Culture

Happy Birthday Mickey

Mickey
Temps de lecture estimé : 9 min

Il était une fois un petit garçon de Chicago dont toute l’enfance fut bercée par les contes de sa grand-mère. Un jour, le petit garçon décida de devenir conteur à son tour. Pour se faire, le petit garçon devenu grand dessina une souris pour qu’elle devienne son meilleur ami. Leur amitié fut si belle qu’elle rendit heureux petits et grands dans le monde entier. Qu’il soit en peluche, dans les cases de son journal ou sur nos écrans, Mickey Mouse, indissociable de son créateur Walter Elias Disney est potentiellement responsable du plus grand nombre d’enchantements depuis maintenant quatre-vingt dix ans ! Iconique, légendaire, universel, cette petite souris est-elle la plus belle success story du XX ème siècle ? Décryptages…


Février 2008, Burbank, Californie. Walt Disney, jeune dessinateur peu enclin à devenir un artiste intellectuel borné et donneur de leçons prépare sa valise pour New-York. Du haut de ses vingt-sept ans, sa jeune carrière ne compte que les «Alice comedies»; une modeste série relatant la venue d’une jeune fille dans un monde animé mais aussi et surtout un jeune lapin qui connaît un certain succès sous le nom d’Oswald the Lucky Rabbit. C’est pour renégocier son contrat avec son producteur de l’époque Charles Mintz que le jeune Walt, accompagné de sa femme Lillian se rend dans la «ville qui ne dort jamais». Mais c’est par l’effet d’un mauvais tour que Mintz récupère à son compte la série de courts-métrages du lapin Oswald laissant à Walt l’unique bénéfice des premiers épisodes. Mais que pèse un petit producteur malhonnête face à un génie visionnaire ? Vous connaissez la réponse. Loin d’être abattus, Walt et Lillian reprennent leur train pour Burbank presque avec bonne humeur. Oswald est-il remplaçable se demandent-ils ? Un autre animal peut-il lui tenir tête ? Un chat, une souris peut-être. Quoi qu’il en soit, il lui faut un caractère enfantin insiste Walt. Quelques coups de crayon plus tard, le premier dessin d’une souris au grand destin apparaît. Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est par cet incroyable concours de circonstances que Mickey Mouse est né ! Son père Walt s’est d’ailleurs plu à relater ce moment dans une émission des années cinquante:

«Il me fallait un nouveau héros. Après cette fameuse réunion, dans le train qui me ramenait de New York avec ma femme – à l’époque le trajet durait trois jours – j’ai dit à Lillian: il nous faut un nouveau personnage. J’avais déjà utilisé beaucoup de petites souris qui étaient toujours de charmantes comparses peu exploitées au cinéma. J’ai décidé que ce serait une souris, mais à ce moment-là je n’avais pas l’idée d’un Mickey anthropomorphe. Je l’ai d’abord appelé Mortimer, mais ma femme a secoué négativement la tête, alors j’ai essayé Mickey et elle a approuvé, c’était gagné !»

Dès son retour à Burbank, Walt fait part de sa trouvaille à son ami animateur Ub Iwerks. L’idée de réaliser un court-métrage d’animation pour lui donner vie apparaît alors comme inéluctable. Mais l’infâme producteur Mintz n’a pas fait que récupérer les droits d’Oswald, il en a profité pour attirer vers lui plusieurs animateurs de la petite entreprise Disney. Walt n’a désormais plus autour de lui que son frère Roy, qui est aussi son associé ainsi que son fidèle Iwerks, véritable grand-frère du jeune Mickey. Aucun manque de personnel n’entrave la détermination des trois hommes. C’est par un travail acharné long de quatre semaines que Iwerks réussit à réaliser les plus de de cinq mille dessins nécessaires à la réalisation du premier film de la série Mickey Mouse: «Plane Crazy». Ce petit film de six minutes aujourd’hui devenu culte, où Mickey bricole un avion dans l’espoir de devenir le nouveau Charles Lindbergh sort le 15 mai 1928 dans un cinéma de Sunset Boulevard. Si l’accueil critique s’avère excellent, aucun distributeur ne semble vouloir de ce premier film. Grâce à la présence d’animateurs engagés entre temps tel que Les Clark et Wilfried Jackson – futur réalisateur de Cendrillon- Disney parvient à achever le deuxième film de sa série en un temps record. Intitulé «Gallopin Gaucho», il est directement inspiré du film d’aventure «The Gaucho» avec Douglas Fairbanks. Mais comme pour le précédent film, ni le succès ni les distributeurs ne sont au rendez-vous.

C’est donc dans la douleur et le quasi anonymat que notre souris préférée fait ses premiers pas sur grand écran. Mais après deux échecs consécutifs et quelques réussites désormais lointaines pour Walt, les premières difficultés économiques arrivent et le studio se retrouve dans la quasi- impossibilité de financer tout projet. Alors que faire ? Renoncer à sa création, se tourner vers d’autres projets ou tenter sa dernière chance ? C’est évidemment la troisième possibilité que choisirait un homme déterminé tel que Disney. Se résiliant à vendre sa voiture et à rassembler ses dernières économies, Walt met en chantier «Steamboat Willie», directement inspiré du «Steamboat Bill Junior» de Buster Keaton. Impressionné par le poignant résultat du «Chanteur de Jazz», entré dans l’histoire comme le tout premier film parlant, Disney sollicite Pat Powers, un pionnier de la distribution de films d’animation aux Etats-Unis. Il lui demande d’intégrer à son film la bande sonore que lui a composé son ami pianiste Carl Stelling à travers un système pirate nommé «Cinephone». Le résultat s’avère encourageant seulement encore une fois, la projection destinée aux éventuels acheteurs se solde par un échec.

Mais quelques jours plus tard, Harry Reichenbach, directeur d’une salle de cinéma new yorkaise propose à Walt de diffuser «Steamboat Willie» en complément de programme d’un film parlant. Cette fameuse séance qui fait aujourd’hui l’objet d’une plaque commémorative à l’entrée du Broadway Theater a lieu le le 18 novembre 1928. C’est sous le regard d’une presse et d’un public enthousiastes que naît une légende. Par le système sonore de Pat Powers, Plane Crazy et Gallopin Gaucho sont immédiatement sonorisés avec Monsieur Disney en personne pour la voix de celui qui est devenu son alter ego Mickey Mouse. Chaque mois, un nouveau court-métrage est diffusé où la personnalité de la jeune souris s’affirme de plus en plus. Walt scénarise et met en scène pendant que Iwerks dirige l’animation. En quelques mois, Mickey devient le grand rival de Félix le Chat dans le coeur des américains. Cet incroyable succès est salué par la remise à Walt d’un Oscar d’honneur lors de la cérémonie de 1929. Un personnage est né, le triomphe ne fera que le suivre.

Durant les années 1930, le lancement de la série d’animation des Silly Symphonies, dont Mickey est présentateur permet à de nombreux animateurs de s’épanouir artistiquement. Grâce à l’arrivée du procédé «Technicolor», Disney réalise en 1932 le premier court-métrage d’animation en couleur «Flowers and Trees». Mickey devient donc un personnage colorisé en 1935 après soixante-dix films dont il est le héros. Ses compagnons font rapidement leur apparition dans les années 1930. Si Minnie partage la vedette avec Mickey dès Plane Crazy, Goofy, plus connu en France sous le nom de Dingo est créé en 1932 sous le nom de Dippy Drawg pour la Disney’s revue. Il deviendra un personnage à part entière sous le crayon du génial animateur qu’est Art Babitt. Donald Duck apparaît pour la première fois dans la «Mickey Mouse Annual» en 1934. Sa voix si singulière est celle de Clarence Nash, un spécialiste des rapaces totalement éloigné du monde artistique. Choisi par Walt lui-même, il a donné sa voix à Donald pendant plus de cinquante ans. Etonnamment, si Minnie et Pluto sont dans un premier temps cantonnés à des rôles secondaires, Dingo et Donald deviennent rapidement très populaires incitant Disney à davantage les mettre en vedette au détriment des courts-métrages avec Mickey.

Une partie de la légende Mickey s’écrit à cette époque. En quelques années, elle permet d’impulser un élan créatif sans précédent sur le cinéma d’animation. Quelques courts-métrages marquants ont traversé les générations à savoir «The Mail Pilot», «Building a building», «Ye Olden Days». Mais beaucoup s’accordent à dire que le meilleur film jamais réalisé avec Mickey reste «Brave petit tailleur», directement adapté du conte des frères Grimm «Le Vaillant petit tailleur», nommé à l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation en 1938. Il a entre autre permis d’apporter une certaine sensibilité au personnage ainsi que des émotions nouvelles, le rendant plus innocent et donc plus touchant. Mais quelques courts-métrages suffisent-ils à donner une telle dimension planétaire à un personnage ? Évidemment que non, ou Mickey aurait le même statut que Woody Woodpecker. D’ailleurs, plus aucun film concernant Mickey n’est produit sur le sol américain à partir de 1953. Et à ce titre, le Journal de Mickey ainsi que son statut de plus ancien magazine de jeunesse encore en activité lui a conféré un statut d’icône de l’enfance bien supérieur à tout personnage. Publié pour la première fois en 1930 sous le nom de «Mickey Mouse Magazine», son succès dépasse les frontières pour aboutir à une première publication en 1934 sous le nom que vous connaissez. Mais la folie Mickey ne s’arrête pas là. Comme rien n’est jamais assez grand pour Walt Disney, l’émission «Wonderful Disney World» met en vedette le créateur et la création avec un succès plus grand encore. Nos deux grands enfants ne se quittent plus. Le firmament de leur collaboration est atteint un jour de 1955 lors de l’ouverture du premier parc Disneyland, leur maison, pour notre plus grand bonheur.

Qu’ajouter de plus ? Une étoile sur le Walk of Fame, la première pour un personnage d’animation. Anecdotique à côté de ces quatre-vingt dix magnifiques années qui dureront encore. Les artistes s’en vont, leur légende peut être éternelle et elle tient parfois à rien comme le dit Walt: «Tout a commencé par une souris».