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Le Vinking Leif Erikson, l’explorateur oublié de l’Amérique

Leif Erikson
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A l’occasion du millénaire de la mort de cet homme injustement méconnu, plusieurs questions viennent à l’esprit. Vous souvenez-vous de ce cours d’histoire de CE2, ou de CM1 sur Les Grandes Découvertes ? Vous souvenez-vous de cette date du 12 octobre 1492 que vous n’avez pas forcément su replacer lors d’un contrôle ? Quoi qu’il en soit, la méprise est totale concernant cette fameuse date où pour la première fois, une expédition de trois navires espagnols emmenée par Christophe Colomb atteint les Bahamas et attribue pour l’éternité la découverte du Nouveau Monde aux Européens… Jusqu’au milieu du XXème siècle où une poignée de chercheurs américains découvre des vestiges vikings sur leur territoire, constatant ainsi qu’un vieux récit nordique du XIème siècle sur la découverte d’ un continent à l’ouest du Groenland n’a peut-être rien de fantaisiste. Mais quelle vérité derrière la légende ? Décryptages.


Aux alentours de l’an 1000, le peuple viking occupe de nombreux territoires sur l’ensemble de l’Europe du Nord. Excellents bâtisseurs, excellents commerçants, ils comptent parmi eux de nombreux guerriers acharnés ayant la responsabilité de piller le plus grand nombre de royaumes européens. En outre, ils disposent de brillants marins capables de voguer sur les mers et océans avec le simple soutien du vent et des étoiles. Parmi eux, un certain Bjarni Herjolfson. Alors que cet intrépide aventurier revient en Islande suite à une expédition, il est surpris d’apprendre que son père vient d’embarquer parmi l’équipage d’une légende de l’exploration nordique ; Erik Le Rouge. Banni d’Islande pour meurtre, Erik Le Rouge a inscrit son destin sur la voie de la résilience en devenant le premier européen à coloniser le Groenland.

C’est précisément vers cette nouvelle terre que Herjolfson Senior vient de s’embarquer. L’aventure étant une raison d’être pour le jeune Bjarni, il décide avec quelques marins d’embarquer et de partir rejoindre son père. Seulement, les conditions météorologiques vont quelque peu modifier la nature de leur voyage. En effet, l’Atlantique Nord de l’an 1000 se veut aussi froid et mouvementé que l’Atlantique Nord actuel. Même si les Vikings portent la maîtrise de la mer en eux, ils ne peuvent espérer garder la main sur leur cap si le brouillard s’avère trop épais ou si la tempête se veut trop puissante. C’est dans ces conditions que le marin Bjarni Herjolfson se serait dirigé vers l’Ouest et aurait aperçu au large une terre boisée semblable à la côte Est du Canada au cours de l’année 985. Ce récit fait l’objet d’une place importante dans la «Saga des groenlandais»; une histoire légendaire relatant la colonisation du Groenland. De nombreux doutes persistent quant à la fiabilité de ce récit étant donné qu’il nous provient d’un manuscrit du XIVème siècle rédigé par son auteur selon divers traditions orales et ne laissant place à aucune preuve réelle.

Pourtant, la suite des événements semble bien s’inscrire dans la continuité de la découverte du jeune Bjarni. Pressé de rejoindre le Groenland, celui-ci n’aurait pas accosté et se serait immédiatement dirigé vers la nouvelle terre d’Erik Le Rouge pour faire part de sa mystérieuse découverte. C’est à ce moment que Leif Erikson, jeune fils du grand chef Erik entre en jeu. Doté tout comme son père d’un sens aigu de l’expédition, faire confiance au jeune Bjarni apparaître être une excellente idée dans la mesure où s’approprier une terre boisée telle qu’il la décrit peut être une solution à toutes les difficultés de reboisement que connaît le pays. Leif rachète alors le bateau de Herjolfson et prend le large avec trente-cinq hommes aux alentours de l’an 1000 pour devenir le tout premier européen de l’histoire à poser un pied en Amérique. Selon la saga, Leif aurait atteint ce continent par ce qu’il a surnommé «Helluland». Véritable terre glacière située selon lui à l’Ouest du Groenland, elle correspond vraisemblablement au nord-est du Canada. Vous l’aurez compris, à travers cette arrivée de Leif Erikson, c’est également la théorie de la découverte du Canada par le français Jacques Cartier en 1534 qui s’effondre.

Bien plus encore, l’épopée viking ne s’arrête pas là. Leif et ses hommes descendent ensuite vers le sud pour découvrir et habiter le temps d’un hiver ce qu’ils appellent la «Terre du Vinland». Nommée ainsi en raison du vin qu’ils ont pu y trouver, il est aujourd’hui quasiment évident que cette terre corresponde à la Terre-Neuve. C’est assurément ici que dans les années 1960, un village rebaptisé «L’Anse aux Meadows» fut découvert ainsi que plusieurs pierres appartenant à un drakkar. Ce site fait figure de preuve incontestable quant à l’occupation par les vikings du continent américain.

Mais plus d’un millénaire après cette découverte, où sont les livres, les films, les tableaux à la gloire de ce viking d’exception comme à celle de Christophe Colomb ? Inexistants ou méconnus pour la plupart. Seul le peintre norvégien Christian Krohg lui a fait un bel hommage en le représentant lui et son équipage découvrant de nouvelles terres dans de belles couleurs vives. Que s’est-il réellement passé par la suite ? Comment une telle découverte a-t-elle pu sombrer dans l’oubli tout au long de ces siècles ? En vérité, les Vikings eux-mêmes n’ont pas énormément oeuvrer à répandre l’exploit Erikson à travers l’Europe. La saga raconte qu’à son retour, Leif aurait raconté son odyssée au Roi de Norvège. C’est en tout cas ce qu’affirme Adam De Brême, un éminent historien germanique du XIème siècle. Lors de sa rencontre avec le Roi Sven II du Danemark, il goûte à un breuvage particulier qui se veut, selon ses dires, diffère de tout ce qu’il a pu goûter jusqu’à présent. A la question «D’où vient ce vin ?», le Roi Sven II lui répond que seule la terre du Vinland, située à l’ouest et dont certains Vikings ont le secret, peut produire un tel vin. Si ces écrits disent vrai, cela signifie que Leif aurait modestement diffusé sa découverte à travers un excellent vin de la région du Vinland. Original non ? Suffisamment en tout cas pour permettre à notre ami Adam d’en faire un passionnant récit diffusé dans toute l’Europe. Seulement à cette époque, la population lettrée est extrêmement infime et seule une poignée d’élus peut accéder aux travaux historiques. Voilà comment la découverte de l’Amérique passa inaperçue au XIème siècle et fut octroyée cinq-cent ans plus tard à un allié de la couronne espagnole qui se délecta à vendre la première forme de l’American Dream.

La saga raconte toutefois qu’une tentative de colonisation de l’Amérique par le peuple viking aurait été réalisée quelques années après l’exploration du territoire par Erikson. Elle aurait tourné à l’échec en raison d’une forte résistance des premiers indiens. Il faudra attendre le XVIIIème siècle pour que les premiers colons danois s’installent au Nouveau Monde, deux siècles après Christophe Colomb. En ce qui concerne notre chef Leif, il s’est imposé comme le chef naturel de la colonie groenlandaise suite à la mort de son père Erik Le Rouge au cours des années 1010. En fin de compte, si le nom de Christophe Colomb est retenu, c’est bel et bien pour son incroyable travail au service de la civilisation européenne. Trois mythiques caravelles en échange de tout ce qu’il pourra rapporter de son voyage. Une histoire glorieuse en soi pour un territoire censé abriter ce qui va devenir première puissance mondiale. Davantage en tout cas que celle d’un continent trouvé par hasard à cause d’une tempête ! Mais au fait, Christophe Colomb n’avait-il pas pour pour ambition première de se rendre en Inde ? N’a t-il pas découvert le Nouveau Monde par une erreur de navigation lui aussi ? Cela fait beaucoup d’erreurs pour un même continent non ? Si il semble aujourd’hui qu’aucun mystère ne persiste à propos de la découverte de l’Amérique par les Vikings, de nombreuses zones d’ombre perdurent au sujet de Christophe Colomb. Certains éléments concernant sa vie laissent effectivement penser qu’il était juif et que le but de sa quête n’était autre que de trouver un havre de paix pour son peuple alors en proie aux massacres de l’Inquisition. Une légende raconte que pour se faire, Colomb se serait directement rendu en Islande pour se pencher sur certains récits vikings et constater de lui-même la découverte d’Erikson. Aucune preuve de ce voyage n’existe aujourd’hui.

A l’heure actuelle, la notoriété de Leif Erikson s’avère très faible en Europe, contrairement aux Etats-Unis où, depuis 1964, chaque 9 octobre porte le nom de «Leif Erikson Day». Un découvreur pas vraiment oublié partout visiblement !