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Chine : La guerre est-elle inévitable ?

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Depuis quelques mois déjà, les experts en géopolitique commencent à se pencher sur le thème de la possible Troisième Guerre mondiale, qui risquerait d’éclater d’ici quelques années selon certains. Où ? Quand ? Comment ? Nul ne le sait précisément. En revanche, ce qui est presque sûr, c’est que cette guerre sera déclenchée par le biais du système d’engrenages d’alliances entre pays, qui découlera d’un conflit plus localisé, à la manière de la Grande Guerre. Alors que beaucoup pointent du doigt la Russie comme possible déclencheur du prochain conflit mondial, Les Décryptages vous montrent aujourd’hui que la Chine pourrait tout aussi bien remplir ce rôle. Quels conflits menacent aujourd’hui ce pays ? Peuvent-ils déclencher une guerre mondiale ? Quels sont les alliés et les ennemis de la RPC ? C’est ce que nous allons tenter de découvrir à travers cet article.


Une guerre en mer de Chine méridionale ?

Depuis quelques années, les tensions entre la Chine et ses pays voisins en mer de Chine méridionale (les Philippines, le Japon, le Vietnam, le Brunei et la Malaisie) se sont grandement renforcées pour des motifs territoriaux. En effet, fidèle à sa stratégie du « collier de perles », la Chine envoie des navires de guerre dans de nombreux archipels, tels que les îles Spratleys, Senkaku ou Paracels. Une fois arrivés, les navires débarquent des troupes qui revendiquent l’île : la Chine prend ainsi possession du territoire. Mais quel est l’intérêt pour un pays aussi immense de prendre contrôle d’un caillou de 2 km2 perdu en plein de la mer ? Selon la législation internationale, pour toute parcelle de terre rattachée à un pays, ce dernier gagne le droit d’exploitation exclusif des 200 miles nautiques à la ronde. C’est-à-dire que la Chine gagne également un cercle de 360 km de rayon, dans lequel elle seule peut exploiter les ressources naturelles, envoyer des bateaux etc. Cependant, dans ce cas, les eaux territoriales chinoises empiètent sur les eaux territoriales des pays voisins. Malgré un sommet international en juin 2016, rassemblant les ministres de la Défense des pays concernés, la Chine ne veut pas quitter ces îles et attise donc les tensions avec les pays voisins. La marine de guerre chinoise est très présente et des pays comme le Vietnam décident donc de remilitariser leurs côtes. Le risque d’un conflit est donc bien réel si la situation perdure sans évoluer.

Cela affecterait-il le monde entier ? Certainement. En effet, la Chine méridionale est le deuxième axe maritime mondial, 70 000 bateaux la traversent chaque année. De plus, un conflit avec le Japon, Taïwan ou encore la Corée du Sud, pourrait engendrer l’entrée en guerre des Etats-Unis – qui chercheraient à protéger leurs alliés – et qui pourraient à leurs tour appeler leurs alliés de l’OTAN, en vertu de l’article 5 du traité. Afin d’éviter le conflit et de préserver leurs intérêts, les pays européens seraient également susceptibles d’envoyer des navires de guerre pour assurer la libre circulation des navires marchands, comme l’a suggéré Jean-Yves le Drian. La mer de Chine méridionale s’annonce d’ores et déjà comme l’un des points chauds majeurs des prochaines années.

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Une guerre en Sibérie ?

Toujours pour des raisons territoriales, la Chine a récemment développé de fortes tensions avec la Russie, pays limitrophe. Pour comprendre la situation, il est nécessaire de connaître la situation actuelle des deux pays en termes de population et de territoire. La Chine compte environ 1,4 milliards d’habitants pour une superficie de 9,6 millions de km2. La Russie quant à elle dispose de 17,1 millions de km2 pour « seulement » 145 millions d’habitants. La Russie a donc 10 fois moins d’habitants mais un territoire deux fois plus grand. De plus, les ¾ des habitants du pays sont situés à l’Ouest du pays. Face à un manque de place et de ressources nécessaires pour son énorme population, la Chine pourrait donc être tentée d’envahir l’immense Sibérie, soit la partie est de la Russie. En effet, la Sibérie est extrêmement riche en ressources naturelles, comme le gaz par exemple. Cela permettrait donc à l’Etat chinois d’apporter une solution viable au problème croissant de manque de place et de ressources. Face à cette menace d’invasion que le gouvernement russe prend très au sérieux, Vladimir Poutine a remilitarisé la frontière de 4250 kilomètres qui sépare les deux pays. La Chine a par ailleurs installé une de ses trois batteries de missiles nucléaires intercontinentaux Dongfeng-41 (DF-41) à la frontière russe. Ces missiles sont les plus avancés de tout l’arsenal chinois et ont une portée de plus de 14 000 kilomètres. Une guerre nucléaire entre les géants russe et chinois serait dévastatrice pour les deux pays et aurait de nombreuses conséquences pour la planète entière. A noter qu’un conflit frontalier entre les deux pays avait déjà eu lieu en 1969, impliquant près d’un million et demi de soldats et ayant atteint un niveau de tensions tel que le risque de guerre nucléaire avait déjà été évoqué.

Et la Corée du Nord ?

Et enfin, dernier dossier qui risquerait d’impliquer directement la Chine : le dossier nord-coréen. Avec les récentes évolutions que prennent les relations entre les Etats-Unis d’un côté et la Corée du Nord de l’autre, la possibilité d’une guerre entre les deux pays, bien que peu probable, est encore possible. Dans ce cas, la Chine aura deux options : soit elle entrera en guerre pour défendre Pyongyang, soit elle travaillera pour la paix et laissera la Corée du Nord se débrouiller seule. Cependant, la balance semble de plus en plus pencher vers une non-intervention chinoise. En effet, la perspective d’une guerre nucléaire en Asie n’est guère souhaitable pour Pékin. C’est pourquoi le régime prend de la distance avec la dictature de Kim Jong-Un : en plus de sommer la Corée du Nord de cesser ses menaces, la Chine a également diminué les liens commerciaux entre les deux pays. Ce dernier argument pourrait bien forcer la Corée du Nord à ralentir son programme d’armement nucléaire car la Chine est le premier partenaire commercial du pays, il serait donc économiquement catastrophique que la Corée ne puisse plus commercer avec. On peut donc espérer que, malgré les nombreuses invectives échangées entre Washington et Pyongyang, la guerre n’éclate pas en Corée, d’autant plus que, cette dernière a des chances de victoire avoisinant zéro.

Malgré les différents conflits dont les ombres planent sur la RPC, la guerre ne semble pas tout à fait inévitable. Certes, les comportement parfois agressifs de Pékin irritent la plupart des voisins de la Chine, mais le pays reste loin d’être isolé diplomatiquement, notamment grâce à l’omniprésence et l’importance économique qu’il représente. Par exemple, en plus d’entretenir de bonnes relations avec la plupart des pays d’Asie orientale, la Chine possède de nombreux partenariats avec des pays tels que l’Angola, l’Iran, Israël ou encore l’Afrique du Sud (et les BRICS de manière générale). Il semble donc que le futur proche de la Chine soit intimement lié à sa politique étrangère, en particulier au degré d’agressivité dont elle fera preuve. Si la puissance économique du pays semble en faire un maillon indispensable du commerce mondial, il nous reste à voir quand cette couverture volera en éclats sous les coups de l’expansionnisme chinois. Nous saurons alors si la Chine déclenchera, ou non, la Troisième Guerre mondiale.

Image d’en tête : Crédits Image – Greg Baker, AFP