, et surtout quels résultats ? Décryptages.


Nous sommes au Canada, en 2008. A cette époque, George Siemens, brillant chercheur, développe avec son acolyte expert en nouveaux médias, Stephen Downes, un moyen pour mettre en pratique sa récente théorie qu’il a baptisé «connectivisme». Trois ans auparavant, il en a fixé les grands principes dans son livre au titre sanst équivoque: «Connectivisme: une théorie de l’apprentissage pour l’ère du numérique».

Selon lui, l’homme du XXIème siècle va devoir vivre dans un univers professionnel connaissant des transformations permanentes. Les apprentissages informels doivent donc occuper une place aussi importante que ceux effectués dans un cadre scolaire ou étudiant. Et à ce titre, Internet étant rempli d’informations de toutes sortes, il est nécessaire que l’homme complète son savoir-faire et savoir quoi faire par une connaissance à trouver et saisir l’information. Il s’agit là de l’idée initiale du connectivisme. Cela se traduit notamment par le fait que l’être humain est en capacité d’apprendre à travers des outils technologiques, que cet apprentissage doit relier diverses sources d’informations, qu’il doit permettre d’obtenir des connaissances précises mais aussi selon Siemens que toute activité connectiviste doit prendre en compte la diversité d’opinions.

Vous l’aurez compris, le MOOC s’impose très rapidement comme le mode d’apprentissage connectiviste par excellence. On distingue dans un premier temps le xMOOC du cMOOC . Si le xMOOC n’est qu’un simple cours mis en ligne par un professeur destiné à des milliers d’étudiants et où ceux-ci ne participent quasiment pas, le cMOOC repose sur le fait que chaque élève alimente le cours au rythme de ses trouvailles sous le contrôle d’organisateurs qui en assurent la structure. Mais cette barrière est très vite abolie pour aboutir à des MOOCS mélangeant ces deux approches. Ainsi, dès 2011, les créations de Siemens et Downes sont popularisées par plusieurs des universités les plus prestigieuses des Etats-Unis à savoir Harvard, Stanford ou encore MIT. Si l’on dénombre 150 000 inscrits sur les premiers cours mis en ligne, certaines plateformes de renom comme «Coursera» proposent plus de 700 cours dans des domaines très variés et comptent aujourd’hui plus de dix millions d’inscrits. Ainsi, les MOOC deviennent rapidement une alternative non négligeable aux études universitaires américaines très coûteuses.

En revanche, côté européen, les académies des différents pays demeurent encore sceptiques même si l’essor est grandissant. En 2013, l’Open University du Royaume-Uni est la première à intégrer différents MOOCS dans son programme. Fondée en 1969, elle est la seule université à distance du pays et compte 70% de salariés à plein temps parmi ses 200 000 étudiants. Sa plateforme «FuturLearn» dispose d’un forum de discussion très élaboré permettant de compléter les nombreux cours mis en ligne par les professeurs. Si l’inscription est gratuite, les fameux crédits universitaires restent payants tout comme les examens. Côté français, c’est l’Ecole Centrale de Lille qui inaugure le projet. En effet, le désormais célèbre «ABC-Gestion de projets» fait son apparition en janvier 2013 devenant ainsi le tout premier xMOOC de France. Très vite, les universités et écoles s’emparent de cet outil technique très apprécié des étudiants. Le succès est tel qu’en octobre 2013, le gouvernement met en place sa propre plateforme de cours en ligne sous l’égide du Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. Baptisée «FUN» (France Université Numérique), elle vise essentiellement à favoriser les échanges entre universités françaises dans le monde dans la mesure où la quasi-totalité des cours publiés nous viennent d’établissements francophones.

Mais pour en revenir à la théorie de Siemens, l’un des objectifs les plus importants réside dans la capacité de donner aux élèves un réel intérêt pour ce qu’ils apprennent. Or, force est de constater que les différentes plateformes existantes ne cherchent pas forcément à s’adapter à un maximum d’élèves. En voici quelques unes pour potentiellement vous aider dans votre choix. Canvas par exemple. Fondée en 2011 par deux étudiants américains, elle propose des MOOCS à la portée de toutes les universités. Il y en a pour tous les goûts même si elle regorge avant tout de cours d’histoire, de lettres, d’enseignement ou encore de spécialités comme les nanotechnologies. Son programme «Open Source» permet une utilisation universelle. Seulement la totalité des cours sont en langue anglaise et son prestige est bien inférieur à celui d’une plateforme comme Coursera.

Coursera justement. Fondée en 2012 par deux universitaires, elle peut se targuer de disposer de onze partenaires de renom parmi lesquels l’Université de Stanford, de Princeton ou encore l’IESE Business School. Les sujets couverts sont essentiellement scientifiques et s’adressent principalement aux étudiants en écoles d’ingénieurs. Traduits en quatorze langues dont le français, les nombreux cours sont complétés par un système d’interaction très développé avec par exemple des questions insérées au beau milieu d’une vidéo. Seul bémol, les évaluations sont réalisées par des pairs, ce qui nécessite un bonne maîtrise des connaissances et des exercices de leur part. Dans la catégorie prestige, EdX est aussi fort bien classée. Fondée par les universités d’Harvard et MIT en 2012, il s’agit là aussi d’une des plus importantes plateformes mondiales qui compte aujourd’hui plus de trois millions d’utilisateurs et plus de cinquante partenaires parmi lesquelles figurent beaucoup d’universités renommées. Les domaines sont là aussi très divers, allant des sciences dures tel que la physique ou la chimie aux sciences sociales tel que l’histoire ou l’économie. Elle propose de nombreux certificats ou diplômes remis par les grandes universités. Les outils à disposition des étudiants tel que les labos en ligne ou les échanges enseignants-étudiants lui confèrent un caractère assez exceptionnel de ce point de vue. En dehors des cours exclusivement rédigés en anglais, le principal inconvénient est qu’ils se situent au niveau des établissements qui les ont conçus. Les étudiants débutants peuvent donc être facilement découragés ! En France, Flot Sillages est créée en 2010 par la conférence des Grandes Ecoles et propose un ensemble de cours visant à favoriser l’accès aux établissements les plus renommés. Enfin, France TV Education créée par France Télévisions en 2013 fonctionne comme une plateforme de MOOCS classique avec cette fois-ci quelques cours très pédagogiques destinés aux collégiens et lycéens. A vous de choisir désormais !