Le féminisme est un humanisme : la plus longue bataille de l’humanité.

Le féminisme est un humanisme : la plus longue bataille de l’humanité.Temps de lecture estimé : 7 min

Le féminisme est un humanisme, ce n’est pas une guerre de tranchées. Être impitoyable envers un comportement sexiste n’est pas faire la guerre à l’autre sexe. […] Il faut comprendre que le combat féministe n’est pas de justifier que les femmes méritent leur place au pouvoir, mais de faire appliquer leur droit inaliénable d’accéder à toutes les sphères de la société. Ce droit est entravé sans motif valable depuis bien trop longtemps […] Le débat qui doit avoir lieu aujourd’hui, c’est comment éradiquer les prétextes qui justifient ces discriminations.” – Christiane Taubira


 

C’est ainsi une lutte pour le dépassement des genres, pour une société où chacun pourra vivre et assumer son identité, son orientation sexuelle. Où chacun développerait ses compétences respectives.  C’est une lutte contre la société patriarcale qui domine depuis des millénaires. Lutte qui débute dès la Révolution Française. Laquelle donna de l’espoir comme jamais auparavant aux femmes conscientes des défauts de l’Ancien Régime envers leurs droits.

Ça n’est pas seulement une lutte pour leur insertion dans la sphère de la justice, on cherche ici à combattre l’institutionnalisation créée autour du système patriarcal. L’objectif est d’émanciper chacun des devoirs et besoins imposés par celui-ci. D’autre part, c’est aussi la volonté de promouvoir et développer la libre existence juridique et sociale des genres, ainsi que leur égalité aux yeux de tous, face au genre masculin et féminin pensé par la critique sociétale. Le féminisme n’est donc pas seulement la lutte face à une dénigration moderne de la femme, mais contre une marginalisation historique de la moitié de l’humanité, vers une classification du genre. Cela favorise ainsi la forme la plus complète du capitalisme actuel. Lequel crée et construit un ensemble autour de cette classification. Dès lors l’on en vient à une lutte non pas seulement pour des droits, mais contre un schéma de société tout entier jusqu’alors peu altéré.

Selon Margaret Mead, anthropologue américaine qui a étudié la culture sociologique américaine et occidentale :

« Les traits de caractères que nous qualifions de masculins ou féminins, sont, pour bon nombre d’entre eux sinon en totalité, déterminés par le sexe d’une façon aussi superficielle que le sont les vêtements, les manières ou la coiffure, qu’une époque assigne à l’un ou l’autre sexe. »

“Le genre masculin ne sera plus regardé, même dans la grammaire, comme le genre le plus noble, attendu que tous les genres, tous les sexes et tous les êtres doivent être et sont également nobles. » C’est une requête connue sous le nom de « la requête des dames de l’Assemblée Nationale » faite en 1792.

En ce sens, il y a là bien plus qu’une simple lutte contemporaine.

 

L’ardeur et la fougue des représentantes d’une moitié de l’humanité, les premières flammes

 

« Nous qui sommes sans passé, les femmes, nous qui sommes sans histoire » L’Hymne des femmes est une chanson créée collectivement en mars 1971 par des militantes féministes à Paris. Il s’agit, bien entendu, de l’une des luttes majeures du XXème siècle : celle pour le droit à la contraception, à l’avortement et au droit de vote pour tous.

Ces droits entérinés, nous pensons trop facilement que l’égalité des femmes et des hommes est terminée, gagnée, un vestige du passé que nul ne voudrait voir ressurgir.

« Les féministes ce sont celles qui ont toujours voulu les mêmes droits, les mêmes libertés, les mêmes opportunités que les hommes » voici la manière dont s’exprimait l’initiatrice française, en 1791, Olympe de Gouges. Elle ajoute aussi à cela :

« Homme, est-tu capable d’être juste, qui t’as donné le droit d’opprimer mon sexe ? ». « Femmes, il est de votre devoir de vous affranchir, vous n’avez qu’à le vouloir ».

Reproduire ou servir, unique horizon pour des êtres jugés fragiles et émotifs. Femme des lumières, elle s’oppose à l’esclavage, parallèle fait à la femme. Mais ses espoirs ne durent pas car les femmes ne seront pas citoyennes. Ses mots contre les méfaits de Robespierre du 3 novembre 1793 la condamnent, elle est guillotinée le jour même. Face à elle et ses revendications, les antiféministes prétendent qu’en accordant aux femmes des droits politiques on les détournera de leurs devoirs de femmes.

féminisme

Plus tard, Louise Michel, anarchiste en quête d’une société plus égalitaire sans domination des uns vis-à-vis des autres parlera en ces termes : « les filles élevées dans la niaiserie sont élevées tout exprès pour être trompées. » Enseigner aux filles est son engagement, l’éducation étant cœur de toute chose, elle souhaite des cours similaires à ceux des hommes. Mais elle est plus tard déportée en Nouvelle-Calédonie et meurt en 1905.

 

L’indépendance de la femme, une liberté inaliénable assujettie au Droit créé par des hommes, pour des hommes

 

« Nous comptons moins que rien dans l’Etat » – Hubertine Auclert (XIXe siècle)

 

Le divorce accordé en 1791 sur plusieurs conditions néanmoins, fut aboli en 1816 par la monarchie restaurée. Le code civil créé en 1804 dit Code des français, régit leur vie et en fait des femmes d’« éternelles mineures ». Cela a pour conséquence notamment l’impossibilité d’être éduquées aux collèges et lycées. Ajoutons à cela que la 3e République installée, les femmes furent toujours exclues, et demeurent citoyennes de seconde zone.

Néanmoins, là où certaines échouent, d’autres y parviennent et prennent les devants. Ainsi agit Marguerite Durand, qui lance en 1897 le premier journal quotidien féministe La Fronde, entièrement dirigé et écrit par des femmes.

Au XXe siècle, Madeleine Pelletier est l’une des seule à se préoccuper de la liberté sexuelle, « C’est à la femme seulement de décider quand elle veut être mère » envoyée ensuite dans un asile de fous où elle meure seule en 1939 ; ses ambitions sont suivies de celles de Berty Albrecht. Elle aussi prône la liberté sexuelle et publie au mépris des lois « le problème sexuelle ». Avec Henry Frenet son compagnon, elle fonde Combat, l’un des premiers réseaux de résistance intérieur. Dans tout le pays des femmes s’engagent. Elle est arrêtée en 1943 et se suicide en prison.

Songeant à les récompenser, le Général De Gaulle permet en 1944 que les françaises soient citoyennes et puissent voter. L’héroïsme des résistantes et leur nationalisme étant mis en avant, L’ensemble de leur luttes et revendications précédentes sont misent à l’écart et tombent dans l’oubli.

Toutefois, les tondues de l’épuration viennent à le regretter amèrement. Ajouté à cela que De Gaulle demande 12 millions de bébés aux femmes pour la bonne reconstruction de la France. Le baby-boom est en cours et toutes les politiques le soutienne, incitant les femmes à rester chez elles. La télévision apparaît et célèbre la fée du logis, mère attentive, jolie et séduisante.

Intervient alors Simone de Beauvoir, professeur de philosophie et écrivaine. Echappée de la servitude de la condition féminine du fait de sa profession, elle écrit Le deuxième sexe dans lequel elle énonce que l’« On ne naît pas femme, on le devient » « Elle peuvent faire l’amour juste pour le plaisir, avec des hommes, ou avec des femmes ». Elle refuse le mariage et la maternité. Le contrôle des naissances étant une cause fondamentale. Face à cela s’oppose en France depuis 1920, la loi. Laquelle s’oppose à tout sujet concernant l’avortement où le contrôle des naissances.

Ce sont pourtant 120 000 avortements clandestins qui se faisaient en France, par année.

Toutefois, cette lutte est couronnée de succès par la loi du 17 janvier 1975 relative à l’interruption volontaire de grossesse, dite loi Veil, est une loi encadrant une dépénalisation de l’avortement en France. Simone Veil, ministre de la santé sous Valérie Giscard d’Estaing obtient la légalisation de l’IVG. « Aucune femme n’a jamais eu recours de gaîté de cœur à l’avortement. » dit-elle devant l’Assemblée Nationale.

La liberté sexuelle juridiquement établie, l’aspect social reste cependant la part la plus gigantesque de l’énorme gâteau à fond de patriarcat.

Mathéo Gilbert