La parité : altruisme ou démagogie politique ?

La parité : altruisme ou démagogie politique ?Temps de lecture estimé : 5 min

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Le siècle des Lumières, en plus d’avoir lutté contre l’obscurantisme par l’émulsion intellectuelle, a pour mérite d’avoir fait sortir les femmes de l’ombre et d’éclairer leurs facultés professionnelles.

En effet, c’est à cette époque charnière que débuta notamment sous l’égide d’Olympe de Gouges, une lutte pour la reconnaissance du rôle des femmes dans les affaires politiques. Dans un contexte actuel où la place des femmes est largement mise en avant et parfois instrumentalisée à des fins stratégiques, où en sont nos citoyennes françaises dans l’exercice de la fonction publique ?


Des efforts considérables pour promouvoir la parité en politique.

L’année 1974 marque un tournant considérable dans l’histoire politique puisqu’elle voit sa première femme candidate à l’élection présidentielle, Arlette Laguiller. Après une évolution rapide des mœurs politiques et sociales, la présidentielle de 2017 vu deux femmes accéder au premier tour de son élection (pour 9 hommes) pour aboutir à une parité parfaite lors du second tour : Marine Le Pen contre Emmanuel Macron. Une femme contre un homme, mais surtout l’incarnation et la tête d’un parti contre un autre, événement dont la rareté doit être soulignée puisque ce cas de figure n’est advenu qu’une seule fois auparavant.

Cet exemple de « féminisation » de la vie politique est le résultat d’une législation très dense faisant résonner peu à peu les échos d’une parité française. On peut par exemple noter la loi sur la parité homme/femme en 2000 ou encore la loi de mai 2013 imposant l’élection un binôme mixte pour les départementales. La volonté mais surtout l’impératif de faire de la place à la femme en politique est alors au cœur de l’actualité et a été appuyé par des candidats comme Emmanuel Macron dont la présence lors du collectif « Elles Marchent » fut notifiée ou encore celle de Dupont-Aignan avec « Debout les Femmes ».

Mais alors qu’on se félicite sur les plateaux télévisés et au sein même de l’assemblée nationale du caractère inédit des « 37 % de femmes au palais Bourbon » qu’en est-il réellement de leur poids dans ce milieu ?

 

Une parité de façade ?

La République En Marche affiche fièrement une parité presque parfaite à l’Assemblée Nationale en application des promesses de campagne du Président de la République Emmanuel Macron. Ce dernier annonçait alors : « Ces candidats seront pour moitié des femmes, pas parce que nous craignons des amendes : parce que nous pensons que c’est une bonne chose ».  Fort heureusement, ladite amende ne se calcule pas en fonction de leur sollicitation mais de leur présence physique, et ces dernières ne sont pas rémunérés au mot, car les hommes en glissent 62 % de plus qu’elles lors d’une session. En effet, dans l’hémicycle, les « marcheuses » représentant pourtant une part importante de l’électorat de 2017, ont deux fois moins la parole que les hommes. Ce schéma est pareil au fonctionnement des Insoumis (ayant inscrit dans leur programme la stricte parité), où les figures féminines sont belles et bien présentes mais trois fois moins bavardes que leurs homologues masculins. Les socialistes restent alors plus appliqués de ce grand concours de l’égalité des sexes avec des femmes députés parlant presque autant que leur versant.

Des explications à ces proportions disharmonieuses ? Les femmes se sentiraient, selon Clémentine Autain, députée FI de Seine-Saint-Denis « facilement illégitimes » et auraient « plus de difficultés à s’exprimer en public… » alors qu’Olivia Grégoire, députée LaREM de Paris, ne s’attarde non pas sur le caractère timide de la femme, mais bien sur l’aspect téméraire de l’homme.

Tant d’explications anthropologiques et sociologiques auxquels s’ajoutent une tentative d’analyse des décryptages : et si le problème résidait dans le fait que parmi les 7 chefs des groupes parlementaires, aucune femme ne soit présente ? Cela expliquerait une monopolisation du temps de parole par les hommes par le biais d’une répartition du temps de parole sous l’égide… des hommes.

 

La parité : une chance ou un fardeau ?

Le cap qui reste à franchir réside dans le fait de choisir réellement une femme pour ses qualités intrinsèques et non pas pour le symbole d’ouverture d’esprit et de dynamique sociétale qu’elle représente, qui est de surcroît, instrumentalisé par les nombreux partis. Le choix assumé du législateur d’établir une discrimination positive évite certes de nombreuses de dérives mais pose encore des questions de légitimité quant à la présence de certaines femmes sur des listes électorales.

Cette problématique est soulevée par Pascale Weils, qui explique que « cela introduit l’idée que l’on peut désormais considérer un citoyen pour ce qu’il est par le hasard de sa naissance et non pour ce qu’il fait ou dit. » Il existe alors selon lui un risque important de réduire un individu à son statut biologique, poussant une femme à s’exprimer dans un débat public à travers sa condition de femme, et non plus en tant que citoyenne.

 

En définitive, la marche vers l’égalité des sexes est entamée et ne cesse de prendre racine depuis plusieurs décennies mais la nécessité de porter ces problématiques aux yeux du grand public dénote le caractère inachevé des sursauts égalitaristes. Il est alors évident que même si la République prône une totale équité entre ses citoyens, Marianne devra encore faire politiquement ses preuves pour guider le peuple.

 

Emma Rambaud